La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Jean Liermier et ses acteurs magnifient subtilement le « Tartuffe » de Molière

Jean Liermier et ses acteurs magnifient subtilement le « Tartuffe » de Molière - Critique sortie Théâtre Carouge Théâtre de Carouge
Philippe Gouin et Christine Vouilloz dans Le Tartuffe. © Carole Parodi

Théâtre de Carouge / texte de Molière / mise en scène de Jean Liermier

Publié le 4 mars 2026 - N° 441

Jean Liermier met en scène Le Tartuffe avec des acteurs de grand talent, dont la subtilité du jeu est magnifiée par les passionnants décors et costumes de Rudy Sabounghi. Touchant et réussi !

Tartuffe n’apparaît qu’au troisième acte de la pièce de Molière, mais Dieu sait si « le pauvre homme » occupe les conversations avant d’entrer en scène ! On attend donc impatiemment de voir sa tête, sa dégaine et ses façons avec Orgon. Coup de génie de Rudy Sabounghi : Philippe Gouin ressemble au saint François de Zurbarán et jure comme une faute de goût dans l’univers cossu de la maison d’Orgon, dont tous les personnages sont vêtus à la manière de Marten Soolmans et Oopjen Coppit, peints par Rembrandt. Soie noire passementée et fine dentelle de l’âge d’or prospère et serein contre bure du mysticisme ; bois soigneusement ciré du nid bourgeois contre baluchon d’un bandit qui reprend son chemin solitaire à la fin de la pièce, pendant que la famille réunie se fait tirer le portrait, gage d’un équilibre retrouvé. Les clins d’œil anachroniques dont s’amuse Jean Liermier, à l’instar de l’ultime photo de famille ou de l’ours en peluche de Mariane, vont tous dans le même sens : la parentèle d’Orgon est d’un bon naturel (sauf l’exécrable Pernelle, finement jouée par Philippe Gouin, comme si la vieille bique était l’avatar du coucou) alors que Tartuffe est d’une vilénie exaltée.

Ode à la bonté

Si le vrai visage de Tartuffe est révélé par le théâtre qu’organise Elmire (Christine Vouilloz, bouleversante de dignité), aucun des personnages ne tire gloire de la défaite du coquin. L’ordre est revenu et Dorine peut retirer son tablier ! La toujours excellente Muriel Mayette-Holtz la campe en servante au grand cœur, couvant l’enfant grandi de son œil maternel quand elle console Mariane, et étrillant son ballot de maître avec tendresse, l’aimant malgré lui. Même piété chez Damis (Raphaël Vachoux), qui se jette dans les bras de son père indigne non en enfant prodigue mais en bourru affectueux. Tous les autres personnages (Cléante, Valère et Mariane) sont de même farine : d’une gentillesse et d’une douceur confondantes. Bénédicte Amsler Denogent, Raphaël Archinard et Gaspard Boesch les incarnent avec une touchante humanité. Si Le Tartuffe de Jean Liermier raille le profiteur hystérique et intégriste, il montre surtout que l’amour et la confiance offrent le meilleur rempart pour s’en défendre et la meilleure arme pour s’en débarrasser. C’est d’ailleurs parce qu’il courtise Elmire en soudard que Tartuffe est confondu : qui ne sait pas aimer ne peut pas l’être. Tel est la leçon que reçoit Orgon, et Gilles Privat incarne sa transformation avec un vibrant talent. Il passe de l’aveuglement à la lucidité avec une émouvante souplesse, prouvant, une fois encore, l’excellent comédien qu’il sait être et dont le talent est soutenu par celui de tous les interprètes et créateurs réunis pour ce spectacle.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Le Tartuffe
du mardi 3 mars 2026 au jeudi 2 avril 2026
Théâtre de Carouge
37, rue Ancienne, 1227 Carouge

Du mardi au vendredi à 19h30 ; samedi et dimanche à 17h.

Tél. : +41 22 343 43 43.

Durée : 1h55.

A partir de 14 ans.

Tournée : du 21 avril au 3 mai au Théâtre Kléber-Méleau, chemin de l’Usine à Gaz 9, 1020 Renens-Malley (Suisse), et du 7 au 12 mai au Théâtre National de Nice, promenade des Arts, 06300 Nice. Spectacle vu au théâtre de Carouge.

x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

S'inscrire à la newsletter
x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre

S'inscrire