La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Je tremble (1 et 2)

Je tremble (1 et 2) - Critique sortie Théâtre

Le théâtre de Joël Pommerat, en résidence aux Bouffes du Nord, se revendique ici lieu de spectacle, de simulacre, et aussi lieu du dire, à travers une succession d’histoires où les protagonistes racontent leurs expériences et leurs souffrances. Un kaléidoscope ludique pour parler de choses graves, très distancié par rapport au réel. Un équilibre précaire.

Un présentateur. Un rideau pailleté chatoyant, rouge, doré ou argenté, brillant de mille feux comme pour signifier – ou parodier – une promesse de moment magique, devant satisfaire les attentes vibrantes de la communauté des spectateurs. Nous sommes véritablement dans un lieu de spectacle, un lieu de simulacre artistique où rien n’est comme dans la vraie vie et où pourtant rien d’autre que la vie ne constitue le matériau essentiel de ce qui est montré. « Un lieu possible d’interrogation et d’expérience de l’humain », « de remises en question de ce qui nous semble acquis », c’est ainsi que Joël Pommerat définit son théâtre. Dans Au monde, Cet enfant, ou Les Marchands il explore ainsi les relations familiales ou professionnelles, leurs rouages implacables et les liens ténus ou évidents, parfois inattendus, entre les personnes. Dans toutes ses pièces, c’est au cœur de la famille et de l’intime qu’il parvient à dire le plus, d’une façon qui remue au plus profond, lorsque l’étrangeté de la scène résonne avec une étonnante familiarité. Dans Je tremble, pas de thème fédérateur, si ce n’est en deuxième partie une interrogation récurrente sur les raisons de la méchanceté : vaste programme, déclenchant un florilège de réponses bien cruelles, vraiment loufoques ou faussement réalistes.

Envoyer bouler les paillettes

Une multitude de tranches de vie – ou de tranches de rêve – se racontent, ponctuées par les commentaires du présentateur débonnaire et insolite (même une fois mort, il revient nous parler du haut de son absence de vie), et par des chansons célèbres chantées en play-back (de Sex Bomb à Nothing compares to you), une façon encore de déréaliser la scène, utilisant les atours du divertissement pour ensuite envoyer bouler les paillettes en montrant la souffrance d’êtres malmenés par les épreuves de la vie, des êtres ambivalents jamais partagés entre bons et méchants. Ces histoires lapidaires sans lien entre elles, ni vraisemblables ni morales, racontent cependant quelque chose du réel. Ce rapport distancié et ludique avec la réalité, et notamment avec les événements les plus dramatiques – meurtre, abandon, solitude… – relève du tour de force. Pas facile d’atteindre le vrai à travers une telle dose d’illusion patente et de détournement sophistiqué. Pas facile non plus de garder à chaque saynète la même qualité d’intensité théâtrale. Les comédiens excellents y concourent, avec une présence scénique qui rend les sentiments à fleur de peau, mais l’ensemble demeure inégal, et peut lasser dans le procédé. Le réel paraît parfois lointain, ou par moments jaillit avec acuité. Là intervient la perception de chacun. Le spectateur tient le miroir…

Agnès Santi


Je tremble (1 et 2) de Joël Pommerat, du 23 septembre au 1er novembre, du mardi au samedi à 20H30, matinées les samedis à 15H30, au Théâtre des Bouffes du Nord, 37bis bd de la Chapelle, 75010 Paris. Tél : 01 46 07 34 50.

A propos de l'événement



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