La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Jazz / Musiques - Entretien

Jacques Schwarz-Bart

Jacques Schwarz-Bart - Critique sortie Jazz / Musiques
© DR

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

« Le jazz par la racine »

Après de nombreuses années d’explorations musicales inspirées par le Gwoka traditionnel, le saxophoniste guadeloupéen de New York en quête de mémoire se plonge pour sa nouvelle création présentée en ouverture de Banlieues Bleues dans les musiques « Racines » d’Haïti aux profondes inspirations Vaudou. Un retour saisissant vers ses premières sensations d’enfance caribéenne pour mieux inventer un présent musical universel. Un musicien à la recherche du tempo perdu…

On connaît votre approche et votre travail de réinvention du Gwoka guadeloupéen mais les musiques « Racines » comptent aussi beaucoup pour vous… Quelle place tiennent-elles dans votre parcours et dans votre univers personnel’
Jacques Schwarz-Bart : Les musiques « racines » d’Haïti sont essentiellement les musiques Vaudou. Elles sont souvent des prières aux différentes forces spirituelles, étant entendu que nous ne parlons pas des tours de sorcellerie qui n’ont pas plus à voir avec le vaudou que l’exorcisme avec la religion chrétienne. Ce sont donc des musiques "inspirées", qui génèrent un état de transe ou de méditation. J’ai été initié à ces musiques dès mon enfance, car ma mère en écoutait beaucoup à la maison. Cela a habité mon imaginaire musical dès le berceau, et quand j’ai commencé a travailler sur le mélange du jazz et du Gwoka, j’ai tout de suite pensé à une suite impliquant la musique Racine. Au fil des récentes années, j’ai travaillé sur plusieurs projets de musique Racine modernisée jusqu’à arriver à un concept d’écriture qui me semblait adapté aux spécificités de cette musique.
 
 
« Ces impressions premières de mon enfance sont comme des graines qui ont fécondé mon imagination. »
 
Quel est le sens de ce nouveau projet? Faut-il le voir comme la poursuite de votre démarche musicale sur le thème de la mémoire?
J. S.-B. : Ma démarche semble porter sur la notion de mémoire historique mais, en réalité, il s’agit surtout de la mémoire de ma propre enfance. Je pense qu’inconsciemment, j’essaie d’intégrer dans mon expression tout ce qui a constitué ma sensibilité dès l’enfance. Je suis à la recherche de cet état d’ouverture des premières années de ma vie où tout son me touchait directement, sans filtre intellectuel, et où le monde était fait entièrement de lumières et de sons non identifiés, qui atteignaient mes yeux et mes oreilles comme le lait de la mère sur mes lèvres. Ces impressions premières sont comme des graines qui ont fécondé mon imagination et que je décline dans mon langage de compositeur.


Comment avez-vous choisi les musiciens et imaginé le dispositif instrumental de ce projet?
J. S.-B. : Je voulais associer au projet d’une part des prêtres Vaudou habitués aux musiques contemporaines, et d’autre part de grands jazzmen avec une connaissance des musiques afro-caribéennes. Les musiciens de jazz du groupe sont tous des collaborateurs de longue date avec lesquels j’ai enregistré plusieurs disques, soit sous mon nom soit sous celui d’Etienne Charles. Nous formons déjà une petite famille de musiciens de jazz new yorkais avec une sensibilité afro-caribéenne. Le choix des « jazzeux » du groupe s’est donc présenté comme une évidence : Etienne Charles (trompette), Milan Milanović (piano), Luques Curtis (basse), Obed Calvaire (batterie)…. Ma dream team ! Pour ce qui est des deux prêtres Vaudou, j’ai d’abord fait appel à Jean Bonga, fabuleux tambourier de musique Racine. Je le connais depuis 15 ans : nous avons beaucoup joué ensemble avec Daniel Moreno, Urban Tap, ou la chanteuse Kaissa. Je savais que, le moment venu, il ferait partie de mon projet… Enfin, Erol Josué est la voix de ce projet. C’était l’élément manquant. Il me fallait une voix qui transmette la puissance de cette tradition, mais qui ait l’habitude de s’inscrire dans un contexte plus contemporain. Nous  avons collaboré sur le disque de Markus Schwartz, et nous sommes depuis en contact régulier sur sa musique et maintenant la mienne… Il a la faculté de canaliser une énergie mystique qui dépouille mon âme de toute protection ! Tous les membres du groupe sont impatients de se lancer dans cette aventure musicale avec un abandon total…
 
Propos recueillis par Jean-Luc Caradec


 

Vendredi 11 mars à l’Espace 1789 de Saint-Ouen (93). Tél. 01 49 22 10 10. Places : 18 €. En première partie : le groupe New Yorkais Gato Loco du saxophoniste Stefan Zeniuk.

A propos de l'événement

Spécial Banlieues Bleues


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