La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Jacques Osinski

Jacques Osinski - Critique sortie Théâtre
Photo pierregrosbois.net

Publié le 10 mars 2008

Voyager entre l’irréalité du théâtre et la réalité du monde

Récemment nommé à la tête du CDN des Alpes, Jacques Osinski n’en abandonne pas pour autant son travail créatif. La légèreté mélancolique du Conte d’hiver est pour lui à nouveau l’occasion de donner forme au rêve.

Que dire de votre nomination à la tête du CDN des Alpes ?

Jacques Osinski :
Ce qui était important après dix ans de nomadisme en compagnie, c’était de m’implanter dans un lieu et dans un lien avec le public qui soient le reflet de mon identité artistique. La Comédie de Grenoble a une spécificité particulière puisque au sein de cette maison qui est une Maison de la Culture, on côtoie des créateurs comme Jean-Claude Gallotta ou Marc Minkowski : cette dynamique et cette synergie m’intéressaient vraiment. De plus, cette nomination ne vient pas entraver mon travail de création puisqu’il ne s’agit pas vraiment de la gestion d’un théâtre : ainsi, ce n’est pas moi qui fait la programmation même si j’y participe. Il faut vraiment insister sur le fait que la MC2 est un magnifique outil de création, au service de la création, et je crois que c’est vraiment cette idée essentielle qu’il ne faut pas perdre quand on passe à la direction.
 
Comment comptez-vous travailler ?

J. O. :
Par le biais d’un collectif artistique, j’ai le projet de travailler sur la ville et tout le département par le biais de multiples formes réalisées par cinq comédiens très présents. J’ai beaucoup tenu aussi à la présence d’un scénographe costumier, également très en lien avec le public. Il est important de revaloriser les métiers du théâtre et de profiter du fait qu’il y a justement des ateliers très réputés dans ce théâtre. Il faut sauver tout ce qui est de l’ordre de l’outil de création. De nos jours, on a trop tendance à externaliser la fabrication au nom de la rentabilité commerciale, ce pourquoi je veux valoriser cet outil et le partager avec d’autres.
 
Vous dites vouloir travailler sur le répertoire.

J. O. :
Oui, et peut-être avec Shakespeare en fil rouge pendant trois ans. J’ai aussi envie de mettre en route une trilogie allemande avec Woyzeck de Büchner, Dehors devant la porte de Wolfgang Borchert et Un fils de notre temps de Horvath. J’ai en fait un rapport très intime aux auteurs. Monter Shakespeare, c’est s’inscrire à la fois dans le proche et le lointain car il y a une indéniable distance avec les textes du passé : tous ne nous parlent pas et ils sont parfois comme une langue morte. Mais en même temps, les classiques nous mettent face à là où on en est théâtralement. L’imaginaire s’épuise plus vite avec les contemporains.
 
« Les classiques nous mettent face à là où on en est théâtralement. »
 
Pourquoi faire ce retour aux classiques avec Le Conte d’hiver ?

J. O. :
Ce qui me touche dans cette pièce, c’est le rapport au conte. C’est l’avant-dernière pièce de Shakespeare, faisant coexister le drame et la comédie, en les mêlant intimement plutôt qu’en les faisant alterner. Un homme s’y retourne vers son passé et fait le bilan de sa vie. On y trouve quelque chose de la structure du conte et aussi de celle du songe, comme un rêve éveillé : il s’agit là de thèmes qui me sont chers. Egalement importants dans cette pièce, le rapport au temps et le rapport à l’enfance, traités avec une espèce de légèreté non dénuée de mélancolie qui m’intéressait beaucoup. Cette pièce est plus intime qu’épique ; les voies de la chute s’y dessinent dans le concret de la pensée et non pas dans les sautes d’humeur. Il faut éviter le pathos et la théâtralité exacerbée pour s’installer dans la distance d’une vision du monde qui est celle d’un âge avancé.
 
Quel traitement scénique choisissez-vous ?

J. O. :
Celui d’une une scénographie très minimaliste qui donne un cadre très précis à l’histoire. Toute la première partie se déploie dans la blancheur immaculée d’un espace épuré. Petit à petit, l’espace et la couleur se déstructurent pour laisser apparaître des aplats de couleurs très franches jusqu’à l’insertion d’images vidéo. Puis tout disparaît dans la dernière partie et le blanc initial revient. La scénographie laisse en fait place à l’imagination du spectateur. J’ai choisi une distribution relativement jeune, avec des comédiens entre trente et quarante ans. Cette jeunesse des interprètes est un choix car j’aime bien l’idée que cette pièce est celle où l’âge jalouse la jeunesse.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Le Conte d’hiver, de William Shakespeare ; mise en scène de Jacques Osinski. Du 13 au 15 mars 2008. Jeudi à 19h30 ; vendredi et samedi à 20h30. Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Place Georges-Pompidou, 78180 Montigny-le-Bretonneux. Réservations au 01 30 96 99 00. Renseignements sur www.theatresqy.org Du 1er au 13 avril 2008 à 20h30 ; jeudi à 19h30 ; dimanche à 16h ; relâche le lundi 7 avril. Théâtre Jean-Arp, 22, rue Paul Vaillant-Couturier, 92140 Clamart. Réservations au 01 41 90 17 02. Renseignements sur www.theatrearp.com Reprise du 7 au 18 octobre 2008 à la MC2, 4, rue Paul-Claudel, B.P. 2448, 38034 Grenoble cedex 2. Réservations au 04 76 00 79 00.

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