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Théâtre - Critique

Ivo van Hove électrise « Hamlet » avec la troupe de la Comédie-Française : un diamant noir

Ivo van Hove électrise « Hamlet » avec la troupe de la Comédie-Française : un diamant noir - Critique sortie Théâtre Paris Odéon-Théâtre de l’Europe
Hamlet, mis en scène par Ivo Van Hove. © Jan Versweyveld, coll. Comédie-Française

Odéon – Théâtre de l’Europe / texte d’après William Shakespeare / mise en scène Ivo Van Hove. Comédie-Française hors les murs

Publié le 23 janvier 2026 - N° 340

Après Les Damnés, Électre / Oreste et Le Tartuffe, le metteur en scène belge Ivo Van Hove retrouve la troupe de la Comédie-Française dans une version coup de poing d’Hamlet. À l’image de l’énergie exaltée avec laquelle Christophe Montenez investit le rôle-titre, cette vision resserrée de la tragédie de Shakespeare nous transporte dans les tourbillons furieux d’un théâtre total.

Travaux de rénovation obligent, ce n’est pas sur le plateau de la Salle Richelieu, mais sur celui du Théâtre de l’Odéon que la troupe de la Comédie-Française présente sa nouvelle production d’Hamlet, une proposition aux accents d’opéra shakespearien désespéré imaginée par Ivo Van Hove. Réduite à deux heures de représentation, cette plongée dans la tête du prince danois est une course folle dans la matière noire de la souffrance, de la colère, du deuil et de la solitude. Une course radicale, sans espoir ou autre échappatoire, servie par une nouvelle traduction de la pièce écrite pour l’occasion par Frédéric Boyer. À l’intérieur de l’espace brut de la scène, des jeux de rideaux et de fumées, ainsi que quelques images vidéo, façonnent les paysages mentaux au sein desquels surgissent les réalités concrètes et hallucinatoires qui torturent Hamlet. Car dans cette version électrique de la pièce, la folie du héros ne fait aucun doute. Traumatisé par la disparition de son père et la trahison de sa mère, qui s’est remariée trop vite avec l’assassin de son premier époux, cet être à la dérive fulmine, pleure, enrage… Il est inconsolable. Projeté hors des chemins de la tempérance, Hamlet n’a plus qu’une idée en tête : planifier la vengeance que le spectre de son père lui a demandé de mettre en œuvre.

Un être à la dérive

Cette démesure farouche, Christophe Montenez l’investit pleinement, sans dompter les passages en force qu’elle implique, notamment lorsqu’il explose, vaincu par la colère. On pourrait préférer à ce jusqu’au-boutisme, sinon une forme de dépouillement, du moins davantage de retenue. Mais on le comprend peu à peu, comme se succèdent les scènes jouées, chorégraphiées (par Rachid Ouramdane), chantées de ce spectacle total (qui emprunte aux répertoires de Queen, Bob Dylan, Stromae…), l’extrémisme auquel se laisse aller le comédien permet aussi des moments d’intériorité fulgurants. C’est une grande performance que nous livre cet Hamlet perdu et sans limite. Autour de lui, au sein d’une troupe de douze interprètes, Guillaume Gallienne, Florence Viala, Loïc Corbery et Élissa Alloula donnent corps, eux aussi, à de très belles intuitions. Au-delà de la puissance visuelle qu’imposent la scénographie et les lumières de Jan Versweyveld, le feu d’artifice théâtral proposé par Ivo Van Hove ne serait rien sans l’intensité permanente de ses interprètes. Cérébral certes, mais physique également, cet Hamlet exalté a tout d’une célébration de l’art dramatique. Un art ici volontaire, sûr de son geste, qui transfigure la folie jusqu’à l’incandescence.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

du mercredi 21 janvier 2026 au samedi 14 mars 2026
Odéon-Théâtre de l’Europe
place de l’Odéon, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 20h. Durée : 2h. Tél. : 01 44 85 40 40 ou 01 44 58 15 15. www.theatre-odeon.eu ou www.comedie-francaise.fr

 

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