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Le pouvoir qui rend fou. La sanguinaire pièce de Shakespeare, Richard III, est hélas d’une grande actualité dans le monde actuel. Le metteur en scène israélien la fait résonner en tous sens avec sa formidable troupe venue de Tel-Aviv.
Dispositif policier à l’entrée, passage au détecteur de métaux, la réception d’un metteur en scène israélien ne se fait pas, hélas, de nos jours, de manière ordinaire. La grande salle de la Scène Nationale des Gémeaux n’en est pas moins pleine à craquer. Il faut dire que c’est la première en France de ce spectacle du metteur en scène Itay Tiran. Conçu avec la troupe du théâtre Gesher de Tel-Aviv par l’artiste exilé depuis quelques années en Autriche, ce Richard III a un goût particulier, celui d’un opposant à la politique de Netanyahou depuis bien des années. Il a ainsi choisi de ponctuer tout le spectacle de chants en hébreu qui viennent résonner de manière bien particulière avec la trajectoire de folie meurtrière du célèbre Duc de Gloucester, qui, sous la plume de Shakespeare, poursuit sa sanguinaire quête de pouvoir à coup d’assassinats successifs de ses rivaux, jusqu’à tuer sa femme et deux jeunes enfants qui pourraient à l’avenir lui ravir le trône. Une véritable folie meurtrière qui finit mal évidemment pour celui qui voudrait échanger in extremis son royaume contre un cheval.
Folie engendrée par le pouvoir
Quinze interprètes vêtus de costumes noirs sur un plateau tout en blanc donnent vie à cette tragique farce politique que ponctuera l’accession au trône de Gloucester. Petites lâchetés, trahisons, vengeances et veules compromissions parsèment une première partie dans laquelle le fond de scène avance jusqu’à l’avant-scène qui pousse les comédiens dans la salle pour assister au couronnement de Richard III. Deuxième partie, un entracte plus tard, et des cendres noires recouvrent le plateau blanc. L’horreur est en marche, le tyran n’en fait plus qu’à sa tête et rompt avec ceux qui l’ont soutenu. Folie engendrée par le pouvoir, isolement effrayant de ceux qui nous dirigent, constitution de mondes parallèles encouragés par la peur et la lâcheté des courtisans, ce que Richard III dépeint de la mécanique du pouvoir fait cruellement écho à notre actualité gorgée de guerres et d’aventures autoritaires solitaires. Suivant un crescendo dramaturgique parfaitement orchestré, avec un certain humour, qui n’hésite pas à se faire noir, un univers sonore efficace et des comédiennes et comédiens redoutables, dont Evgénia Dodina, actrice qui interprète un Richard III aussi cruel que pathétique, le spectacle d’Itay Tiran dépasse le référentiel à Netanyahou pour une critique plus large et universelle – malheureusement – des dérèglements cruels auxquels peut mener la quête de la puissance. Une démonstration implacable et magistralement menée entre tronçonneuses, trône en plastique, tente trois secondes et petits chevaux à bascule qui rend toute la dérisoire horreur de plus en plus de nos puissants.
Eric Demey
du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 18h, le dimanche à 17h. Relâche les lundis et le mardi 17 mars. Tel : 01 46 61 36 67
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