« Iqtibās » de Sarah M, une partition vibrante et poignante sur le thème de la double absence
Tournée / Texte et mise en scène de Sarah M.
Publié le 11 janvier 2026 - N° 340Sarah M. confie à Hayet Darwich, Maxime Lévêque et Hussam Aliwat une partition vibrante et poignante sur le thème de la double absence, la poésie flamboyante soutenant l’acuité sociologique.
« Toute étude des phénomènes migratoires qui néglige les conditions d’origine des émigrés se condamne à ne donner du phénomène migratoire qu’une vue à la fois partielle et ethnocentrique : d’une part, comme si son existence commençait au moment où il arrive en France, c’est l’immigré – et lui seul – et non l’émigré qui est pris en considération ; d’autre part, la problématique, explicite et implicite, est toujours celle de l’adaptation à la société d’accueil. » écrit Abdelmalek Sayad dans La Double Absence. Balkis, née en France de parents venus du Maroc, paraît adaptée, intégrée, diraient les adeptes de l’assimilation, très blanche pour une Arabe, disent gentiment ses amis. Elle rencontre Abel, prêt à tout pour elle, même à la conversion religieuse : la transcendance peut bien changer de nom si ce qui est plus grand que l’homme s’appelle amour. Le jeune Montaigu en aurait fait autant pour la belle Capulet… Mais lorsque tremble la terre de ses ancêtres, au Maroc, Balkis disparaît dans l’Atlas. Abel part à sa recherche, comme Orphée sur la trace d’Eurydice, guidé par l’oud d’Hussam Aliwat, qui exprime avec un vibrant talent la passion des amants et les fantômes qui se dressent en cerbères entre eux.
Une histoire de rage et d’amour, racontée à corps et à cris
Hayet Darwich et Maxime Lévêque, jeunes et beaux, intenses et bouleversants, s’inscrivent avec une touchante générosité dans la filiation des couples que sépare la catastrophe et qui triomphent des épreuves. La terre qui tremble et la perte des repères en sont une : plus terrible est celle qui exige que toute union soit homogène en considérant que toute altérité est une faille. Hayet Darwich le dit avec une force brûlante dans le dernier monologue, alarme pour notre époque qui se vautre dans la haine de l’autre : tout semble toujours exiger de l’étranger qu’il se plie aux normes sous peine de détestation implacable. Rien n’empêche qu’Abel, comme le berger qui offre ce qu’il a de meilleur en gage de sa foi, épouse Balkis, la reine du matin qu’aima le prince des génies, mais il faut que les amants dépassent les incompréhensions que la société érige entre eux. Faut-il vraiment que la terre tremble pour que le poème naisse des ruines ? Le texte de Sarah M. explore la darija marocaine, qui emprunte au français, à l’espagnol, à l’anglais et à l’amazigh, comme pour dépasser l’opposition stérile entre le français et l’arabe, irréductiblement séparés par la colonisation. Rappel à l’intelligent, avis à l’indifférent, comme l’écrivait Abdelkader, auquel Sarah M. rend hommage : il est encore possible d’inventer une langue nouvelle pour dire la joie d’aimer au croisement des cultures, dans l’écoute de l’autre, dans le respect de l’idiosyncrasie, en se défaisant du fantasme mortifère de l’assignation identitaire.
Catherine Robert
A propos de l'événement
"Iqtibās"du vendredi 16 janvier 2026 au vendredi 3 avril 2026
Divers lieux
Tournée :
16 janvier 2026 au Collectif 12, Mantes-la-Jolie ; 23 janvier 2026 au Théâtre Antoine-Vitez, Scène d’Ivry ; 29 janvier 2026 au Théâtre de Châtillon ; 6 février 2026 à la Faïencerie, Théâtre de Creil ; 10 février 2026 à l’Etoile du Nord, à Paris ; 17 février 2026 au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine ; 27 mars 2026 au Théâtre Cinéma de Choisy-le-Roi ; 3 avril 2026 au Théâtre André-Malraux de Chevilly-Larue ; automne 2026 au Théâtre Dunois, à Paris. Spectacle vu au Centre Jean-Houdremont, à la Courneuve. Durée : 1h30. A partir de 14 ans.
