La saison classique en France

Une passion au long cours pour la musique baroque

William Christie a bâti avec les Arts florissants l’histoire de l’interprétation baroque des trente dernières années. Photo : Virgin Classics / Sylvain Mignot

Le chef franco-américain fête cette saison les trente ans de son ensemble Les Arts florissants, acteur essentiel du renouveau de l’interprétation du répertoire baroque.

Quels étaient, il y a trente ans, vos objectifs quand vous avez fondé Les Arts florissants ?
 
William Christie : C’était un temps idéal. Je faisais partie d’un mouvement qui se considérait un peu plus fidèle aux intentions des compositeurs. Nous voulions nous comporter différemment, changer la façon dont la musique était jouée à l’époque.
 
Pourquoi vous êtes-vous orienté vers la musique française ?
 
W.C. : Il s’agit d’abord d’une passion personnelle pour le Grand Siècle et le xviiie siècle français et puis je me suis retrouvé à la tête d’un ensemble français. De plus, à l’époque, l’interprétation de Bach, de Haendel était acceptable ; il y avait même un semblant de style et de panache. Pour la musique française, surtout la musique vocale, c’était catastrophique. À Paris, nous étions peu à nous passionner pour ce répertoire. Il y avait quelques personnages très éclairés : Philippe Beaussant, Vincent Berthier de Lioncourt, quelques grands restaurateurs de clavecin… Tout le monde se connaissait, se retrouvait autour du pionnier qu’était Jean-Claude Malgoire, le seul alors à avoir une sensibilité pour cette musique.
 
Comment expliquez-vous que Les Arts florissants aient tant essaimé dans le monde de la musique baroque ?
 
W.C. : Très tôt je me suis rendu compte qu’on avait un ensemble qui pouvait former les jeunes chanteurs, les instrumentistes de talent et leur donner une chance pour évoluer. Cela a été le cas pour Véronique Gens, par exemple, qui a débuté dans le chœur.
 
C’est le rôle également du Jardin des Voix, l’académie que vous avez lancée en 2002.
 
W.C. : Le Jardin des Voix, c’est très personnel, presque égoïste. La pédagogie est un besoin pour moi : c’est comme une pépinière, et cela m’avait beaucoup manqué quand, faute de temps, j’avais dû quitter le Conservatoire en 1996.
 
« Tout a changé. Les musiciens, même ceux qui travaillent dans les formations traditionnelles, sont au courant des évolutions de l’interprétation… »
 
Le site « Arts flo média » peut-il être vu comme un prolongement de ces activités pédagogiques, cette fois à destination du public ?
 
W.C. : Le public change, et les techniques aussi. J’ai vécu plusieurs époques : celle du 33 tours, l’âge d’or du CD. La technologie aujourd’hui veut qu’on aille ailleurs. « Arts flo média », cette salle de concerts virtuelle, permet un partage, rend plus facile l’accès à notre bibliothèque, à nos partitions, nos enregistrements, y compris radiophoniques.
 
Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’interprétation baroque ?
 
W.C. : Tout a changé. Les musiciens, même ceux qui travaillent dans les formations traditionnelles, sont au courant des évolutions de l’interprétation quant au vibrato, aux tempéraments, aux coups d’archets… De plus en plus de musiciens jouent sur instruments modernes et instruments anciens. C’est pareil pour les voix : quand on auditionne un chanteur qui n’est pas spécialiste pour un rôle de Monteverdi, Rameau ou Haendel, on s’aperçoit qu’il a déjà des éléments de style.
 
Y a-t-il aujourd’hui convergence des arts de la scène dans ce domaine ?
 
W.C. : Ce n’est pas nouveau. Dès les années soixante-dix, Philippe Lenaël, Dean Barnett travaillaient déjà sur l’art gestuel. La langue restituée, la déclamation étaient déjà très discutées. Il a cependant fallu attendre que quelqu’un puisse utiliser cela avec intelligence, avec génie. C’est ce qui m’intéresse chez Benjamin Lazar : il s’empare de ces éléments et les combine avec sa propre intelligence. Robert Carsen, Jean-Paul Villégier ont le même sens de la rhétorique qu’un homme d’il y a trois siècles. Parfois, l’aspect visuel est en nette rupture avec la musique et je suis heureux de voir combien la musique ancienne peut stimuler un mouvement contemporain. Quand j’ai travaillé avec José Montalvo sur Les Paladins, les danseurs étaient médusés par le rythme de Rameau.
 
Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun


 
Du 20 octobre au 17 novembre, Les Arts Florissants fêtent leur 30 ans à la Salle Pleyel et à la Cité de la musique. William Christie dirigera notamment Susanna de Haendel et un programme de motets français de Lully à Rameau.
En janvier 2010, lancement du site www.artsflomedia.com.

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