La saison classique en France

Une découverte permanente

« L’État semble vouloir soutenir un nombre restreint de festivals, chacun devant être le plus “remarquable” dans sa catégorie. »

Quelle est la « marque de fabrique » de votre Festival ?
Jean-Dominique Marco : Le public me dit souvent qu’il vient et revient car le Festival est pour lui une perpétuelle surprise, une découverte permanente… Musica présente les grandes œuvres significatives des évolutions musicales qui ont marqué la seconde moitié du XXème siècle et les confronte à la création d’aujourd’hui en mettant en avant de jeunes compositeurs. Sur les soixante-dix compositeurs joués cette année, un tiers de ces artistes ont 35 ans au plus. L’objectif du Festival est de s’adresser à un public large, curieux et nombreux. D’une année à l’autre, le taux de fréquentation du Festival oscille entre 90 et 94 %, c’est-à-dire entre 16 000 et 18 000 entrées. Des opérations sont spécialement prévues pour sensibiliser un public nouveau. Ainsi cette année, le Festival s’est ouvert sur le campus universitaire pour mieux toucher une population de jeunes qui fréquentent peu les lieux institutionnels. Une autre opération a permis d’associer 250 musiciens amateurs issus d’orchestres d’harmonie de la région à la création française, Fresco, du compositeur italien Luca Francesconi afin de les initier aux sonorités et techniques liées à la musique contemporaine. Le concert a eu lieu sur la place de la cathédrale, où cinq orchestres entouraient le public de Musica mélangé avec les touristes présents par hasard. Deux représentations pour plus de mille spectateurs. Troisième exemple: une journée portes ouvertes dans le cadre des Journées du Patrimoine à la Cité de la musique et de la danse avec 20 concerts non stop gratuits. Près de 2 500 personnes ont fréquenté le site et assisté aux concerts.
 
Quels sont vos projets pour la prochaine édition ?
J.-D.M. : Encore secret… avec un hommage à Bernd Aloïs Zimmermann et Iannis Xenakis.
 
Quel rôle jouent selon vous les festivals dans la vie musicale française ?
J.-D.M. : Un festival doit être un moment d’exception, une manifestation extraordinaire, concentré dans le temps, et doit proposer de façon originale un aspect de la musique. Le festival est un amplificateur de la vie musicale ; il permet, par la densité et la richesse de sa programmation, de créer un temps fort facilement repérable par les publics et les médias. Les festivals sont le complément indispensable des institutions qui travaillent à l’année et qui réalisent un travail en profondeur. Par sa densité, sa forte médiatisation, la pertinence et l’originalité de sa programmation, le festival permet les rencontres les plus insolites – voire improbables ! Il permet enfin aux artistes de se retrouver, de débattre, de confronter leurs expériences et de rencontrer dans un cadre festif les publics qui les soutiennent.
 
Comment voyez-vous l’évolution des festivals de musique dans les prochaines années ?
J.-D.M. : Leur évolution va dépendre de l’attitude des pouvoirs publics à leur égard. La crise et le resserrement des finances obligent les pouvoirs publics à faire des choix. L’Etat semble plutôt vouloir soutenir un nombre restreint de festivals, chacun devant être le plus « remarquable » dans sa catégorie. On a évoqué à plusieurs reprises déjà l’éventualité d’une labellisation de certains festivals comme cela a été fait avec les opéras et les orchestres labellisés opéra ou orchestre national. Les collectivités locales, elles, sont friandes de ce type de manifestations, surtout durant les périodes estivales. Les festivals leur apportent souvent une image médiatique (locale ou nationale) aux retombées immédiates et à moindre coût qu’une activité à l’année. Le danger pour les festivals, c’est de devenir des vitrines locales pour attirer les touristes. Il faut que la notion de festival reste attachée à l’idée de qualité exceptionnelle et d’exigence à tous points de vue. Il faut enfin que le festival ait un fort ancrage local en même temps qu’un rayonnement national et international dans le domaine qu’il défend.
 

Propos recueillis par A. Pecqueur

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