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Un système cloisonné

Un système cloisonné - Critique sortie
La Maison de la Radio est l'un des "comptoirs" de commandes pour les compositeurs. Photo : Christophe Abramowitz / Radio France

Publié le 2 octobre 2009

Enquête sur le mode de financement des commandes d’œuvres aux compositeurs.

Rares sont les mélomanes qui se soucient de savoir comment est financée la création d’un opéra de Pascal Dusapin ou d’un concerto de Guillaume Connesson. Pourtant, le système des commandes, loin d’être simplement bureaucratique, reflète parfaitement les querelles esthétiques qui gouvernent aujourd’hui la scène musicale contemporaine. Il y a en France trois « comptoirs » où les compositeurs se présentent pour obtenir des fonds. Le plus prestigieux et le plus généreux est celui de l’État, seul à même de financer par exemple la création d’un opéra de deux heures. En général, la commande d’État est destinée aux compositeurs dits « modernistes », qui se situent dans l’héritage boulézien. Cela tient aux personnalités qui siègent dans les commissions d’attribution des commandes. Ce qui évidemment engendre l’ire des compositeurs « néo-tonaux », qui contestent une telle prise de position idéologique de la part d’un organisme censé être neutre. Pour d’autres, ce système administrativement lourd est aujourd’hui menacé. « L’État se désengage dans tous les domaines. Il n’y a pas de raisons pour que la création soit épargnée. Il faut d’ores et déjà nous préparer à trouver d’autres pistes de financement », prévient le compositeur Philippe Manoury. Autre lieu de commande incontournable : Radio France. Sous l’impulsion de René Bosc, responsable du service de la création musicale, la Maison ronde met à l’honneur les compositeurs… « néo-tonaux ». C’est ce dont témoigne notamment le Festival Présences, qui accorde également une belle place aux créateurs issus d’autres musiques (rock, jazz…). Reste ce troublant décalage entre la programmation de ce service de Radio France et celle de la grille de France Musique qui, pour sa part, privilégie dans ses émissions les compositeurs « modernistes ». On peut toutefois se féliciter que chaque commande passée par Radio France soit désormais interprétée (ce qui n’était pas le cas auparavant, où les œuvres restaient souvent au fond du placard, une spécialité de la maison).
 
Mécénat privé
 
On retrouve également un grand nombre de compositeurs « néo-tonaux » dans les commandes de l’association Musique nouvelle en liberté. Mais son administrateur, François Piatier, se défend de toute préférence esthétique : « Nos commandes sont le résultat d’un contrat à trois, entre l’interprète, le compositeur et nous-mêmes. Très souvent, le choix du compositeur vient de l’interprète, en particulier des orchestres. Par ailleurs, un compositeur qui a reçu une commande chez nous ne peut pas se représenter avant trois années ». Financée majoritairement par la ville de Paris, Musique nouvelle en liberté passe environ une dizaine de commandes par an. Les montants varient de deux mille euros (pour une pièce de musique de chambre) à huit mille euros (pour une œuvre de musique symphonique). On remarque par ailleurs que, de plus en plus, les institutions musicales (orchestres, festivals…) passent directement commande aux compositeurs, sans passer par un « comptoir ». Quant au mécénat privé, quelle solution offre-t-il pour la création ? Force est de constater que jusqu’à présent, les mécènes privilégient des musiques davantage « grand public », où le retour sur investissement, notamment en termes d’image, est plus important. Il faut cependant signaler l’action menée dans le domaine de la musique contemporaine par le Mécénat musical Société Générale. La banque de La Défense passe chaque année commande à plusieurs compositeurs (récemment Francesco Filidei, Jean-Louis Agobet et Marc Monnet). Outre le mécénat d’entreprise, il y a celui des particuliers, comme Françoise et Jean-Philippe Billarant, collectionneurs réputés d’art contemporain qui investissent dans la création musicale. Mais on est encore loin de la situation américaine, où, par exemple, un financier philanthrope a récemment donné dix millions de dollars à l’Orchestre philharmonique de New York afin qu’il développe sa politique de création. Grâce à ce montant, la prestigieuse phalange a invité en résidence le compositeur finlandais Magnus Lindberg.
 
Antoine Pecqueur

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