La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La saison classique en France

Polémiques autour du Conseil pour la création artistique

La Fédération des Ensembles Vocaux et Instrumentaux Spécialisés (FEVIS ) accueille régulièrement de nouveaux ensembles en son sein. Une belle vitalité essaimant sur tout le territoire, cautionnée par le public et méritant pleinement le soutien des acteurs politiques…

Publié le 2 octobre 2009

La structure dirigée par Marin Karmitz et placée sous l’égide directe de Nicolas Sarkozy a présenté dix projets, dont deux destinés à la musique classique, qui ont entraîné de vives réactions dans le milieu culturel.

Il était attendu au tournant. Lorsque Marin Karmitz a présenté le 10 septembre dernier les projets du Conseil pour la création artistique, le monde de la culture en a suivi l’énoncé avec attention. Il est vrai que depuis sa création en février dernier par Nicolas Sarkozy, cette structure était restée bien silencieuse. Qualifiée par certains de « Ministère de la culture bis », elle regroupe, sous l’autorité de son délégué général Marin Karmitz, un panel de représentants du milieu artistique (des directeurs d’institutions, à l’exception de Dominique Hervieu, unique artiste et directrice du théâtre de Chaillot). Au Musée du Quai Branly fut donc annoncée une liste de dix projets, tous axés sur le concept de démocratisation de la culture. Deux initiatives concernent spécifiquement la musique classique. Il est ainsi prévu de créer un orchestre de jeunes dans la banlieue parisienne, sur le modèle du « Sistema » vénézuélien, connu pour permettre à des enfants défavorisés de s’en sortir grâce à la musique. Cette initiative sera notamment soutenue par la Cité de la musique et l’Orchestre de Paris. On ne peut, dans un premier temps, que saluer ce projet liant préoccupation sociale et musique classique. Cependant, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer le fait que ce projet sollicite une institution, la Cité de la musique, dont le directeur, Laurent Bayle, siège au Conseil pour la création artistique (c’est d’ailleurs le seul représentant du monde de la musique classique). Dans un communiqué, le syndicat Profevis, qui regroupe un grand nombre d’ensembles spécialisés, rappelle que « si l’on s’en tient à la liste des dix projets remise par le Conseil pour la Création Artistique, quatre des onze membres qui le composent sont à la tête de structures qui exerceront la fonction d’opérateurs de l’une des actions financées par le Conseil. Cette situation n’est pas inacceptable en soi, mais justifierait une transparence renforcée des procédures d’attribution des aides, alors que celles-ci posent précisément question. »
 
Opéra et numérique
 
L’autre projet du Conseil relatif à la musique classique concerne l’art lyrique. Le but est de filmer un ouvrage donné dans un opéra et de le retransmettre en direct et en numérique dans différents théâtres à travers l’hexagone. Cette initiative s’inspire évidemment du succès des retransmissions du Metropolitan Opera de New York dans les opéras (notamment en France). Il y a une importante dimension économique dans ce projet, qui permet de rentabiliser le coût, particulièrement onéreux, d’une production d’opéra en la diffusant aux quatre coins du pays. Mais cela ne risque-t-il pas de menacer les petites structures de province, qui vont, dès lors, se retrouver en concurrence avec ces retransmissions de spectacles « prestigieux » ? Le débat est ouvert – on se souvient de l’avis très critique de Gérard Mortier, ancien patron de l’Opéra de Paris, sur les diffusions du Met’. Plus globalement, les projets du Conseil pour la création artistique suscitent beaucoup d’incompréhension, car ils mettent principalement à l’honneur les grandes institutions. La preuve avec la musique classique, où sont représentés les orchestres et les opéras, mais pas les ensembles, secteur pourtant des plus dynamiques. Le Syndeac, syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, a demandé rien moins que la suppression de ce Conseil, en mettant en garde : « Il (le conseil) contient en germe une “réforme” qui, à terme, désengagerait le Ministère de la Culture dans le soutien aux créateurs ». Malgré nos multiples sollicitations, Marin Karmitz n’a pas souhaité répondre à nos questions. Armé d’un budget de 10 millions d’euros, le Conseil va désormais faire passer ses idées de la théorie à la réalité.

Antoine Pecqueur

A propos de l'événement



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