La Terrasse

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La musique Baroque en France

Philippe Beaussant – Jean-Paul Penin / La querelle des Anciens et des Modernes

Philippe Beaussant – Jean-Paul Penin /
La querelle des Anciens et des Modernes - Critique sortie
Photo : Philippe Beaussant – Jean-Paul Penin / DR

Publié le 10 juillet 2008

Philippe Beaussant – Jean-Paul Penin /
La querelle des Anciens et des Modernes

La querelle entre « Anciens » et « Modernes » n’est pas prête de s’éteindre, comme le montre le débat entre Philippe Beaussant, fondateur du Centre de musique baroque de Versailles et écrivain (Héloïse, Gallimard, Vous avez dit baroque ‘ Actes sud…) et Jean-Paul Penin, chef d’orchestre et auteur des Baroqueux ou le musicalement correct (Gründ)

Comment avez-vous vécu la « révolution baroque » ‘
 
Philippe Beaussant : J’aime cette musique depuis l’adolescence. En classe de seconde, je séchais les cours pour aller recopier des partitions de Charpentier à la bibliothèque du Conservatoire. Mais à l’époque, le mot baroque n’existait pas pour la musique, seulement pour la peinture. Et les enregistrements que nous avions étaient ceux de Jean-François Paillard et de Wanda Landowska, des versions que j’adorais. Puis, premier symptôme : j’entends la voix d’Alfred Deller, un véritable choc. Ensuite, c’est l’étonnement, la surprise en découvrant Harnoncourt, Leonhardt. Ces interprètes venaient de comprendre qu’en se rapprochant du son, ils se rapprochaient du sens de la musique.
 
Jean-Paul Penin : Je suis né dans la révolution baroque. Au début, j’étais passionné, j’écoutais des nuits entières les Vêpres de Monteverdi par Gardiner. Quand je dirigeais l’Orchestre Universitaire de Strasbourg, je suis allé donner l’entrée des Incas du Pérou des Indes galantes de Rameau à Cuzco. Par la suite, je me suis rendu compte que l’option esthétique des « baroqueux » se transformait en frustration sonore. Ce qui m’a aussi gêné, c’est que leur idée devienne un conformisme moral : si on ne jouait pas sur instruments anciens, on faisait quelque chose de « pas bien », si on n’applaudissait pas, on était taxé de réactionnaire. Ce fut la même chose avec la musique contemporaine, enfermée pendant trente ans dans le dogmatisme boulézien.
 
« Ce qui m’a gêné dans cette révolution, c’est de considérer que la musique devait forcément être jouée sur instruments anciens. » (…)Jean-Paul Penin 
 
« Mais la musique a un son, et le compositeur, quand il écrit, a un son dans l’oreille. » Philippe Beaussant 
 
Quel regard portez-vous sur l’évolution de ce mouvement ‘
 
J.-P. P. : Il y a parfois une escroquerie musicale. Cette saison, on joue L’Etoile de Chabrier composée en 1877 sur des instruments anciens. Or, ces instruments ne sont vraiment pas très différents des nôtres. A côté de cela, il y a des changements positifs. On ose de nouveau jouer Rameau sur piano. Pour moi, la révolution baroque se termine en queue de poisson.
 
P. B. : Pour moi, ça ne se termine pas du tout en queue de poisson ! La rigueur des interprètes sur instruments anciens a abouti à une autre forme de liberté. Il y a eu deux types d’évolution chez les « baroqueux ». Il y a ceux qui évoluent en adoptant des musiques plus récentes et il y a ceux qui restent fidèles à une musique plus ancienne.
 
J.-P. P. : Ce qui m’a gêné dans cette révolution, c’est de considérer que la musique devait forcément être jouée sur instruments anciens. Or, s’il y a eu une évolution de la facture instrumentale, c’est qu’il y avait une frustration. Beethoven a d’ailleurs écrit ses sonates pour piano pour un instrument qui n’existait pas encore. Les compositeurs de l’époque romantique, comme Liszt ou Berlioz, ont écrit pour des instruments du futur.
 
P. B. : Mais la musique a un son, et le compositeur, quand il écrit, a un son dans l’oreille. J’ai compris l’orchestration de Rossini en l’entendant avec des bois d’époque. Mais tout dépend de la musique : on ne peut plus jouer Mozart avec un orchestre moderne. Par contre, vous pouvez jouer la musique de Bach sur n’importe quel instrument.
 
Dans le répertoire baroque, l’opéra est un genre essentiel. Que pensez-vous de la réactualisation des livrets opérée par de nombreux metteurs en scène ‘
 
P. B. : Est-ce que pour représenter Les Indes Galantes, on doit entrer dans une vision contemporaine du monde ‘ Pour moi, en essayant de détacher l’œuvre de son contexte, on commet une faute très grave.
 
J.-P. B. : Pour moi, en art, il n’y a pas de faute de cet ordre. Il n’y a que des fautes de goût.
 
P. B. : Mais la partition a un sens que le compositeur lui a donné. Les metteurs en scène doivent faire comprendre ce sens-là.
 
J.-P. P. : En voulant respecter la volonté du compositeur, c’est la meilleure manière de le trahir. La musique doit être continuellement réinterprétée.
 
Le courant « baroqueux » n’a pas seulement été artistique mais aussi musicologique. N’est-ce pas l’un de ses aspects essentiels ‘
 
P. B. : C’est capital, car la musique doit se fonder sur de vraies partitions. Et plus on remonte le temps et plus c’est difficile. Cela étant, je me méfie des musicologues. Car ce sont les premiers à avoir des œillères, notamment en matière de programmation.
 
J.-P. P. : On a donné dans des festivals des œuvres rares, mais d’un ennui…
 
Les ensembles sur instruments anciens ont pour particularité d’être composés très souvent d’intermittents et non de permanents. Comment jugez-vous cette situation’
 
P. B. : Il faut que les musiciens de ces ensembles restent intermittents, indépendants, européens… Ils ne doivent pas avoir de structure qui les limite. C’est comme cela que ces ensembles sont nés. Et ils auront un avenir s’ils restent pareils.
 
J.-P. B. : Je ne suis pas d’accord. Les musiciens ont besoin de vivre de leur métier. Il faut une sécurité matérielle pour créer.
 
Propos recueillis par A. Pecqueur

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