La saison classique en France

Muza Rubackyté

Muza Rubackycté, la diva au piano

Muza Rubackycté, la diva au piano

Le 11 mars dernier, Muza Rubackyté venait présenter à la salle Gaveau un programme intitulé « Au-delà des notes ». La pianiste franco-lituanienne, trop rare sur les scènes françaises, est pourtant réputée dans le monde entier pour être une des plus pertinentes lisztiennes du moment. Elle interprétait ce soir-là des pièces qui s’inspirent d’autres arts. Ce n’est pas un hasard, quand on connaît l’amour et l’attention que portait Liszt à l’art de son époque et à l’art en général. Quand Muza entre en scène, on est immédiatement saisi par son allure et son charisme. Un spectateur ne connaissant pas la musicienne penserait assister au récital vocal d’une diva, et serait surpris de la voir s’installer au piano. Commence la Sonate en la mineur de Schubert D784, et les premières notes nous saisissent. La maîtrise de la matière sonore et la poétique de sa gestuelle nous propulsent d’emblée au cœur de la musique. Si cette première œuvre est la seule du concert sans argument extra-musical, la pianiste semble vouloir dire plus et bouscule la pièce. Un Schubert flouté et tourmenté, comme un prélude à la suite du programme. Suivent cinq lieders de Schubert transcrits par Franz Liszt. Là, le propos s’éclaircit, la pianiste connaît non seulement la musicalité de chaque mot, mais aussi son sens poétique profond. Elle semble imprégnée par la poésie de Goethe, de Heine, de Muller et de Scott, dont ces lieders s’inspirent, et joue comme un chanteur chante dans sa propre langue. La première partie s’achève avec un Erlkönig explosif, qui laisse la salle essoufflée. Dans la deuxième partie, le jeu se solidifie encore, jusqu’à arriver à cet équilibre parfait entre liberté et respect de la partition. Muza « danse dans les chaînes », avec une sureté déconcertante. Elle commence avec un compositeur Lituanien quasiment inconnu en France, nommé Ciurilonis. Artiste protéiforme qui fut également peintre, Ciurlionis compose une musique à la croisée du romantisme tardif et du modernisme. Ses courtes pièces de révèlent sous les doigts de la pianiste en autant de paysages musicaux. Une superbe découverte. Le concert se termine avec la Sonate en si mineur de Franz Liszt, inspirée par Faust, le drame de Goethe. La maîtrise et l’intensité musicale sont telles que cette interprétation restera gravée dans l’esprit de chaque auditeur. Ceux qui voudraient découvrir ou redécouvrir cette grande pianiste pourront aller écouter l’intégrale des Années de Pèlerinage de Franz Liszt, qu’elle donnera à l’Opéra de Paris en juin prochain. 

Sébastien Llinares

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