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La saison classique en France

La situation politique des maisons d’opéra

La situation politique des maisons d’opéra - Critique sortie
Photo Pierre Médecin : DR

Publié le 2 octobre 2009

Il est assurément le meilleur connaisseur du paysage lyrique. Directeur de la chambre professionnelle des directeurs d’opéras et ancien directeur de l’Opéra de Nice et de l’Opéra Comique de Paris, Pierre Médecin nous explique les mutations de ce secteur.

« Il faut se poser la question de la place du théâtre lyrique dans la société française. »
 
Quel est l’impact de la crise économique sur le fonctionnement des opéras ?
 
Pierre Médecin : C’est très variable d’un pays à l’autre. En Italie, la situation est terrifiante, même la Scala doit faire face à de graves problèmes financiers. Les conséquences de la crise sont moins importantes en Allemagne, car dans ce pays, les théâtres fonctionnent avec un grand nombre d’ouvrages au répertoire, ce qui leur permet de passer environ cinq saisons sans faire de dépenses extraordinaires. En France, le théâtre lyrique est fragile depuis toujours, car nous n’avons ni le public passionné de l’Italie, ni la solidité des structures allemandes. Les opéras français sont financés à 80 % par les villes, donc tout dépend de la conjoncture économique des municipalités. Ce qui est dangereux, c’est que beaucoup de politiques souhaitent développer d’autres activités dans les opéras, en plus des ouvrages musicaux. Il faut se poser la question, politique, de la place du théâtre lyrique dans la société française.
 
Que répondez-vous aux politiques qui jugent l’opéra « élitiste » ?
 
P.M. : Si l’opéra est élitiste, c’est parce que les places sont trop chères. Je n’ai jamais vu un public qui ne soit pas touché par l’opéra. Mais si vous gagnez 2 000 euros par mois, il vous est difficile de dépenser 150 euros pour une place. Il faut que les pouvoirs publics octroient une subvention qui couvre les recettes. On pourrait alors mettre le prix des places d’opéra au niveau de celui du cinéma. Et c’est par centaines de milliers que le public viendrait. Il suffit de voir le succès des diffusions des opéras du Met de New York dans les cinémas pour comprendre la popularité du genre.
 
Regrettez-vous la disparition des troupes ?
 
P.M. : Cela fait quarante ans que je me bats pour qu’il y ait des troupes dans les opéras français. La dernière troupe était celle de l’Opéra Comique, à l’époque où j’en étais le directeur. Travailler en troupe, c’est une culture que j’ai apprise en Allemagne : il faut savoir gérer les distributions en fonction des voix. Mais il y a un double intérêt à cela. Artistique tout d’abord, car une troupe permet d’imprimer un style « maison » à un opéra, loin de l’uniformisation actuelle. Regardez les distributions au Met de New York, à la Scala de Milan ou au Covent Garden de Londres, on retrouve toujours les mêmes chanteurs ! Ensuite, il y a un intérêt économique, car avec une troupe, les opéras ne doivent inviter que quelques « guest stars » par saison. Cela permet d’éviter la dérive des rémunérations des grands chanteurs. Je rappelle que le cachet maximum défini en commun par les plus grandes maisons d’opéras est quand même de 12 000 euros par représentation ! En comparaison, un chanteur de troupe en Allemagne gagne au maximum 4 000 euros par mois.
 
Qu’attendez-vous du nouveau Ministre de la Culture ?
 
P.M. : L’Etat joue très mal son rôle. Il est interventionniste dans les subventions alors qu’il ne devrait pas forcément donner son avis sur la programmation artistique. Par contre, il n’a rien fait pour solidifier les structures juridiques des opéras. Aujourd’hui, il y a un grand nombre de statuts différents, de la régie directe à l’association. Il faudrait un système de gestion identique, même à l’échelle européenne. Cela faciliterait les déplacements des artistes, par exemple celui d’un choriste qui va travailler en Estonie puis à Toulouse.
 
Propos recueillis par Antoine Pecqueur

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