La Terrasse

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La saison classique en France

La schumanienne des Balkans

La schumanienne des Balkans - Critique sortie
Photo : crédit Eric Manas

Publié le 2 octobre 2009

Aussi à l’aise en solo qu’en musique de chambre ou avec orchestre, Dana Ciocarlie est une pianiste au jeu ouvert et inspiré. Cette musicienne roumaine est aujourd’hui considérée comme l’une des grandes spécialistes de l’œuvre de Schumann. Son premier enregistrement de l’intégrale du compositeur allemand, avec les Novelettes, sort prochainement dans les bacs (label Voicing).

Après votre formation en Roumanie, comment vous êtes-vous retrouvée en France?
Dana Ciocarlie :
J’ai terminé mes études à Bucarest en 1990, au moment de la chute du régime communiste. Jusqu’alors, les musiciens roumains ne pouvaient poursuivre leur formation qu’au Conservatoire de Moscou. Je me suis effectivement rendue à Moscou, mais uniquement pour passer le Concours Tchaïkovski. L’un des membres du jury m’a alors invitée à suivre un stage d’été en France, où j’ai continué ma formation. A Paris, j’ai étudié à l’Ecole Normale et au Conservatoire National Supérieur de Musique. Et je me suis mariée avec un Français !

« Ce que j’aime chez Schumann, c’est son sens du rythme obsessionnel, presque hypnotique »

Vous sentez-vous plus proche de l’école slave ou de l’école française ?
D.C. :
En fait, l’école de piano roumaine est très proche de l’école allemande. On le perçoit bien en entendant des grands pianistes roumains, comme Dinu Lipatti ou Radu Lupu. J’ai ainsi appris à développer un son rond et plein, à jouer en totale décontraction. Je n’ai donc pas eu d’influence slave en Roumanie. Et à Paris, j’ai retrouvé la même école, en travaillant avec Dominique Merlet et Victoria Melki, disciples de Lipatti.

D’où vous vient votre passion pour Schumann, dont vous commencez l’enregistrement de l’intégrale des œuvres ?
D.C. :
Quand on tombe amoureux, on ne sait pas toujours pourquoi ! En jouant Schumann, c’est un peu comme si je faisais une psychanalyse. Il met en musique des choses que je serais incapable d’exprimer. Ce que j’aime chez Schumann, c’est son sens du rythme obsessionnel, presque hypnotique, sa capacité à changer très rapidement d’affect, passant par exemple d’une tendresse extrême à une humeur sauvage. De plus, ses œuvres ont beaucoup d’humour, ce qui est assez rare dans la musique pour piano. Il faut comprendre intellectuellement sa musique, mais ensuite la jouer à corps perdu. Cela doit devenir une sorte de transe. Il ne faut pas avoir peur de se laisser déborder, que ce soit par la ferveur ou par la rêverie. Je me réjouis qu’en 2010, on commémore les 200 ans de sa naissance.

Vous vous consacrez également beaucoup à la musique de chambre…
D.C. :
Je joue régulièrement avec pas moins de quinze ensembles différents, allant du duo au sextuor. J’aborde même des formations originales comme le trio violon, cor et piano, avec Nicolas Dautricourt et David Guerrier. La musique de chambre, c’est la communion : le but est de ne faire de tous les instruments qu’un seul. Même avec orchestre, j’essaie de retrouver cet esprit.

Propos recueillis par Antoine Pecqueur

Sélection discographique :
« La Langue maternelle », œuvres de Bartok, Eötvös, Kurtag et Ligeti. L’Empreinte digitale.
« Debussy en miroirs », œuvres de Debussy, Krawczyk, Escaich, Beffa et Verrières. Triton.

En concert / Sélection
Avec l’Orchestre de la BBC dans le cadre du prochain Festival George Enescu à Bucarest.
Avec le violoncelliste Alexander Kniaziev (lieder de Brahms), le 22/05/2010 au Festival de l’Epau.

Contact :
Ponticello / Hélène Thiébault
Tél. 01 44 91 80 31
Email : hthiebault@ponticello.fr
www.ponticello.fr

 

A propos de l'événement


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