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SPÉCIAL OPÉRA

La mise en scène d’opéra : une révolution qui dérange

La mise en scène d’opéra : une révolution qui dérange - Critique sortie Classique / Opéra

Quand les metteurs en scène prennent le pouvoir / ANALYSE

Publié le 27 septembre 2017 - N° 258

De plus en plus confiée à des hommes de théâtre ou des réalisateurs de cinéma, la mise en scène d’opéra se retrouve au cœur d’intenses batailles entre chanteurs, chefs d’orchestres et public. Analyse.

Pendant des siècles, la mise en scène d’opéra s’est révélée extrêmement sommaire. Les chanteurs se positionnaient face à la scène, la main en avant, vocalisant face au public. La direction d’acteurs était réduite à son strict minimum, si ce n’est une gestuelle codée pendant l’époque baroque. Toute l’attention était centrée sur les décors – des toiles peintes – et les effets de machineries. C’est donc un véritable tournant qu’a pris la mise en scène d’opéra au siècle dernier. Des productions mythiques, comme les cycles Monteverdi et Mozart de Jean-Pierre Ponnelle ou le Ring de Wagner par Patrice Chéreau, ont, dans des esthétiques complétement différentes, affirmé le rôle majeur de la direction d’acteur à l’opéra. Les maisons d’opéra, du moins les plus innovantes, ont donc convié les hommes de théâtre à aborder le monde lyrique. Non sans mal… Car il fallait composer avec une partie conservatrice des spectateurs, qui ne supportait pas la moindre réactualisation des ouvrages, et avec certains chanteurs, refusant tout jeu scénique trop « extraverti » (comme chanter allongé ou dos au public, par exemple).

Mêler exigence théâtrale et réalité musicale, un parcours du combattant

Bref, mêler exigence théâtrale et réalité musicale fut un vrai parcours du combattant. L’un des directeurs d’opéras les plus révolutionnaires en la matière fut le regretté Gérard Mortier, qui dirigea le Festival de Salzbourg, l’Opéra de Paris ou encore le Teatro Real de Madrid. C’est à lui que l’on doit les plus belles et les plus radicales mises en scènes de Christoph Marthaler ou Krzysztof Warlikowski. Pour lui, l’opéra était politique, et devait nous amener à penser le monde différemment. Un discours engagé et toujours terriblement vivant. Ceux qui n’ont également pas supporté de voir les metteurs en scènes prendre de plus en plus de pouvoir, ce sont les chefs d’orchestre. Avant, c’était eux les seuls patrons à bord. Certains maestros reprochent aux mises en scène « contemporaines » d’aller contre la musique. En réaction, des chefs comme Ivan Fischer vont jusqu’à réaliser les mises en scène eux-mêmes ! Vous l’aurez compris : l’ambiance sur les plateaux d’opéras n’est pas toujours au beau fixe. Et les choses ne vont pas s’arranger, avec la venue désormais de réalisateurs de cinéma, comme Michael Haneke ou Benoît Jacquot, de chorégraphes ou de circassiens. Mais n’est-ce justement pas une manière de s’approcher du mythe wagnérien de l’« art total » ?

 

A. Pecqueur

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