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La Fausse Magie

La Fausse Magie - Critique sortie
Crédit : Florian Burger / Metz Métropole Anna-Maria Panzarella, Isabelle Philippe et Georges Gautier dans La Fausse Magie de Grétry mise en scène par Vincent Tavernier.

Publié le 2 octobre 2009

Vincent Tavernier à la mise en scène et Jérôme Correas à la tête des Paladins signent une production pleine de fantaisie de l’opéra-comique de Grétry. Après sa création à Metz, ce spectacle est à l’affiche des opéras de Reims et Rennes.

Incontestablement, l’œuvre d’André-Modeste Grétry (1741-1813) connaît un regain d’intérêt. Après les « grandes journées » consacrées par le Centre de musique baroque de Versailles au compositeur de Zémire et Azor à l’automne dernier et alors que l’Opéra Comique s’apprête à reprendre la production de L’Amant jaloux mise en scène par Pierre-Emmanuel Rousseau, l’Opéra-Théâtre de Metz propose une Fausse Magie énergique et joyeuse sous la direction de Jérôme Correas.

Monter cet opéra-comique en deux actes, créé en 1775 à la Comédie italienne, est un projet que le directeur des Paladins avait à cœur depuis longtemps. Avec son livret en vers – souvent cocasses – dû à Marmontel, son intrigue à la Goldoni et son rythme enlevé, l’œuvre correspond bien, en effet,  à ce point de basculement entre le théâtre chanté et l’opéra que cherche à restituer Jérôme Correas à travers son exploration du répertoire méconnu de l’opéra-comique français du XVIIIe siècle ; avant Grétry, en novembre dernier, Les Paladins avaient soutenu avec enthousiasme les jeunes chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris dans les Troqueurs de Dauvergne et La Répétition interrompue de Favart à l’amphithéâtre Bastille.

L’interprétation des Paladins témoigne du plaisir à jouer cette musique. Il ne s’agit pas – ce serait vain – d’y chercher à chaque page la marque du génie. Cependant, en homme de théâtre et, surtout, de comédie, Grétry multiplie les trouvailles, rebondissant sur les mots et les rythmes de son librettiste. L’invention prend alors souvent les allures de la plus grande simplicité. Jérôme Correas saisit parfaitement l’esprit de l’œuvre en appuyant les effets, les contrastes, bien suivi par des Paladins qui s’en donnent à cœur joie – les hautboïstes Vincent Blanchard et Tereza Pavelkova ne sont pas en reste quand il s’agit d’évoquer les amours d’un « coq » et d’une « poulette ».

Retrouver l’esprit du théâtre de foire

Texte et musique suffisant amplement à caractériser les personnages et les situations, Les Paladins avaient pu présenter l’œuvre en version de concert en septembre dernier à Royaumont avec la même distribution vocale. La tâche de Vincent Tavernier n’en était que plus périlleuse. Simple et efficace, sa mise en scène fait le bon choix en refusant toute surcharge psychologique hors de propos. Cette histoire de barbon superstitieux victime des supercheries magiciennes de son entourage qui le font renoncer à son projet de mariage au profit d’un jeune rival parle d’elle-même. Vincent Tavernier opte donc pour un vocabulaire simple et les costumes des personnages, à chacun sa couleur, suffisent à leur identification. La mise en scène suit le rythme de la musique et, surtout, retrouve l’esprit du théâtre de foire, faisant de la moindre petite « machine » de théâtre le support d’une joyeuse fantaisie, parodique et charmante.

Portés par la musique autant que par cette mise en scène entraînante, la distribution est dominée par Anna-Maria Panzarella dans le rôle de Mme Saint-Clair, machiavélique ordonnatrice de la farce. Elle joue à fond son personnage de coquette extravagante entre deux âges, portant avec vigueur et fantaisie un rôle qui égratigne joliment la figure traditionnelle de la diva. Isabelle Philippe est parfaite dans le rôle de Lucette, objet de toutes les convoitises amoureuses, qu’elle campe avec vivacité, offrant toujours ce mélange d’ingénuité et de fantaisie. La qualité de la distribution s’observe surtout dans son aisance à passer des passages chantés aux textes parlés. C’est particulièrement vrai pour les rôles masculins : Mathias Vidal (le jeune Linval) et surtout Georges Gautier (le barbon Dalin, adepte d’horoscopes) et Alain Buet (Dorimon, qu’un projet initial devait marier à Lucette) savent à la perfection se saisir du rythme du texte pour donner à l’ouvrage son ton bouffon.

Jean-Guillaume Lebrun

Spectacle vu à l’Opéra-Théâtre de Metz, le 7 mars 2010. Prochaines représentations à l’Opéra de Rennes du 20 au 22 mars. Tél. 02 99 78 48 78.

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