La Terrasse

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La saison classique en France

La concurrence des orchestres parisiens

La concurrence des orchestres parisiens - Critique sortie

Publié le 2 octobre 2009

La capitale compte un grand nombre de phalanges symphoniques. Alors que des rumeurs de fusion circulent, il est utile de s’interroger sur le rôle et le rayonnement de chaque formation. Analyse et pistes de réflexion.

Il est peu de dire que l’offre symphonique à Paris est prolifique. Si certains se demandent s’il n’y a pas trop de salles – surtout en envisageant l’inauguration de la Philharmonie en 2012 – , d’autres osent une question plus polémique : n’y aurait-il pas trop d’orchestres ? La saison dernière, la rumeur d’une fusion entre l’Orchestre de Paris et l’Ensemble orchestral de Paris (E.O.P.) a longtemps circulé. En réalité, cela aurait surtout consisté à créer un « super Orchestre de Paris » qui aurait intégré les membres de l’E.O.P, permettant ainsi aux pouvoirs publics de faire des économies non négligeables. Le moment pour réaliser cette OPA déguisée était parfaitement choisi : en 2008, l’E.O.P. sortait de dix années sous la direction de John Nelson, n’avait pas encore trouvé de nouveau chef et un tiers de ses membres devait partir à la retraite d’ici cinq ans. Les musiciens de l’Orchestre de Paris étaient, quant à eux, très méfiants à l’idée de jouer avec ces instrumentistes d’une formation considérée comme artistiquement « inférieure ». Bertrand Delanoë, le maire de Paris, a in fine sauvé l’E.O.P., en nommant en qualité de directeur général Jean-Marc Bador, et, en tant que conseiller artistique et premier chef invité, le violoniste Joseph Swensen. Pour autant, l’Orchestre de Paris et l’Ensemble orchestral de Paris vont connaître le même destin, puisqu’ils occuperont tous deux la future Philharmonie de Paris, construite par Jean Nouvel. Il y aura alors une mise en commun de certains services, comme la bibliothèque ou le parc instrumental. Reste à savoir si, d’ici là, l’Ensemble orchestral de Paris aura fait la preuve de son rayonnement dans le panorama musical parisien. Car, jusqu’à présent, la phalange est restée, d’un point de vue musical, bien poussiéreuse, interprétant un répertoire (Haydn, Mozart) qui est maintenant devenu le terrain de jeu d’ensembles baroqueux bien plus dynamiques. L’E.O.P. devrait davantage observer certains orchestres de chambre étrangers, qui ont réussi à développer une véritable démarche artistique, comme l’Orchestre de chambre de Lausanne ou la Philharmonie de chambre allemande de Brême.

Convention collective à Radio France

L’autre rumeur de fusion concerne Radio France. La Maison ronde abrite deux orchestres : l’Orchestre National de France (O.N.F.) et l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Au départ, chaque formation avait une mission qui lui était propre. L’Orchestre National de France interprétait le grand répertoire, notamment la musique française, et se produisait, outre ses concerts d’abonnement parisiens, lors de tournées internationales. L’Orchestre Philharmonique de Radio France, de son côté, devait avant tout défendre la musique contemporaine. Force est de constater que le cahier des charges a été pour le moins amendé. Sous le récent mandat de Kurt Masur, l’O.N.F. a joué principalement des œuvres du répertoire germanique. Quant au Philhar’, comme on le surnomme dans le milieu, il s’attelle lui aussi au grand répertoire et multiplie les déplacements à l’étranger sous la baguette de son directeur musical Myung-Whun Chung. En ce qui concerne la création contemporaine, loin de la démarche ambitieuse des débuts de Radio France, elle se limite aujourd’hui à des pièces néo-tonales programmées au Festival Présences. Le ridicule est atteint lorsque les deux orchestres interprètent à quelques jours d’intervalle la même partition. Il faut dire que, jusqu’alors, les directeurs des deux orchestres (à l’O.N.F. Didier de Cottignies, qui vient d’être nommé à l’Orchestre de Paris, et au Philhar’ Éric Montalbetti) avaient du mal à s’entendre. L’arrivée de Jean-Luc Hees à la tête de la Maison ronde va-t-elle modifier la donne ? Le nouveau patron va, en tout cas, s’attaquer rapidement à un vaste chantier que lui a laissé son prédécesseur Jean-Paul Cluzel : la renégociation de la convention collective. Et donc le statut des musiciens des deux orchestres… Est-ce que l’ancien présentateur de Radio Classique conservera un tropisme pour la musique classique ou bien cédera-t-il aux sirènes des gestionnaires ? Ce qui est sûr, c’est que ces deux phalanges doivent retrouver chacune une identité forte, sans quoi elle risque de perdre leur légitimité. Rappelons qu’en 1994, la RAI, la radio-télévision publique italienne, a fusionné ses quatre orchestres (Turin, Milan, Rome et Naples) en une seule formation basée à Turin.
Antoine Pecqueur

 

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