La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Giorgio Barberio Corsetti

Giorgio Barberio Corsetti - Critique sortie Théâtre
Crédit : D.R. Légende : Giorgio Barberio Corsetti

Publié le 10 mai 2010

L’infernale spirale des désirs

Vert et verte, ciel, cielle et noir, violet, violette et gris et puis jaune, rouge et bleu… Quatre histoires et autant d’impossibles. Ainsi court la folle ronde des cœurs, qui butinent à plaisir et s’abîment sur les brisants du désir. Dans La ronde du carré, l’auteur grec Dimitris Dimitriadis fouille au secret des liens amoureux. Le metteur en scène italien Giorgio Barberio Corsetti creuse au cœur de cette spirale effarante pour en révéler l’indicible.

Qu’est-ce qui relie les quatre histoires ?
Giorgio Barberio Corsetti : Chacune met en jeu différemment l’amour impossible,
l’irrésoluble tension entre le désir, irrépressible, incoercible, et les sentiments, sans cesse rattrapés la volonté de pouvoir et de possession de l’autre. Les quatre intrigues ne se
croisent pas mais avancent par spirales vers leur issue fatale. Le tragique tient à la répétition : les êtres sont prisonniers de la même scène, condamnés à l’éternel recommencement de l’échec. Le mouvement est soutenu par l’écriture, très musicale, de Dimitris Dimitriadis, qui procède par boucles, accumulations, variations, digressions… Ça tourne en rond, comme une vrille au fond d’un puits.
 
« Il n’est question que de ce qui ne peut être dit… » 
 
N’est-ce pas une façon de cerner l’indicible sans jamais pouvoir l’effleurer ?
G. B. C.  : A mesure que la pièce avance, les phrases se décharnent, le geste devient de plus en violent et le lien entre les mots et les situations se perd. Il n’est question que de ce qui ne  peut être dit… Le centre des choses n’est pas dicible. La parole tourne autour d’un vide, d’un manque, de plus en en plus vite. Cette mise en crise de la parole théâtrale  suit le délitement du réel, l’impossibilité de raconter que met en abîme Dimitris
Dimitriadis. Au fond, la représentation théâtrale tente toujours de révéler l’indicible…
 
Comment mettre en scène cette mécanique ?
G. B. C.  : Les situations et la langue s’ancrent dans un quotidien très concret au début et glissent progressivement vers l’abstraction, jusqu’aux lisières d’un cauchemar, à la fois familier, sinistre et grotesque. Le désir, cette pulsion vers l’autre, s’écrase et reste comme une trace. En peinture, l’abstraction s’exprime par la couleur, les signes, les lignes. Au théâtre, elle passe par les traces des passions, de ce qu’on ne peut voir mais qu’on entend à travers les mots et les corps, ce qu’on perçoit à travers les émotions profondes. Le mouvement du texte se traduit dans la métamorphose de l’espace qui garde quelques stigmates du réel, tels que des meubles, mais qui devient de plus en plus impraticable pour les acteurs. A mesure que le rythme s’accélère, que le cycle se répète, des situations se renversent, les contours des espaces et des êtres se brouillent, comme dans une toile de Francis Bacon.
 
Vous retrouvez une belle troupe d’acteurs dont Anne Alvaro, Luc-Antoine Diquéro, Maud Le Grevellec, Christophe Maltot… Comment abordez-vous cette écriture dans le jeu ?
G. B. C.  : Nous travaillons d’abord chaque situation très concrètement, pour nous approprier l’écriture, aller au bout des mots et trouver les corps, pour dessiner ces personnages, qui paraissent d’abord ordinaires, et qui, par épuisement, vont se désagréger. Le jeu évolue d’une ligne claire vers la choralité : les êtres sont emprisonnés dans leur histoire personnelle et leur solitude mais jouent dans un ensemble.
 
Entretien réalisé par Gwénola David


La ronde du carré, de Dimitris Dimitriadis, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti, du 14 mai au 12 juin 2010, à 20h, sauf dimanche à 15h, relâche lundi, au Théâtre de l’Odéon, Place de l’Odéon, 75006 Paris. Rens. : 01 44 85 40 40 et www.theatre-odeon.eu. Texte publié aux éditions Les solitaires intempestifs.

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