La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -341-Rencontres chorégraphiques internationales de seine-saint-denis et Boost : deux festivals de création qui célèbrent toutes les esthétiques

Une danse qui abat les frontières, rencontre avec Frédérique Latu

Une danse qui abat les frontières, rencontre avec Frédérique Latu - Critique sortie  Bagnolet
Badke (Remix) d’Amir Sabra et Ata Khatab © Kurt Van der Elst / kvde.be

Entretien / Frédérique Latu

Publié le 20 février 2026 - N° 341

Directrice des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, Frédérique Latu dévoile un festival plus que jamais ouvert sur le monde et ancré dans son territoire.

Quel est le programme des prochaines Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis ?

Frédérique Latu : Du 11 mai au 14 juin dans une douzaine de villes, nous serons présents dans des lieux fidèles, des lieux nouveaux, des boîtes noires, l’espace public, des lieux non dédiés. Nous continuons d’affirmer une pluralité de programmation et d’espaces pour que la danse puisse investir et habiter le territoire. On retrouve dans cette édition l’ADN des Rencontres avec une dimension internationale forte. L’enjeu pour nous, au-delà de montrer la création sous ses différentes formes, est de maintenir des liens internationaux dans le contexte géopolitique que nous connaissons, alors que certains et certaines nous incitent au repli sur soi.

« Nous serons présents dans des lieux fidèles, des lieux nouveaux, des boîtes noires, l’espace public, des lieux non dédiés. »

Quels spectacles présentez-vous pour la soirée d’ouverture ?

F.L. : Le programme est d’abord composé d’une création de Clédat et Petitpierre, L’art de vivre, dans laquelle on retrouve tout leur imaginaire débordant, fantaisiste. Cette pièce est portée par un comédien et un jeune performeur en situation de handicap. La présence de ce dernier vient, de façon réjouissante, enrichir le mystère de ce binôme de chorégraphes. Nous accueillons également la nouvelle création de Laura Barsacq, basée à Bruxelles, Kassia Undead. Elle y revisite la figure d’une compositrice médiévale qui faisait le lien entre l’Orient et l’Occident. C’est une pièce de groupe avec des danseurs et des musiciens sur scène. Nous ouvrons donc le festival avec une dimension internationale, ainsi qu’un fort engagement sur les contenus et les personnes qui habitent ces pièces. Cette première soirée met aussi en valeur l’hybridité, une danse qui flirte avec les arts visuels, avec la création musicale, ce que nous aimons particulièrement aux Rencontres chorégraphiques.

Quels sont les autres artistes internationaux qui participent aux Rencontres ?

F.L. : Nous sommes présents dans la Saison Méditerranée de l’Institut Français, notamment avec deux projets qui sont en lien avec la culture palestinienne. Nous accueillons d’abord Badke (Remix), la reprise d’un spectacle des ballets C de la B autour du dabké par deux chorégraphes palestiniens. Cette pièce nous parle de résistance : comment rester ensemble malgré la guerre, l’effondrement, comment la fête et la solidarité peuvent-elles nous maintenir en vie ? À la MC 93, le spectacle est associé dans une soirée composée à la création de Nancy Naous, une chorégraphe libano-palestinienne qui elle aussi s’inspire de la gestuelle du dabké mais avec une distribution entièrement féminine. Elle fait écho à la guerre civile libanaise et à la façon dont les femmes restent debout malgré la disparition des maris, des fils, des frères. Dans un tout autre registre, nous poursuivons notre partenariat avec la Commune d’Aubervilliers avec un Pavillon danse confié à La Ribot. Elle présente plusieurs pièces dont Juana ficción et programme avec nous des artistes proches de son univers.

Ces Rencontres sont-elles également l’occasion de découvrir de jeunes chorégraphes ?

F.L. : Bien sûr. Comme toujours, notre objectif est de valoriser des chorégraphes qui sont au début de leur parcours, pour permettre la découverte de nouveaux projets mais aussi pour leur dire qu’il est encore possible de s’engager dans la création aujourd’hui. Nous accueillons notamment dans ce cadre Philippe Lebhar qui est interprète depuis une vingtaine d’années et qui crée le solo Dibbouk. Nous invitons également Suzanne Henry, une jeune femme sortie depuis deux ans du CNSMDP, qui crée elle aussi un premier solo physiquement très engagé, magnétique. Nous présentons de même une avant-première de Na Djoro de Tatiana Guéria Nadé, une artiste ivoirienne qui a longtemps vécu au Burkina Faso. Sa pièce s’intéresse à la place des artistes femmes et de manière plus large aux violences faites aux femmes.

Vous voulez également que la danse puisse être présentée sur tout le territoire, avec des spectacles in situ ou dans des lieux non dédiés. Qu’en est-il pour cette édition ?

F.L. : Le tout-terrain, l’itinérance, et notamment des présentations in situ dans les établissements scolaires sont un aspect important de ce festival. Nous allons dans ce cadre accueillir Magda Kachouche avec sa prochaine pièce Un virage pour Jacky. Il s’agit d’un solo écrit pour un interprète qui s’appelle Jacky Medefo, un jeune homme originaire du Cameroun arrivé en Seine-Saint-Denis à 11 ans et qui revendique que la danse l’a sauvé. Nous allons partager ce solo avec les lycéens et les lycéennes du territoire car je pense qu’il a des résonances avec ce qu’ils vivent.

 

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement

Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis
du lundi 11 mai 2026 au dimanche 14 juin 2026


Divers lieux de Seine-Saint-Denis

Tél : 01 55 82 08 04.

www.rencontreschoregraphiques.com.

 

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