Un théâtre qui interroge notre rapport au tragique
La metteuse en scène Lena Paugam rend compte [...]
Âgé de 36 ans, Pierre Koestel est l’auteur d’une œuvre théâtrale ambitieuse qui cherche à se réapproprier le monde incertain qui est le nôtre. Un monde en butte à des effondrements, à des catastrophes sourdes et indistinctes…
Quand avez-vous commencé à écrire ?
Pierre Koestel : À l’adolescence. J’écrivais des poèmes. Ils n’étaient pas destinés à être lus. J’étais un peu introverti. J’écrivais pour m’exprimer. Et puis, au lycée, j’ai rencontré le théâtre et la littérature. C’est là que j’ai pris conscience de mon envie de devenir auteur dramatique.
Quelle est, pour vous, l’essence de votre écriture ?
P.K. : Je me sens proche d’auteurs et d’autrices qui développent une recherche formelle forte et exigeante. Je pense à Pauline Peyrade, Anja Hilling, Ivan Viripaev… J’aime dire que mes textes se transforment autant que les personnages qui évoluent en leur sein. J’essaie de rendre sensible ce principe de transformation par le biais d’une langue qui fait s’entremêler expressions quotidiennes et envolées lyriques. Pour ce qui est du fond, je crois que les titres de mes pièces parlent d’eux-mêmes : Fragments d’un processus de démolition ; Après nous, les ruines (texte publié aux Éditions Théâtre Ouvert / Tapuscrit) ; L’Effondrement des glaciers… Je suis beaucoup travaillé par la notion d’effondrement, par une inquiétude en lien avec l’état du monde présent. J’ai besoin d’inventer des histoires pour créer du sens, pour expliquer qui nous sommes, pour nous projeter dans différentes réalités, pour sauver ce que nous vivons de l’oubli.
Dans Après nous, les ruines, il est question d’une catastrophe nucléaire…
P.K. : Oui, une catastrophe qui met à mal le devenir d’un groupe d’amis. Plongés dans un processus de répétitions-variations en quatre parties, ces personnages sont amenés à évoluer, à s’interroger, à se déplacer… On les voit retraverser certaines scènes qu’ils ont déjà vécues. On les entend redire certaines choses qu’ils ont déjà dites. Mais le monde a évolué. Il a été contaminé par cet accident qui ne les a pas directement impactés, mais qui a eu malgré tout une influence sur leurs existences. Ce qui m’a intéressé dans cette situation, c’est le rapport à l’invisibilité. Les radiations qui se répandent dans l’environnement sont impalpables. Le danger qu’elles représentent est sourd, difficilement identifiable. J’ai cherché à appréhender l’invisible pour le rendre d’une certaine manière concret, tangible, sur un plateau de théâtre.
Manuel Piolat Soleymat
Du lundi au mercredi à 19h30, le jeudi et le vendredi à 20h30, le samedi à 18h.
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La metteuse en scène Lena Paugam rend compte [...]