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Focus -292-KARAVEL et KALYPSO

Rencontre avec Mourad Merzouki, créateur des festivals Karavel et Kalypso et à la tête du CCN de Créteil et de Pôle en Scènes à Bron.

Rencontre avec Mourad Merzouki, créateur des festivals Karavel et Kalypso et à la tête du CCN de Créteil et de Pôle en Scènes à Bron. - Critique sortie Danse
Mourad Merzouki © Julie Cherki

Entretien
De la virtuosité des battles au meilleur de la création, rencontre avec Mourad Merzouki

Publié le 25 septembre 2021 - N° 292

Comment se portent les festivals Karavel et Kalypso après une année particulièrement difficile pour le spectacle vivant ?

Mourad Merzouki : Ils résistent, ils se réinventent. Ce sont deux rendez-vous qui mettent à l’honneur de jeunes artistes et l’on sait à quel point le manque de diffusion a été douloureux pour eux. Karavel et Kalypso sont donc très attendus, avec l’espoir qu’ils marquent un redémarrage, qu’ils célèbrent les retrouvailles avec le public et la scène.

« Il est pour moi important de faire dialoguer dans ces festivals l’espace du battle et l’espace de la création. »

Vous ouvrez le festival Karavel avec un grand battle all styles. Est-ce une façon de réaffirmer l’importance de ces compétitions ?

M.M. : Je n’ai jamais voulu couper le cordon avec la genèse, avec l’ADN du hip hop, à savoir le battle, la compétition. Il y a un public pour ce type de rendez-vous et surtout on y retrouve cette énergie spontanée et généreuse qui fait le hip hop et dont on a besoin. Il est pour moi important de faire dialoguer dans ces festivals l’espace du battle avec l’espace de la création.

Vous proposez également un autre type de compétition, les Défilés chorégraphiques.

M.M. : Oui tout à fait. Les Défilés sont une proposition que j’ai initiée à Lyon il y a quelques années. Je trouve ce format séduisant parce que le catwalk, ce dispositif des défilés de mode, permet au public d’être très proche des artistes. Une quinzaine de danseurs y proposent des solos de trois minutes et un lauréat est désigné par un jury de professionnels. Pour Karavel, il sera porté cette année par l’Orchestre national de Lyon et aura lieu à l’Auditorium. Bousculer les participants en les invitant à performer sur de la musique classique jouée en live me plaît. Cela les sort de leur zone de confort, les oblige à chercher leur gestuelle, leur énergie différemment. Et puis lorsqu’on vient du hip hop, on connaît souvent peu ou pas ce type de musique. Cela permet donc aussi au public de découvrir l’émotion qu’offre un tel orchestre. À Paris, où le Défilé se tiendra pour la première fois, il sera organisé au Carreau du Temple, dans une version plus urbaine puisque c’est un DJ qui remixera les musiques jouées par l’Orchestre national de Lyon.

Faire découvrir la danse à un public qui ne fréquente pas les théâtres vous tient aussi particulièrement à cœur. Comment rencontrez-vous ce public ?

M.M. : Nous essayons chaque année de proposer de nouveaux rendez-vous, d’investir de nouveaux espaces et d’inviter la danse là où on ne l’attend pas. C’est l’idée de la première édition du Hip Hop Day : pendant une journée, nous allons aller à la rencontre du public hors les murs dans la ville de Créteil. Nous organisons également un Marathon de la danse dans les écoles. Des danseurs interviennent dans les classes et cela nous permet de toucher chaque année entre 2000 et 2500 élèves. Il est très important de partager la danse, la musique dès le plus jeune âge.

Pourquoi avez-vous choisi de consacrer votre carte blanche à une discipline, en l’occurrence le krump ?

M.M. : C’est une première. J’ai voulu mettre en avant cette discipline que l’on avait découverte en 2005, à la sortie du film Rize de David LaChapelle, et que l’on connait finalement encore peu. Le Krump est une sorte de transe assez étonnante, une danse dans laquelle l’interprète se met dans un état d’urgence, de rage. Il me semble qu’avec ce que nous traversons aujourd’hui, nous ressentons tous cette volonté de résister, de faire face, avec un fond de colère. Partager cette forme d’expression avec le public me paraît donc opportun au vu de notre actualité. Nous réunissons pour cette carte blanche trois stars du krump : Grichka Caruge, Nach et Jekyde. Ils proposeront leurs spectacles, mais aussi des ateliers, une conférence dansée ou une exposition.

À côté de ces différents événements, le public pourra découvrir cette année de nombreuses créations.

M.M. : En effet, nous sommes extrêmement heureux de proposer lors de Karavel et Kalypso sept créations. C’est formidable parce que nous n’avions jusque-là pas les moyens de faire des commandes aux artistes, une création étant la plupart du temps accompagnée d’une coproduction ou d’une résidence. Cette année certains ont spontanément souhaité proposer leur première lors de ces festivals, espérant y être repérés par les professionnels et la presse. C’est un signe de confiance et de reconnaissance très encourageant pour nous.

 

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement


Festival Karavel, du 26 septembre au 23 octobre 2021.


Tél. 04 72 14 63 40. karavelkalypso.com


 


Festival Kalypso, du 5 novembre au 23 décembre 2021.


Tél. 01 56 71 13 20. karavelkalypso.com


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