La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -146-Biennale

Norma Claire

Norma Claire - Critique sortie Classique / Opéra

(crédit photo Ronan Lietar) Norma Claire à l'écoute de son c'ur et de son corps

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Va, vis : « Un cheminement vers la pacification et la sérénité. »

Prendre le temps de suspendre le souffle des jours, d’écouter chuchoter les
émois bouleversés d’une vie de création? Avec Va, vis, Norma Claire,
chorégraphe créole, fouille la mémoire de son corps « multiculturel » pour faire
jaillir une vérité d’elle-même à travers une danse métisse, puissamment
expressive.

Pourquoi ce besoin de faire une pause dans votre parcours ?

J’arrive à un âge où surgissent des questions sur le chemin parcouru, sur les
épreuves et les joies passées, sur les temps à venir? Après des années
consacrées à chorégraphier pour d’autres, j’ai senti le désir de me remettre en
danse, d’écouter mon corps, mon c’ur, d’exprimer ces paroles qui murmurent à
l’intérieur.

C’est « une histoire simple et complexe d’être femme et créole »,
écrivez-vous…

Simple car c’est un état : je suis femme et créole. Complexe car la créolité
renvoie souvent à une quête identitaire, surtout ici en métropole. L’identité
créole est peu reconnue, même dans la danse. L’histoire de ce peuple s’est
construite sur la plaie encore douloureuse de l’esclavage, qui marque la mémoire
collective, la psyché, les façons d’être et donc le corps. Complexe aussi car
mon parcours s’inscrit à la croisée de mes origines créoles guyanaises, de mes
racines africaines et de la culture occidentale dans laquelle j’ai grandi.

Comment le corps porte-t-il la trace de ces influences multiculturelles ?

Ma démarche s’appuie sur la gestuelle africaine, que je suis allée
redécouvrir en Afrique voici vingt ans, afin de me ressourcer, de mieux situer
mon identité, et, sans doute aussi, d’apaiser certaines colères. Ma danse porte
aujourd’hui les couleurs mêlées de mon africanité, de ma créolité? et de toutes
mes particularités. Elle s’articule autour du bassin et se déploie en un
mouvement spiralé qui s’origine dans les entrailles, symbole de la féminité. Je
cherche à exprimer ce plaisir dans le corps qui déborde la seule volupté de la
sensualité pour se faire manifestation de l’expression de vie.

Quel est le parcours intime que révèle Va, vis ?

Un cheminement vers la pacification et la sérénité, qui passe par l’écoute de
ses sentiments et de son état d’être. Le premier mouvement trahit un état
d’enfermement et de souffrance, lié à mes blessures intimes et au poids de notre
mémoire collective meurtrie. Progressivement, l’espace s’ouvre, l’énergie monte,
le plaisir gagne. L’être retrouve des racines et puise la force de surmonter les
épreuves, le désir de s’en sortir. Enfin, dans un troisième temps, j’invite
Nelson, mon fils, à partager un moment de danse autour de la maternité et de la
transmission. Va, vis dévoile donc un chemin de vie à travers une danse
gorgée d’émotions. Sans sensiblerie, mais avec sensibilité.

Entretien réalisé par Gwénola David

Les 3 et 5 avril à 14h30 et 20h30, le 4 à 17h, au Théâtre Antoine Vitez, à
Ivry-sur-Seine.

 

A propos de l'événement


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