La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -190-ivry

Leila Cukierman

Leila Cukierman - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 septembre 2011

Construire et partager l’exigence artistique… dans la durée

Directrice du Théâtre d’Ivry, soucieuse de la culture du lien, Leila Cukierman poursuit une réflexion sur l’art qui interroge, fonde l’humanité et ouvre à l’autre.

« L’art n’a pas à être utile, il forge les hommes, forge des modes de pensée. » Leïla Cukierman
 
Beaucoup d’artistes programmés cette saison ont déjà joué auparavant à Ivry.
Leïla Cukierman : Oui, la plupart des artistes reviennent à la maison. Chanson Plus Bifluorée fête ses 25 ans de chanson en ouverture de saison. Ce n’est pas un hasard qu’ils veuillent le faire ici… Ils viennent également expérimenter un travail qu’ils n’avaient jamais abordé, celui du spectacle jeune public. J’aime que cette fidélité permette des tentatives nouvelles, comme avec D’ de Kabal, Michèle Bernard ou Georges Momboye. Nous souhaitons permettre aux artistes de créer dans le lieu, de créer dans la ville, d’avoir du temps pour que la relation se construise. Accueillir les artistes en résidence, mettre tout en œuvre pour que se bâtisse la rencontre avec les publics, que le travail de création soit le plus abouti possible, avec du temps de répétition, du temps de représentation, reste un axe essentiel de notre manière de faire.
 
Se donner du temps, est-ce aussi ce qui donne du sens ?
L. C. : Le temps est ce qui nous manque le plus à tous. On est dans l’obligation de faire dans un temps raccourci, un temps efficace, utilitaire ; on est dans l’immédiateté. Or l’art est d’abord une affaire de temps. Pas seulement du temps dans la saison pour travailler, mais du long temps de maturation, de travail, de pistes de recherche artistique, pour aboutir – de temps en temps ! – à des choses magnifiques. Il faut laisser le temps aux artistes de créer. Du temps de création, mais aussi du temps pour eux, dans leur vie, pour avancer, défricher. On n’est pas dans la recherche de la perfection, mais dans l’exigence artistique.
 
Vous privilégiez en fait le temps de la relation.
L. C. : C’est vrai, une relation à triple niveau : entre l’équipe du théâtre, les artistes, et le public. Relation au sens où Glissant l’entend, ce qui lie, relie, rallie et relaie. Bien évidemment on distille toujours du nouveau, mais la relation dans la durée est une impérieuse nécessité pour un lieu de création. Il faut couper court avec l’efficacité utilitariste. Je vais choquer en disant ça, mais l’art est inutile. L’art n’a pas à être utile, il forge les hommes, forge des modes de pensée. Dans notre société, l’art est censé servir aux loisirs, à se sentir bien, à panser le mal social… Or je reste persuadée que l’art est une manière de penser, donc sans efficacité immédiate, sans utilitarisme. Personne ne peut s’en servir. L’art n’est pas un pansement, l’art est de l’ordre de l’essentiel.
Propos recueillis par J.-L. Caradec et V. Fara
 

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