La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -294-Théâtre de l’Union

Le Théâtre de l’Union comme un arbre qui se déploie, rencontre avec Aurélie Van Den Daele

Le Théâtre de l’Union comme un arbre qui se déploie, rencontre avec Aurélie Van Den Daele - Critique sortie  Limoges Théâtre de l’Union
Aurelie Van Den Daele © Marjolaine Moulin

Entretien

Publié le 25 novembre 2021 - N° 294

Après une formation de comédienne au conservatoire de Clermont-Ferrand et de mise en scène au CNSAD, Aurélie Van Den Daele a été artiste associée de 2015 à 2018 au Théâtre de l’Aquarium et à la Ferme de Bel Ébat. Elle a fondé le DDG (Deug Doen Group) qui rassemble des forces vives de la création pour penser un modèle éthique et politique, en lien avec le vivant et les profondes mutations qui y agissent. A Limoges, elle inscrit son travail dans cette même veine.

Pourquoi choisir le vivant comme guide de la création ?

Aurélie Van Den Daele : La question du vivant me semble à la fois extrêmement importante et peu traitée au théâtre. Je pense souvent à la nouvelle de Jack London, Construire un feu, pour laquelle il a écrit deux fins, l’une pessimiste et l’autre optimiste. Dans la seconde version, le héros trouve autour de lui de quoi survivre. Je crois que l’on peut y voir une métaphore de la manière efficace de collaborer, par laquelle on trouve des solutions extérieures à soi. Le Théâtre de l’Union le permet dans la mesure où il regroupe tous les chaînons de la création, de l’atelier des costumes à celui des décors, en passant par une salle de lecture et de répétition doublée d’un appartement pouvant accueillir les artistes. Parler du vivant sur le plateau et dans le processus de création suppose d’inventer de nouveaux récits. C’est pourquoi les écritures contemporaines seront un élément central du projet avec des auteurs et autrices dans les lieux. Je crois que le spectacle vivant et ses maisons pourraient être plus vertueux, ne serait-ce qu’en apprenant à coconstruire des projets, mutualiser la venue des spectacles en tournée, offrir un soutien commun aux équipes, mieux organiser le déplacement des spectateurs, dont le bilan carbone est souvent très lourd. En s’inspirant des mécanismes de communication et de collaboration de la nature, on peut penser le travail comme se déploie un arbre, de ses racines à ses branches partant vers le ciel, en irriguant le territoire pour que le CDN ne soit pas le seul lieu de théâtre, en construisant des cabanes comme des sortes de refuges pour évoquer ces sujets. Par l’action artistique autant que par la programmation, on peut se saisir de ce problème.

« Je veux être une directrice à la croisée de l’accompagnement, de l’insertion et de la création équitable. »

Quatre artistes vous accompagnent dans ce projet…

A.V.D.D. : Alice Laloy, Elsa Granat, Gurshad Shaheman et Charlotte Lagrange, chacun à leur endroit, représentent quelque chose de la réparation et des questionnements vivaces d’aujourd’hui. Ils sont tous auteurs et metteurs en scène, ce sont des artistes pluriels. Ils portent aussi une grande attention à la pédagogie. Dès mars Elsa Granat présente King Lear Syndrome, qu’elle crée au Théâtre Gérard Philipe en janvier. Avec les autres, nous organiserons, à partir de janvier, des séminaires pour découvrir le territoire. Ils n’ont pas tous les mêmes envies et ne sont pas tous au même endroit de leur parcours. Nous chercherons ensemble à faire émerger leur geste artistique par des cartes blanches, des formes liées au territoire, en créant des temps forts ou en leur offrant de s’investir dans la programmation. Ils interviendront aussi à l’Académie.

Quelle directrice serez-vous ?

A.V.D.D. : Je viens avec l’idée d’avoir une chambre à soi, comme dit Virginia Woolf, un outil pour créer, ne pas subir la pression. Mais j’aime aussi beaucoup l’idée d’être accompagnante (car d’avoir moi-même été accompagnée a été essentiel dans ma maturation), pour laisser faire des erreurs, expérimenter selon ce que permettent les outils. J’ai beaucoup travaillé avec les écoles nationales et j’avais envie de m’investir davantage dans la pédagogie. Je veux être une directrice à la croisée de l’accompagnement, de l’insertion et de la création équitable au sein du théâtre. J’espère être à cet endroit de partage, dans un cadre de bien-être qui soutient les projets dans leur nécessité.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Théâtre de l’Union
20, rue des Coopérateurs, 87000 Limoges.

Tél. : 05 55 79 90 00.


Site : www.theatre-union.fr


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