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Focus -272-Comédie de Genève

Le Royaume / Le Direktør d’après Lars von Trier mes Oscar Gómez Mata

Le Royaume / Le Direktør d’après Lars von Trier mes Oscar Gómez Mata - Critique sortie Théâtre Genève
Crédit : Steeve Luncker / Légende : Le metteur en scène Oscar Gómez Mata.

Entretien / Oscar Gómez Mata
Grande salle / d’après Lars von Trier / mes Oscar Gómez Mata

Publié le 17 décembre 2018 - N° 272

A travers Le Royaume (adapté de la série télévisée L’Hôpital et ses Fantômes) et Le Direktør, le metteur en scène Oscar Gómez Mata nous convie à entrer dans l’univers de Lars von Trier, ainsi qu’à prendre part à un théâtre conçu comme « un exercice de vie ».

Quels sont les principaux aspects du théâtre auquel vous travaillez depuis la fondation de votre compagnie, L’Alakran, en 1997 ?

Oscar Gómez Mata : Je dirais que le théâtre et l’art vivant (les performances et les installations) que je propose explorent la dissolution des œuvres dans le public. La création, qui est une construction du réel, est toujours une projection de nous-mêmes dans ce qui nous entoure. Les physiciens disent qu’il n’y a pas de réalité en dehors de la relation entre l’observateur et l’objet observé. Si l’on applique cette idée au théâtre, il n’y a pas de pièce absolue imaginée par l’auteur, mais une construction multiple et intime qui se joue dans l’esprit du public. Il est alors impossible à l’artiste d’imposer sa seule vision. Et si la pièce de théâtre ne peut exister sans le public, rendons-la au public !

De quelle façon ?

O. G. M. : Tous les moyens sont bons. L’instauration d’une ambiguïté entre le faux et le vrai. La fragilisation volontaire de la structure, des transitions, de l’image de l’être humain. L’humour comme moyen d’accès sensoriel à la pensée. L’aspect improvisé du jeu et du dispositif scénique pour renforcer l’idée de présent. La référence à des événements actuels et locaux. L’adresse directe et l’idée d’accident… Tout cela doit servir à activer le regard du spectateur, à le rendre critique afin de le laisser décider de l’image qu’il souhaite voir. C’est une manière de lui restituer sa responsabilité de citoyen dans la construction du réel, de le rendre créatif, de l’obliger à prendre position. J’essaie de créer un théâtre de participation de la pensée, un théâtre du présent, sans camouflage, conçu comme un exercice de vie, qui recherche un dialogue, même si celui-ci passe par le désaccord. J’essaie de faire des spectacles qu’il faut vivre et voir. Ils sont rarement consensuels, mais c’est le prix à payer si l’on veut rester honnête avec soi-même et cohérent avec tout ce que je viens d’énoncer.

Vous reprenez Le Direktør. Quelle a été l’origine de votre envie d’adapter au théâtre ce film de Lars von Trier ?

O. G. M. : Son thème central : la difficulté d’assumer des responsabilités de direction à l’intérieur d’une entreprise. Je crois que cette incapacité à être responsable est l’une des caractéristiques de notre société contemporaine. D’autre part, les dialogues du Direktør sont d’une grande qualité. J’ai eu envie d’imaginer ce qu’ils pouvaient devenir à l’intérieur d’un processus de création théâtrale.

« J’essaie de créer un théâtre de participation de la pensée, un théâtre du présent. »

Quels ont été les enjeux de votre travail de transposition ?

O. G. M. : J’applique au Direktør le procédé de théâtre que je pratique depuis toujours : l’aparté. J’ouvre l’histoire et la situation au public afin de m’apercevoir comment la narration et les personnages peuvent être affectés. L’aparté implique que les actrices et les acteurs naviguent entre la réalité de ce qu’ils sont eux-mêmes (ici, maintenant, face au public) et la fiction qu’ils interprètent. Sur un plateau, on ne peut jamais être un autre. On ne peut jamais être soi-même non plus. Le ressort principal du film de Lars von Trier est très théâtral : il s’agit d’une situation dans laquelle un acteur est engagé pour jouer le rôle d’un directeur d’entreprise, ce dernier se faisant passer pour un simple employé. Il y a donc deux histoires. La vraie, qui correspond à la réalité de la situation, et la fausse, qui correspond à la fiction que joue l’acteur engagé pour tenir le rôle du patron. Dans le spectacle, nous ajoutons une strate supplémentaire, celle de la représentation théâtrale qui se déroule devant le public. J’essaie d’amplifier ce temps présent en parlant vraiment aux gens, ce qui implique une manière de jouer visant à trouver une vérité de l’instant. Les comédiennes et les comédiens doivent ainsi s’aventurer dans un territoire au sein duquel on ne sait pas toujours ce qui va arriver. L’idéal serait pourtant de tout savoir pour pouvoir tout oublier devant le public : chose très difficile, car elle demande un état de disponibilité totale et, surtout, une aptitude à tout transformer en matière à jouer.

Parallèlement au Direktør, vous présentez Le Royaume, une nouvelle création imaginée à partir de L’Hôpital et ses Fantômes, série télévisée au sein de laquelle le personnel médical et les patients d’un centre hospitalier sont confrontés à des phénomènes étranges. Quel sens souhaitez-vous donner à ce nouveau projet ?

O. G. M. : L’idée était de travailler avec la même équipe, dans la même scénographie et sur un texte du même auteur que Le Direktør, tout en faisant quelque chose de complètement différent. J’ai choisi L’Hôpital et ses Fantômes parce que j’adore l’image qu’elle donne de l’être humain à travers des personnages à la fois bêtes et drôles, égoïstes et cruels. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est l’antithèse entre raison et surnaturel, visible et invisible, science et paranormal que déploie cette série. L’histoire est invraisemblable et c’est pour cela qu’elle est excitante à adapter au théâtre.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Le Royaume / Le Direktør d’après Lars von Trier mes Oscar Gómez Mata
du Mardi 22 janvier 2019 au Vendredi 15 février 2019

6 boulevard des Philosophes, 1205 Genève, Suisse.

Tél. : +41 22 3020 50 01. www.comedie.ch


Le Royaume, du 22 janvier au 6 février 2019 ;


Le Direktør, du 8 au 15 février 2019.


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