La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -283-La saison « Les Grandes Voix », comme son nom l’indique.

Le récital, rencontre en face-à-face

Le récital, rencontre en face-à-face - Critique sortie Classique / Opéra
Frédérique Gerbelle

« En formule « récital », un chanteur est sans doute plus seul, et plus libre »
Entretien Frédérique Gerbelle

Publié le 15 décembre 2019 - N° 283

Frédérique Gerbelle, directrice de la série « Les Grandes Voix », décrypte les spécificités de la voix.  

Comment avez-vous décidé de vous consacrer à la production de concerts presque exclusivement dédiés à la voix ?

Frédérique Gerbelle : Après l’arrêt des Lundis de l’Athénée de Pierre Bergé, il n’y avait plus de série de récitals vocaux à Paris. Jean-Pierre Le Pavec, alors directeur du Festival de Saint-Denis, a eu l’envie d’en établir une à Paris sur le modèle du Wigmore Hall de Londres, afin que le public parisien puisse apprécier l’intimité du récital et le répertoire de la mélodie française. Nous avons été guidés par notre passion commune pour la voix, et il nous semblait qu’il manquait quelque chose dans l’offre musicale parisienne… C’était il y a 25 ans et nous avons depuis présenté en concert, sous un jour différent de celui de l’opéra, des artistes tels que Rolando Villazón, Roberto Alagna, Juan Diego Flórez, Anna Netrebko, Joyce DiDonato, Patricia Petibon, Jonas Kaufmann… et beaucoup d’autres !

« Un récital c’est un peu le portrait de l’artiste en scène. »

Entendre de grands chanteurs dans le format d’un récital est une expérience particulière…

Frédérique Gerbelle : Dans une production d’opéra, l’artiste endosse un rôle. Même s’il y met de sa personnalité vocale et de son jeu théâtral, il incarne avant tout un personnage. Dans un récital avec piano ou avec orchestre, où le chanteur s’exprime seul, sans l’intervention d’un metteur en scène, il apparaît tel qu’en lui-même. Sans artifice, dans la vérité d’un face-à-face avec la musique qu’il chante et avec le public. Un récital c’est un peu le portrait de l’artiste en scène. Il met beaucoup de lui-même dans le choix des pièces. En général le programme reflète non seulement le répertoire de l’artiste et ses goûts, mais aussi ce qu’il veut explorer, ce vers quoi il tend artistiquement. Il y est sans doute plus seul, et plus libre.

En quoi les chanteurs sont-ils selon vous des musiciens « à part » ? 

Frédérique Gerbelle : Déjà le chanteur est son propre instrument. Quel stress ! De plus, il passe finalement la plupart de son temps « en troupe », il a peu de période seul en scène. Il a donc besoin d’être davantage entouré. En récital, le chanteur est très exposé. Il a quasiment toute la responsabilité de la réussite du spectacle sur les épaules. Le chant doit être parfait, il doit séduire le public, aller le chercher, le tenir jusqu’à la fin. Il faut aimer cet exercice pour que ça marche.

Existe-t-il dans d’autres villes du monde avec des séries équivalentes aux Grandes Voix ?

Frédérique Gerbelle : Avec ce modèle économique, sans le moindre apport financier public, je ne crois pas ! Des institutions proposent des récitals mais plus modestes et avec des subventions. Ce qui change tout… L’équilibre financier est simple : ce que vous gagnez avec le concert d’un très grand nom, vous le perdez 3 fois avec des artistes de moindre célébrité. Heureusement le talent fou de tous les artistes que nous présentons sur scène nous donne de l’énergie pour continuer l’aventure des « Grandes Voix ».

 

Propos recueillis par Jean Lukas

A propos de l'événement



www.lesgrandesvoix.fr


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