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Le pouvoir de l’imaginaire

Le pouvoir de l’imaginaire - Critique sortie Théâtre
© D. R.

Peer Gynt / d’après Henrik Ibsen / adaptation et mes Sylvain Maurice / dès 9 ans
Entretien Sylvain Maurice

Publié le 23 décembre 2015 - N° 239

A la tête du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines depuis 2013, Sylvain Maurice place Odyssées au centre du projet artistique du théâtre. Il revient à Peer Gynt, pièce qui fête le merveilleux et questionne la notion de responsabilité.

Qu’est-ce qu’Odyssées en Yvelines ?

Sylvain Maurice : C’est une manifestation unique, portée par le Département des Yvelines, qui propose six créations originales destinées à l’enfance et la jeunesse et programme près de 250 représentations en trois mois dans les théâtres, médiathèques, établissements scolaires et associations. C’est considérable ! J’ai toujours aimé créer des spectacles pour la jeunesse, et je n’aurais pas voulu venir à Sartrouville sans Odyssées. Nous avons placé Odyssées au centre de notre projet artistique : les artistes qui composent notre Ensemble artistique, à l’œuvre depuis trois saisons – les metteurs en scène Olivier Coulon-Jablonka, Jean-Pierre Baro, Bérangère Vantusso (qui a créé Le Rêve d’Anna lors d’Odyssées 2014),  et le musicien Alban Darche – sont aussi les moteurs d’Odyssées. Le dialogue fécond avec les artistes de l’Ensemble permet de mettre en œuvre une continuité d’action, une cohérence, et une qualité artistique renouvelée. Ces artistes n’ont pas nécessairement l’habitude de créer pour la jeunesse, et cette exigence stimule leur inventivité.

« Je n’aurais pas voulu venir à Sartrouville sans Odyssées. »

Quels sont ces projets ?

S. M. : Quatre textes sont des commandes aux auteurs. Jean-Pierre Baro a fait appel à David Lescot, qui a imaginé un texte à partir de l’idée du rap comme matière enseignée au collège. Olivier Coulon-Jablonka a demandé à Olivier Saccomano de rendre compte de l’aventure de la pensée socratique. Ces deux projets s’adressent aux adolescents, trop souvent délaissés par la création. Pour les plus jeunes, Johanny Bert a commandé un texte à Magali Mougel, explorant la confrontation aux stéréotypes. Et Alban Darche et Marion Aubert inventent une leçon de musique entre la jeune Camille et Max, le saxophone. Adepte du théâtre d’ombres, Aurélie Morin adapte le poème Le Cantique des Oiseaux d’après Farid Al-Din Attar. Et je mets en scène Peer Gynt, l’une de mes pièces fétiches, célébrant le pouvoir des mondes imaginaires.

Comment s’organise la diffusion ?

S. M. : Nous rayonnons dans de multiples lieux et nous mettons en place un travail d’accompagnement et de sensibilisation, notamment en collaboration avec le réseau Creat’Yve, qui regroupe des théâtres yvelinois. Notre Centre Dramatique National est le seul en grande couronne, et nous sommes le premier employeur national dans le domaine du spectacle vivant pour le jeune public. Nous  oeuvrons pour que les créations, qui trouvent un large écho au niveau national, commencent rapidement leur tournée. Nous mettons aussi en place un nouveau temps fort, Cité-Odyssées, du 16 au 30 janvier, pendant lequel les spectacles – deux grandes formes et quatre petites formes ambitieuses – sont visibles au théâtre et dans d’autres lieux de la ville.

Pourquoi revenez-vous à Peer Gynt ?

S. M. : Cette troisième mise en scène n’a rien à voir avec les précédentes. J’y reviens car Peer Gynt, c’est un peu moi ! Je le regarde aujourd’hui avec la distance que permet l’expérience. Lorsque j’étais enfant, j’évoluais dans un environnement plutôt sombre, où je devais faire rire, rendre la vie plus heureuse. C’est à cause de cette injonction que je suis devenu metteur en scène. Peer Gynt est dans cette situation, mais lui ne distingue pas le réel et la fiction. Dans cette mise en scène, j’ai voulu à la fois mettre en valeur le merveilleux, et questionner la notion de responsabilité. Qu’est-ce qu’être soi-même ? La course en avant de Peer permet de réfléchir à cette tension entre le jeu qui construit la fiction et la réalité. Le pouvoir de l’imagination peut conduire à une impasse, mais cette capacité à imaginer en soi amorale est aussi formidable. Les enfants comprennent très bien ces questions ! Avec deux musiciens et quatre acteurs, dont le jeune Victor Fradet dans le rôle de Peer, j’ai imaginé un petit cirque naïf avec quelques marionnettes, des chansons et des tours de magie, où les personnages traversent des mondes imaginaires géniaux, où surgissent les Trolls, le Courbe, le Fondeur de boutons… J’ai voulu réaliser un spectacle drôle, lumineux, plein d’énergie et de vitalité.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

 

Création le 20 janvier au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines. Texte publié chez Actes Sud-Papiers dans la collection Heyoka Jeunesse.

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