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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -341-Le mécénat Danse de la Caisse des Dépôts, au service de la vie artistique d’aujourd’hui et demain

Le mécénat Danse de la Caisse des Dépôts, au service de la vie chorégraphique d’aujourd’hui et demain

Le mécénat Danse de la Caisse des Dépôts, au service de la vie chorégraphique d’aujourd’hui et demain - Critique sortie
Claire Visentini, directrice du mécénat de la Caisse des Dépôts © Sophie Palmier / REA - Caisse des Dépôts – 2024

Publié le 20 février 2026 - N° 341

Directrice du mécénat de la Caisse des Dépôts depuis 2022, Claire Visentini explique la nature et les évolutions des soutiens proposés dans le domaine de la danse en faveur des chorégraphes émergents. Inscrit dans une mission d’intérêt général, le mécénat Danse de la Caisse des Dépôts s’affirme pour ses lauréats comme un gage d’équilibre, confiance et reconnaissance, contribuant activement à la vitalité et au renouvellement du paysage chorégraphique.

Quelle est l’histoire du mécénat culturel au sein de la Caisse des Dépôts ? En quoi est-il relié aux missions du Groupe ?

Claire Visentini : Notre mécénat culturel est né au cours des années 1970 dans le cadre de l’acquisition par la Caisse des Dépôts du Théâtre des Champs-Élysées, dont nous sommes aujourd’hui l’actionnaire principal. Cet engagement fidèle a inspiré notre soutien à la musique et à la danse, depuis plus de 50 ans. Depuis quelques années, nous accompagnons également des projets culturels dans le domaine de l’architecture et du paysage. Cet accompagnement que nous développons sur tout le territoire fait écho aux missions d’intérêt général de notre Groupe. À travers l’art et la culture, nous répondons à des besoins sociétaux croissants : la cohésion sociale, la cohésion territoriale, la transition écologique, trois grands enjeux qui sont les piliers de la stratégie du groupe Caisse des Dépôts. Notre mécénat culturel offre ainsi un beau contrepoint aux activités économiques et sociales du Groupe. Acteur singulier en tant que mécène public d’intérêt général, nous sommes souvent vus comme un label de confiance : nous sélectionnons rigoureusement les dossiers, développons un suivi exigeant, qui apporte de la stabilité, de la confiance, et du temps, si précieux… C’est particulièrement important dans des périodes d’incertitude budgétaire comme la nôtre.

Pauline Bigot et Steven Hervouet dans La Reverdie Bambini
© Patrick Berger

« À travers l’art et la culture, nous répondons à des besoins sociétaux croissants. »

La baisse des subventions publiques a-t-elle influé sur le mécénat de la Caisse des Dépôts ? De quelle manière ?

C.V. : Nous recevons chaque année beaucoup de candidatures et n’en n’avons pas reçu davantage ces derniers temps. Ce qui a changé dans le contexte actuel, c’est plutôt le contenu des projets, qui sont plus fragiles, avec des besoins de financement plus importants. Nous avons décidé de ne pas augmenter le nombre de nos lauréats afin de pouvoir continuer à développer un soutien de proximité, en évitant un effet de saupoudrage. Nous échangeons longuement avec les porteurs de projets, nous allons voir leurs spectacles, nous cultivons une relation stimulante avec les artistes. Notre rôle de mécène est plus que jamais sollicité comme un levier structurant, gage de confiance vis-à-vis des autres acteurs culturels. Au niveau national, nous accompagnons environ 150 lauréats chaque année, dont 50 dans le domaine de la danse. Nous avons fait le choix d’augmenter l’enveloppe dédiée à la danse pour la mettre à parité avec celle des autres programmes – musique et architecture et paysage. Si l’on prend également en compte les soutiens accordés par notre mécénat régional, le montant des aides pour la danse s’élève à 1,5 million d’euros par an pour quelque 90 projets soutenus sur tout le territoire.

Simon Le Borgne dans Ad Libitum.
© David Le Borgne

« Je suis attentive à inscrire notre action dans une logique de temps long. »

Comment se décline le soutien à l’émergence chorégraphique ?

C.V. : Ces dernières années, le mécénat danse de la Caisse des Dépôts a évolué pour répondre aux besoins du secteur. Auparavant, nous soutenions uniquement les créations, et désormais nous accompagnons les compagnies émergentes en tant que telles, afin de permettre à des artistes déjà engagés dans leur parcours de consolider leur activité. Nous avons fait ce choix afin qu’ils puissent prendre le temps de structurer leur compagnie et se projeter dans la durée, de s’affirmer aussi en tant qu’artiste, sans être contraints par une logique de création continue. Car pour avoir des financements, il faut créer. Depuis mon arrivée, je suis attentive à inscrire notre action dans une logique de temps long, qui ne place pas les artistes sous une pression permanente de production. Quand vous êtes un artiste, et a fortiori un artiste émergent, vous avez besoin de temps pour mûrir  votre signature, votre projet. C’est pourquoi les parcours peuvent être accompagnés jusqu’à environ cinq ans. Fin 2025, le bilan de cette évolution a été très positif. Nous avons reçu de belles candidatures et distingué neuf compagnies lauréates très prometteuses. Et notre expérience nous a permis d’affiner encore davantage notre soutien pour la suite.

De quelle manière avez-vous fait évoluer votre aide ?

C.V. : Nous avons décidé de créer deux dispositifs complémentaires qui correspondent à des moments différents du parcours des chorégraphes émergents. D’une part, nous maintenons le soutien aux compagnies que nous avons mis en place pour des artistes plutôt en fin d’émergence, qui ont déjà créé entre trois et cinq pièces. Nous les aidons pour l’administration, la production, la diffusion, les ressources humaines… L’enjeu du recrutement, par exemple, est un défi de taille qui oblige à se projeter dans la durée, à déléguer, à bien connaître ses besoins et aspirations. D’autre part, nous mettons en place un soutien renouvelé à la création, destiné aux artistes en début de parcours, qui ont créé entre une et trois pièces, afin de les aider à développer une signature artistique dans cette phase fondatrice. Quant à ceux qui ont créé trois pièces, ils peuvent choisir l’un ou l’autre dispositif de soutien en fonction de leurs besoins, de leur stade de dtructuration. Nous nous consacrons à l’émergence parce que c’est un moment décisif du parcours des artistes, où beaucoup de choses se jouent à la fois artistiquement, humainement et professionnellement.

Quelle politique de partenariat menez-vous au sein du monde de la danse ?

C.V. : Afin d’accompagner les évolutions systémiques du secteur, nous renforçons notre politique de collaboration avec des institutions-clés. Nous sommes comme une pompe d’amorçage pour la création et la structuration des compagnies, et mener ce travail en commun permet de mutualiser nos moyens. Nous collaborons ainsi avec l’Institut Français pour aider à la diffusion internationale ; avec l’Atelier de Paris en soutenant Studio D Émergence, qui met en relation des artistes et des lieux de répétition ; avec le Centre National pour la Danse pour Canal en ligne, qui propose des vidéos sur les artistes, mais aussi pour Élan, une École de l’égalité des chances pour la danse ; avec l’Onda et la SACD pour Trio(s) émergence, qui favorise la diffusion dans les territoires des chorégraphes émergents. Cette coopération crée de fructueuses synergies.

Quels sont les autres axes de votre mécénat ?

C.V. : Nous soutenons une dizaine de dispositifs de professionnalisation. L’entrée dans le métier de chorégraphe est une phase particulièrement fragile, où les enjeux artistiques se mêlent à des questions de structuration, de production et de projection professionnelle. Nous accompagnons des dispositifs qui articulent  pratique artistique, formation et temps de réflexion. Nous soutenons également des actions d’éducation artistique et culturelle qui conjuguent trois aspects : la pratique artistique, la fréquentation des artistes et la découverte des œuvres. Nous accordons une attention particulière aux projets qui s’adressent à des jeunes éloignés de l’offre culturelle, géographiquement, culturellement, ou parce qu’en situation de handicap. Notre valeur première, c’est la qualité artistique des projets.

Maldonne par Leïla Ka
© Duy-Laurent Tran

« Nous sommes un facteur de stabilité, toujours en veille active pour mieux comprendre, pour mieux aider. »

Quelle vision de la culture défendez-vous à travers vos actions ?

C.V. :  Passionnée par la danse depuis l’enfance, violoniste amateur, je suis convaincue que la culture est absolument essentielle pour l’épanouissement personnel comme pour le vivre-ensemble. Nous soutenons une culture ouverte, inclusive, qui nous questionne et nous réjouit. Les artistes sont extrêmement inspirants, par leurs créations mais aussi par leurs doutes et la façon dont ils les surmontent, par leurs choix et leurs parcours. Même si le contexte politique et budgétaire est complexe et préoccupant, les artistes seront toujours là ! Il est capital de les encourager. Nous sommes un facteur de stabilité, toujours en veille active pour mieux comprendre, pour mieux aider. Et en étant ainsi au service des artistes et de l’art, nous sommes tournés vers la société de demain.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

 

Compagnies émergentes, lauréats 2025 :

Dalila Belaza, Pauline Bigot et Steven Hervouet, Bruce Chiefare, Leïla Ka, Smaïl Kanouté, Simon Le Borgne, Léo Lérus, Sylvain Riéjou, Léa Vinette,

 

Dispositifs de professionnalisation, lauréat 2025 :

Concours de jeunes chorégraphes de Ballet (Ballet Biarritz), Embrasser l’avenir (Boom’Structur) , Dispositif d’insertion post-exerce (Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc Roussillon ), Accompagner la vitalité de la jeune danse (Danse Dense), PÉPITES, Programme de professionnalisation à destination des jeunes créateurs et créatrices pluridisciplinaires (Les Nouvelles Subsistances), Cycle d’accompagnement professionnel à destination de jeunes chorégraphes du Sud (Parallèle – Pôle de production international pour les pratiques émergentes), La Grande Scène, plateforme nationales des Petites Scènes Ouvertes (Petites Scènes Ouvertes), Initiatives d’Artistes en Danses urbaines (Établissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette)

 

caissedesdepots.fr/mecenat

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