Lancement du Prix Caisse des Dépôts pour la musique : une initiative qui renforce un engagement historique en faveur du secteur musical. Rencontre avec Ludovica Marsili
Entretien / Ludovica Marsili
Publié le 26 septembre 2026 - N° 347À l’occasion du lancement du Prix Caisse des Dépôts pour la musique, remporté en 2026 par Le Concert de la Loge, Ludovica Marsili, responsable du mécénat musical de la Caisse des Dépôts, en présente les grandes lignes. Un accompagnement qui reflète les valeurs et les missions d’intérêt général portées par l’institution, avec la conviction de l’impact sociétal des pratiques culturelles. Grâce au soutien de 400 projets en 2025, pour un montant total de 6,3 millions d’euros, le mécénat de la Caisse des Dépôts est un acteur important du paysage culturel, à travers trois secteurs : Architecture et paysage, Danse et Musique classique.
Depuis 2015, l’un des piliers de votre action est l’aide aux talents émergents. Quels en sont les deux axes principaux ?
Ludovica Marsili : Nous soutenons des ensembles émergents, formations de moins de dix ans d’existence et composées d’au moins cinq musiciens, qui représentent toute la diversité du répertoire, de la musique ancienne à la création contemporaine. Notre soutien, qui peut durer cinq ans, s’inscrit dans une dynamique de développement sur le long terme des artistes, et couvre l’ensemble des enjeux qui leur permettent d’éclore sur la scène musicale. Au-delà de notre soutien financier, nous leur proposons des ateliers de sensibilisation à des enjeux tels que la transition écologique. Et, depuis 2024, nous avons lancé le programme « Mouvements », en partenariat avec l’Institut français, pour accompagner stratégiquement et aider financièrement les ensembles ayant le potentiel pour développer une stratégie de diffusion à l’international. Ainsi, l’ensemble Agamemnon est parti à Oman dans le cadre d’une recherche pour Parfums, un concert immersif associant des musiques du XVIIe siècle avec la création d’essences olfactives. Attentifs au parcours des musiciens, nous soutenons également des dispositifs de professionnalisation, vingt en 2026. Par exemple, l’Académie Ravel, qui forme des jeunes musiciens de grand talent et leur offre un réel tremplin avec des nombreux concerts en région Nouvelle-Aquitaine, ou encore le Concours International de Quatuors à cordes de Bordeaux, dans le cadre duquel nous contribuons à l’accompagnement de carrière du lauréat, avec la réalisation d’un disque et d’une tournée.

Remise du Prix Caisse des Dépôts pour la Musique au Théâtre des Champs-Élysées, le 23 juin 2026 (crédit : ©Pascal Yuan, Caisse des Dépôts et Consignations)
« Ce Prix est un symbole fort des valeurs de partage et d’ouverture sociale portées par la Caisse des Dépôts »
L’année 2026 a été marquée par le lancement du Prix Caisse des Dépôts pour la Musique et par l’élargissement dans le temps de votre soutien aux jeunes ensembles. En quoi consistent ces deux dispositifs ?
L.M. : Deux ans minimum après l’arrêt de leur soutien en tant que « jeunes ensembles », ceux-ci peuvent se porter candidats pour un soutien complémentaire, très sélectif, destiné à accompagner un changement d’échelle dans leur développement artistique. En 2026, la première promotion de ces ensembles « alumni » a réuni trois lauréats : Le Balcon, La Tempête et Le Concert de la Loge. Ce dernier a été choisi par notre comité d’experts pour recevoir le Prix Caisse des Dépôts pour la musique : la dotation prévue de 50 000 euros permettra à Julien Chauvin et son ensemble de réaliser le spectacle Aerial Water Music, mêlant la célèbre partition de Haendel avec les arts du cirque, dans une hybridation qui prolonge l’expérience des 4 Saisons dansées avec Mourad Merzouki, où se rejoignaient baroque et hip-hop. Ce Prix vise à encourager une initiative particulièrement créative pour élargir le public de la musique classique, grâce à un décloisonnement des disciplines qu’illustrent aussi Le Balcon, dans le domaine de la musique contemporaine, et La Tempête, avec ses créations pluridisciplinaires. C’est un symbole fort des valeurs de partage et d’ouverture sociale portées par la Caisse des Dépôts.

Maîtrise itinérante de l’Opéra de Lorraine (crédit : ©Amandine de Cosas pour Opéra national de Lorraine)
Dans cette logique d’engagement culturel, quels programmes de sensibilisation à la musique classique accompagnez-vous ?
L.M. : L’autre axe majeur de notre action concerne les jeunes publics, qui sont les spectateurs de demain. Avec un appel à projets dédié, nous privilégions des accompagnements de proximité, où les enfants sont au centre, dans des projets pensés pour et avec eux : pratique artistique régulière sur plusieurs mois, échanges avec les artistes, créations en commun, comme par exemple l’écriture d’un scénario d’opérette avec Les Frivolités Parisiennes. Nous évaluons la capacité des structures (ensembles spécialisés, maisons d’opéra ou orchestres) à porter le projet sur le long terme, et les programmes soutenus balaient la diversité des répertoires. Par exemple, la Maîtrise citoyenne de l’Opéra national de Lorraine participe au rapprochement des enfants du centre-ville de Nancy avec d’autres issus de quartiers prioritaires et de la ruralité.
« La Caisse des Dépôts promeut les musiques de patrimoine et de création, avec la conviction que la musique est un ciment essentiel pour la cohésion sociale et territoriale. »
Quelle place tient l’essaimage territorial dans votre mécénat ?
L.M. : L’action de la Caisse des Dépôts est historiquement ancrée dans les territoires, avec des relais régionaux qui font rayonner son action, ce qui se reflète dans sa politique de mécénat. Les projets hors Île-de-France représentent en nombre 70% de notre mécénat musical au niveau national. Cet engagement se concrétise également avec des partenariats spécifiques qui répondent aux enjeux de diffusion dans les territoires. Nous sommes mécène principal de la co[opéra]tive qui présentera cette saison la création de la nouvelle production de Pinocchio de Boesmans, ainsi que la poursuite de la tournée de Cendrillon de Viardot et du Carnaval de Venise de Campra. Nous soutenons la diffusion de La Fabuleuse histoire de l’Opéra-Comique, un spectacle avec les artistes de l’Académie de l’Opéra-Comique qui sillonnera la France pendant l’année de fermeture pour travaux de la Salle Favart. Enfin, nous soutenons le concours Voix des Outre-mer. Ces trois structures sont, en outre, des tremplins professionnels pour les jeunes talents. Dans le domaine des musiques de création, nous soutenons le dispositif « Legato » qui répond aux difficultés spécifiques de diffusion de ces esthétiques pour les ensembles émergents. Créé en 2025 avec l’Office national de diffusion artistique et la Maison de la Musique Contemporaine, il apporte non seulement un appui financier pour l’accueil des artistes dans des lieux pluridisciplinaires, mais aussi un parcours d’accompagnement des ensembles, qui bénéficient de modules de formation pour approfondir leurs compétences, notamment autour de la médiation, afin de faire découvrir la musique contemporaine à un public large et diversifié. Pour la première promotion 2026-2027, cinq lauréats ont été retenus : Wassim Halal, Trepak, Soundinitiative, Offshore et Le Grand Pas. Les cinq projets seront présentés sur douze scènes situées en Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Hauts-de-France et Bretagne, pour un total de vingt-cinq dates.
Comment la Caisse des Dépôts définit-elle ses engagements dans la société à travers son mécénat ?
L.M. : Dans la lignée de ses missions d’intérêt général, la Caisse des Dépôts promeut les musiques de patrimoine et de création, avec la conviction que la musique est un ciment essentiel pour la cohésion sociale et territoriale. L’impact positif de la pratique culturelle a été étudié sur la participation électorale, l’un des signes mesurant la santé démocratique. Notre soutien à l’accessibilité culturelle et à l’inclusion se prolonge cette année avec un projet complémentaire à nos principaux axes d’action. Proposé par l’Orchestre de chambre de Paris et l’Institut Pasteur à l’occasion du bicentenaire Beethoven, « Ludwig’s Resonance » croise création artistique, recherche scientifique et innovation sociale pour permettre aux personnes souffrant de déficiences auditives de partager l’émotion musicale. À l’issue d’une année d’ateliers de création avec une compositrice, de sessions d’orchestration et de concerts-laboratoires, un concert à forte portée symbolique et sociétale réunira personnes malentendantes et entendantes le 21 juin 2027 au Théâtre des Champs-Élysées.
Propos recueillis par Gilles Charlassier

