La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -239-Guy Alloucherie ~ Compagnie Hendrick Van Der Zee

La parole ouvrière fait théâtre !

La parole ouvrière fait théâtre ! - Critique sortie Théâtre Loos-en-Gohelle

Entretien / Guy Alloucherie

Publié le 23 décembre 2015 - N° 239

Fils de mineur, enfant d’un territoire touché de plein fouet par les évolutions économiques,  Guy Alloucherie a voulu mettre en œuvre un théâtre qui soit créé aussi pour les gens qui lui ressemblent. Selon deux principes : co-construction avec la population et esprit positif !

Quel a été votre parcours d’artiste ?

Guy Alloucherie : Etudiant à Lille, j’ai suivi les ateliers théâtre du Prato où j’ai rencontré Eric Lacascade. Nous avons co-dirigé pendant quatorze ans la compagnie le Ballatum Théâtre, puis nous avons été nommés en 1997 à la direction du Centre Dramatique National de Caen. Mais je ne me sentais pas à ma place. Et dans la salle, je ne retrouvais jamais des gens de mon milieu. J’ai donc démissionné en pensant que j’allais faire tout à fait autre chose. J’ai eu la chance que le Centre national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne, dirigé alors par Bernard Turin, me confie la réalisation du spectacle de sortie, C’est pour toi que je fais ça ! (1997), qui a beaucoup tourné et a été reconnu par la profession. Lorsque je suis revenu sur le territoire de mon enfance, Chantal Lamarre, alors directrice de Culture Commune, association intercommunale de développement artistique et culturel labellisée scène nationale du Bassin minier du Pas-de-Calais, m’a  proposé de devenir compagnie associée sur le site minier 11/19 de Loos-en-Gohelle. Etrangement, je me suis retrouvé à travailler dans une fabrique théâtrale au milieu des cités ouvrières, juste à côté du lieu de travail de mon père, et au moment de la fermeture de la dernière mine de la région ! Chantal Lamarre avait engagé une historienne afin de collecter des témoignages auprès des habitants, mis à la disposition des artistes qui le souhaitaient. J’ai travaillé avec des familles et des ouvriers du coin, dans des salles pleines, avec un écran à l’extérieur pour que les gens puissent assister à la représentation. Ce fut pour moi une découverte : la parole ouvrière fait théâtre ! Moi qui m’étais battu pour perdre mon accent parce que j’avais été méprisé, j’ai eu honte de ce reniement. Je me suis intéressé à toute cette culture ouvrière, et à une autre façon de faire.

Quelle est cette autre façon de faire ?

G. A. : Nous sommes allés voir les gens. Si les gens ne vont pas au théâtre, ce n’est pas forcément parce qu’ils ont tort ou qu’ils ont peur, c’est parce qu’il y a une raison. Lorsque nous leur demandons ce que signifient pour eux l’art et la culture, ils nous montrent ce qu’ils font, écrivent, construisent, collectionnent… Nous sortons de notre tour d’ivoire, nous découvrons des trésors de culture. Nous mettons en valeur les gens et leur quartier, et ce qui se passe pendant le temps de préparation et de fabrication est aussi important que le résultat. Je suis ravi que notre métier – un service public – serve à quelque chose, un peu dans l’esprit du Parlement des Invisibles de Pierre Rosanvallon, qui « raconte la vie ». Souvent le monde artistique et le monde socio-culturel ne travaillent pas ensemble : c’est une erreur, car les théâtres demeurent comme des lieux imprenables par les gens du peuple. Nous menons en ce moment plusieurs projets au long cours qui donneront lieu à des créations théâtrales. Sur proposition de Robin Renucci et des Tréteaux de France, nous travaillons avec des salariées de La Redoute sur leur entreprise à Roubaix, et avec l’écrivaine Nadège Prugnard, nous nous intéressons aux migrants de Calais.

«  Ce qu’on cherche : que la vie soit plus forte que tout. »

Comment est né le spectacle La Brique ?

G. A. : Chantal Lamarre a voulu que je réalise un spectacle sur le patrimoine du bassin minier. J’ai eu l’idée de m’intéresser à la brique. Elle est partout mais on ne la voit pas : ça m’a fait penser aux gens de la région ! La même année, en 2012, le Bassin minier du Nord-Pas de Calais a tout de même été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. J’avais déjà évoqué des épisodes de ma propre histoire dans certains de mes spectacles liés au cirque, et pour la première fois, j’ai décidé de jouer seul. Dans une sorte d’atelier où l’esprit vagabonde, en utilisant de vraies photographies, quelques objets, des écrans, je reviens à ma famille et mes fantômes – y compris Jean-Paul Sartre ! Ce qui est bien c’est que les gens commentent ces spectacles. Il y a une vie, et c’est ce qu’on cherche : que la vie soit plus forte que tout.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

 

Compagnie Hendrick Van Der Zee, Base 11/19, Fabrique théâtrale, rue de Bourgogne, 62750 Loos-en-Gohelle. Tél : 03 21 14 24 90. www.hvdz.org

A propos de l'événement

Compagnie Hendrick Van Der Zee

Base 11/19 Rue de Bourgogne, 62750 Loos-en-Gohelle, France

Tél : 03 21 14 24 90. www.hvdz.org


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