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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -295-SALIA SANOU AU GRAND R

La danse touche le corps autant que l’esprit, rencontre avec Salia Sanou

La danse touche le corps autant que l’esprit, rencontre avec Salia Sanou - Critique sortie  la Roche-sur-Yon
Salia Sanou © Antoine Tempé

Entretien / Salia Sanou

Publié le 18 décembre 2021 - N° 295

Associé pour trois saisons au Grand R, Salia Sanou y développe des projets dans lesquels l’acte de création et la rencontre avec les publics se nourrissent mutuellement.

Vous parlez pour votre projet, dans le sillage de Léopold Senghor, d’un acte citoyen pour instaurer « le dialogue du donner et du recevoir ». Que cela signifie-t-il ?

Salia Sanou : Je viens du Burkina Faso, je suis installé en France, je voyage sur toute la planète. J’ai coutume de dire que la danse m’a donné un passeport mondial qui me permet d’aller d’un territoire à un autre et de faire des rencontres qui transforment, ouvrent les horizons. J’ai été formé à la danse africaine traditionnelle et cela m’a nourri depuis mon enfance. Ma rencontre avec la danse contemporaine, avec Mathilde Monnier, avec la France, m’a permis de porter un autre regard sur mon corps en tant que danseur mais aussi sur ma culture africaine. Le fait de partir m’a permis de comprendre ce que voulait vraiment dire être un artiste avec une identité, une démarche. Pour moi la danse c’est l’engagement. Elle est sociale, politique, parce qu’elle touche le corps aussi bien que l’esprit. Ma voie s’appuie sur ces convictions pour dire que l’humain doit être au cœur de nos préoccupations. Plonger dans un lieu me permet de renforcer cela. Lorsqu’on se déplace d’un endroit à l’autre, on impacte le territoire autant qu’il nous impacte.

« J’aime gommer les frontières entre les arts autant que les frontières entre les lieux. »

Vous mêlez souvent dans vos chorégraphies d’autres arts comme le chant ou la littérature, qu’est-ce que cela vous apporte ?

S.S. : J’aime gommer les frontières entre les arts autant que les frontières entre les lieux. D’ailleurs le conte, le récit, font partie de ma formation de base en Afrique. Lorsqu’on y fait de la danse, il faut savoir également jouer d’un instrument, raconter une histoire ou même sculpter. Cela me suit de façon plus ou moins consciente. La porosité entre les arts est aussi quelque chose qui me nourrit. Mêler la danse à la littérature, à la sculpture, à la peinture, à la vidéo, au chant, nourrit et ouvre de nouveaux espaces.

Quels sont les liens qui vous unissent au Grand R ?

S.S. : Ce sont des liens solides que nous avons tissés depuis de longues années. Ils programment mes spectacles et sont venus à Ouagadougou où j’ai créé un Centre de Développement Chorégraphique nommé La Termitière. C’est dans cette énergie que Florence Faivre, la nouvelle directrice, m’a invité à être artiste associé au Grand R pour trois saisons. C’est pour moi une belle expérience qui implique de penser des projets avec une équipe et de s’engager auprès des publics, auprès du territoire. Cela me donne l’opportunité de pouvoir développer beaucoup de choses, sur un temps long, dans une construction commune. Être adossé à un lieu comme le Grand R est formidable, j’ai beaucoup de chance !

Quelles sont les actions que vous y menez ?

S.S. : Toutes les pièces amènent des actions sur le territoire, comme les actions amènent aussi des pièces. Je suis associé depuis maintenant un an au Grand R et nous nous sommes d’abord concentrés sur la création de D’un rêve. Y être en résidence pour ce spectacle a donné au public l’opportunité d’assister à des répétitions et de dialoguer avec nous. Montrer une pièce aux premiers jours de son existence, puis son évolution un mois plus tard, et enfin au moment de sa représentation est très intéressant. D’une part cela permet aux spectateurs de suivre sa construction et d’autre part nos échanges avec eux nourrissent considérablement notre travail. J’y ai aussi créé un spectacle destiné au jeune public et joué dans les salles de classe Papa Tambour. Pour la construction de ce projet, nous avons été en résidence avec le poète Capitaine Alexandre, qui en signe le texte, dans une école élémentaire. Il a par ailleurs été accueilli en résidence d’auteur à la Maison Gueffier, le pôle littéraire du Grand R. Aujourd’hui nous préparons À nos combats, mon prochain spectacle inspiré du combat entre Mohamed Ali et George Foreman. C’est une pièce participative et nous réalisons pour celle-ci des ateliers avec des clubs de sport ou des écoles de danse.

 

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement


Le Grand R - Scène nationale La-Roche-sur-Yon


Esplanade Jeannie Mazurelle, Rue Pierre Bérégovoy, 85000 La Roche-sur-Yon.


Tél : 02 51 47 83 83.


www.legrandr.com.


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