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Focus -259-Théâtre Dijon Bourgogne ~ Centre Dramatique National

Jouer partout, temps fort dédié à la jeunesse

Jouer partout, temps fort dédié à la jeunesse - Critique sortie Théâtre DIJON Théâtre Dijon Bourgogne - Centre Dramatique National
Benoît Lambert © Vincent Arbelet

Entretien Benoît Lambert

Publié le 20 octobre 2017 - N° 259

Benoît Lambert, directeur du Théâtre Dijon Bourgogne depuis 2013, propose du 4 au 8 décembre 2017 un temps fort où six formes légères partent à la rencontre de la jeunesse.

Comment s’est construite cette manifestation ?

Benoît Lambert : La célébration des 70 ans de la décentralisation culturelle nous a conduits en tant que Centre Dramatique National à mettre en exergue ce qui constitue la singularité de notre projet dans le rapport à la décentralisation. Or, chaque saison, nous programmons des formes qui tournent principalement dans les établissements scolaires. Nous avons donc décidé de consacrer une semaine à jouer six pièces légères dans nos salles et dans les lycées alentour : trois formes que nous avons créées lors des saisons précédentes – Bienvenue dans l’Espèce humaine, Qu’est-ce que le théâtre ? et La Devise -, deux spectacles invités – LETZLOVE – Portrait(s) Foucault de Pierre Maillet  et #Vérité de Yann Métivier et Benjamin Villemagne -, et une création que nous avons à cette occasion commandée à Maëlle Poésy, artiste associée au Théâtre, intitulée Inoxydables.

Reconduisez-vous à l’occasion de ce temps fort le dispositif de contrats de professionnalisation de quatre jeunes comédiens que vous aviez initié en 2014 ?

B. L. : Comme pour La Devise réalisé en 2015 avec François Bégaudeau, Inoxydables permet en effet d’accueillir à nouveau quatre jeunes comédiens – Rosalie Comby, Edith Mailaender, Malo Martin et Antoine Vincenot -, issus de l’Ensemble 24 de l’ÉRACM, École Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille. Ils ont aussi pris part à la création du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, que j’ai mis en scène en octobre, et vont participer aux tournées dans des lycées. Ils connaîtront ainsi les différentes facettes du métier d’acteur dans la décentralisation et pourront acquérir des compétences en matière de transmission et d’éducation artistique. Les collectivités territoriales nous soutiennent dans cette volonté de garantir une présence forte des artistes sur le territoire.

« Je défends l’idée que le théâtre puisse être un art de circonstances. »

A travers la décentralisation, vous défendez donc pleinement l’idée d’un art situé…

B. L. : Loin de l’idée d’un centre qui irait évangéliser la périphérie, la décentralisation s’accomplit et se poursuit grâce à la conviction partagée par un certain nombre d’artistes que les œuvres qu’on fabrique ne sont pas les mêmes selon les endroits où on les élabore. L’enjeu n’est pas seulement de savoir quoi présenter au public, c’est aussi de modifier son geste artistique, de questionner ses manières de faire en fonction de contraintes spécifiques. Je défends l’idée que le théâtre puisse être un art de circonstances, cela évite aussi d’en avoir une vision trop romantique liée au modèle de l’artiste inspiré. Il est très intéressant d’inventer une expérience esthétique dans des espaces aussi apoétiques qu’une salle de classe ou une salle polyvalente. La décentralisation s’exerce et se pratique justement parce qu’elle permet de travailler autrement, et pas simplement parce qu’on se plaît à envisager que l’art pourra changer la vie de ceux qui le rencontrent. Même si bien sûr on garde cet espoir un peu fou que la rencontre agisse comme un choc, sachant qu’aucune compétence préalable n’est requise pour être le sujet d’une expérience esthétique. Moi-même j’ai découvert le théâtre grâce à mes enseignants.

Est-ce pour cette raison que ce temps fort s’adresse plus particulièrement aux jeunes ?

B. L. : L’avantage lorsqu’on travaille avec les établissements scolaires, c’est qu’on a affaire à tout le monde. Car une fois que le tri social a effectué son office et que les pratiques culturelles sont bien établies, c’est beaucoup plus compliqué de toucher les gens. On travaille avec et pour les jeunes au moment où on les rencontre : ce sont eux qui nous intéressent, et pas la fabrique du spectateur de demain. Les spectacles partagés dans ce temps fort constituent une matière vivante que nous avons inscrite dans le champ de l’éducation politique, qui ouvre des questions, émancipe. Sans préjuger à l’avance des effets produits, on constate que le théâtre constitue un élément riche de débat, peut enclencher des émotions et réflexions à propos de l’organisation de la cité et de comment on y vit. La manière dont la communauté éducative se ressaisit de la rencontre est un enjeu important. Nous hébergeons un PREAC, pôle de ressources pour l’éducation artistique et culturelle, pour partager avec les enseignants des questions liées à nos pratiques et les accompagner. Si ce temps fort explore le sujet de la décentralisation en milieu scolaire, je n’ai cependant pas l’impression que se mette en place une politique ambitieuse à l’échelle du pays.

Quelle est votre analyse des relations entre territoires et puissance publique ?

B. L. : La décentralisation s’est construite contre et loin de Paris. Malgré une évolution évidente, un déséquilibre demeure, comme si le pays était considéré par les “élites“ depuis un point, et que ce point restait la capitale. La décentralisation se porte bien mais n’est pas achevée : certaines zones de province rêveraient d’avoir un théâtre à proximité, mais les moyens manquent. De plus en plus de jeunes équipes de comédiens décident cependant de s’installer en région, c’est une bonne nouvelle. Contrairement à ce qu’on a pu entendre sur la foi d’un ou deux spectacles hermétiques aperçus ici ou là, les théâtres en province sont remplis, et leur public est très varié. Les CDN mettent en œuvre des expériences très diverses dans leur relation au territoire. Cette variété des démarches fait écho à la diversité des esthétiques, et prouve que le partage de l’art n’a pas besoin de normes.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Jouer partout, temps fort dédié à la jeunesse
Théâtre Dijon Bourgogne - Centre Dramatique National
Rue Danton, 21000 Dijon, France

Tél : 03 80 30 12 12.


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