La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -306-Festival BRUIT à l’Aquarium, fictions et musiques entremêlées

Jeanne Candel crée Baùbo – de l’art de n’être pas mort

Jeanne Candel crée Baùbo – de l’art de n’être pas mort - Critique sortie  Paris
Répétitions Baùbo © Jean-Louis Fernandez

Entretien
Mise en scène Jeanne Candel / direction musicale Pierre-Antoine Badaroux

Publié le 17 décembre 2022 - N° 306

L’édition hiver 2023 du Festival Bruit s’articule autour de la nouvelle création de Jeanne Candel et la compagnie la vie brève. Un projet imaginé à partir d’une figure méconnue de tradition orphique hellénique.

Quel est le point de départ de votre spectacle ?

Jeanne Candel : Je suis partie d’un épisode confidentiel de la mythologie grecque qui me fascinait par sa drôlerie inattendue : Baùbo, une petite prêtresse d’Eleusis soulève sa jupe et révèle son sexe à Demeter qui porte le deuil de sa fille. Ce geste pulsionnel et trivial provoque le rire, et relance la déesse dans un mouvement de vie. Cet électrochoc révèle une possibilité de dépasser un état de mort intérieure et de renaître par le rire.

Pourquoi vous appuyez-vous sur le langage du rêve ?

J.C. : Je vois le monde à travers les lunettes du chaos organisé, avec un rapport à l’inconscient et à l’intuition comme dans le rêve. C’est mon territoire scénique depuis toujours, que je déplie au fil de mes créations, où les contraintes du réel sont réinventées par le métaphorique et l’imaginaire. C’est proche d’une langue intime et primordiale.

En quel sens élaborez-vous avec Pierre-Antoine Badaroux une « passion d’aujourd’hui » ?

J.C. : La passion amoureuse, avec ce qu’elle peut générer de secousses sismiques, est l’un des thèmes centraux de ce spectacle. Elle est reliée à un espace sacré qui rappelle la passion christique. La sacralisation de l’être aimé défie la raison, la malmène. Au départ, je voulais m’appuyer sur la musique de Bach, pour exprimer (au sens d’extraire le jus) ces motifs d’amour sacré, et Pierre-Antoine m’a orientée vers Schütz, dont l’écriture moins fixée se prête mieux à l’improvisation et à la réécriture.

« Cette articulation organique entre théâtre et musique constitue le cœur de ma recherche. »

La musique est centrale dans votre travail. Comment procédez-vous dans Baùbo ?

J.C. : La musique permet de visiter un paysage par un canal autre que le visuel. Dans mes créations, il n’y a pas de texte a priori qui fait autorité. J’explore des formes où théâtre et musique sont imbriqués jusqu’à ne plus pouvoir distinguer ce qui vient de l’un ou de l’autre. Cette articulation organique constitue le cœur de ma recherche. Dans Baùbo, le matériau qui vient de Schütz et Buxtehude est enrichi par des compositions contemporaines de Pierre-Antoine. Cela dit, tous les musiciens peuvent réaliser des arrangements. La gestation collective du spectacle s’appuie sur une progression empirique au plateau.

Contrairement à une tendance dominante, vos créations ne font pas appel à la sonorisation. Qu’est-ce que cela apporte de singulier à votre travail ?

J.C. : Le fait de rester dans l’acoustique naturelle apporte un grain au jeu, un certain impact primitif, une forme d’archaïsme qui fait écho au rapport brut à la matière sonore et au corps des comédiens-musiciens sur scène. Cela permet une finesse dans la spatialisation et la gradation des échelles, des distances et des contrastes, qui fait partie intégrante de mon langage scénique.

 

Propos recueillis par Gilles Charlassier

A propos de l'événement

Baùbo – de l'art de n'être pas mort
du mercredi 8 février 2023 au dimanche 19 février 2023

à 20h30, le dimanche à 17h, relâche le lundi. Avec le Théâtre de la Ville.


Création les 30 et 31 janvier 2023 au Tandem scène nationale Arras-Douai - Théâtre d’Arras


 


Théâtre de l’Aquarium - Cartoucherie


2 Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris.


Du 20 janvier au 19 février 2023.


Tél : 01 43 74 72 74.


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