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Focus -260-Nouveau théâtre de Montreuil

Hamlet, je suis vivant et vous êtes morts

Hamlet, je suis vivant et vous êtes morts - Critique sortie Théâtre Alfortville La Muse en circuit - Centre national de création musicale
Hamlet, je suis vivant et vous êtes morts. © Christophe Raynaud de Lage

Critique

Publié le 24 novembre 2017 - N° 260

En réunissant pour son projet shakespearien deux figures mythiques du théâtre et de la musique – Serge Merlin et Pierre Henry -, le compositeur Wilfried Wendling crée une œuvre étrange, réflexion sur le théâtre et sur l’humanité.

Wilfried Wendling touche ici au plus profond la question de la représentation. Prenant le parti d’une inversion de la réalité physique, inspirée au compositeur par la lecture d’Ubik de Philippe K. Dick, il fait du spectre – qui vient hanter, dans la pièce de Shakespeare, les remparts d’Elseneur – le seul être tangible. Être total, démultiplié, qui envahit la scène. Sur le plateau nu, Serge Merlin se tient d’abord dans le silence, l’impossibilité de dire (il est le spectre de Shakespeare). Mais les images – ses doubles, ses multiples – crient sa présence, partout et toujours, tandis que les boucles musicales créées par Pierre Henry et Wilfried Wendling abolissent le temps.

Un opéra de la présence

Comme le dit Hamlet, les mots et même les corps sont menteurs : « Ce sont là des semblants, car ce sont des actions qu’un homme peut jouer ; mais j’ai en moi ce qui ne peut se feindre ». Pour affirmer que l’on vit, la seule présence du corps ne suffit pas. Vivre, c’est être tout soi-même, en même temps et partout. Wilfried Wendling réalise avec cet Hamlet une sorte d’opéra à l’état pur où tous les éléments laissés à notre perception se complètent et ne font illusion que pris dans leur totalité. Le texte de Shakespeare, les images de Milosh Luczynski, la musique de Pierre Henry et Wilfried Wendling, et enfin le corps et la voix de Serge Merlin se conjuguent pour nous faire voir, imaginer et souvenir. Si de la tragédie de Shakespeare, Wilfried Wendling ne retient qu’une toute petite partie du texte, essentiellement ces monologues qu’il appelle les « perles noires » de la pièce, il suit en revanche le dramaturge dans le dévidement furieux des idées. Adepte de la mise en abyme – c’est le théâtre qui dénonce les agissements du monde –, Shakespeare est ici pris au mot. Le fameux monologue « To be or not to be » (« être ou ne pas être ») est comme volé à Serge Merlin, multiplié et mis en boucle par la voix de tous ceux qui, depuis l’invention de l’image parlante, ont prêté la leur à la question d’Hamlet. Le théâtre en train de se faire ne peut être ignorant de ce qui l’a précédé. Sombre, hanté, écorché, cet Hamlet est aussi puissamment habité.

 

Jean-Guillaume Lebrun

A propos de l'événement

Hamlet, je suis vivant et vous êtes morts
La Muse en circuit - Centre national de création musicale
18 Rue Marcelin Berthelot, 94140 Alfortville, France

Tél. : 01 43 78 80 80. www.alamuse.com


 


Nouveau théâtre de Montreuil,


10 place Jean Jaurès, 93100 Montreuil.


Les 7 et 8 décembre à 19h. Tél. : 01 48 70 48 90.


MAC, Place Salvador Allende, 94000 Créteil.


Les 13 et 14 décembre à 20h. Tél. : 01 45 13 19 19.


 


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