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Focus -276-Pôle de danse verticale

Fabrice Guillot présente le déroulement et les enjeux de l’événement international La Danse Verticale en Kit

Fabrice Guillot présente le déroulement et les enjeux de l’événement international La Danse Verticale en Kit - Critique sortie Danse Charenton-le-Pont
Fabrice Guillot © Olivier Penel

Publié le 23 avril 2019

Pionnier de la danse verticale, chorégraphe et directeur artistique de la compagnie Retouramont, Fabrice Guillot présente le déroulement et les enjeux de l’événement international La Danse Verticale en Kit.  

Qu’est-ce que la Danse Verticale en Kit ?

Fabrice Guillot : C’est un temps fort qui assemble de multiples événements, impliquant fortement le public, invitant à la pratique, à la réflexion et à la découverte de la création Diagonales ascendantes. L’événement s’inscrit dans le cadre du Vertical Danse Forum, créé à l’initiative de la compagnie Retouramont en 2014, cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne. Beaucoup plus qu’un réseau de diffusion, le Forum nourrit un dialogue fructueux entre les sept compagnies partenaires. Il renforce les capacités et l’efficacité de chacune, éclaire la diversité des écritures, et accroît le rayonnement et l’ouverture de la discipline. Alors que chacune des compagnies fut à sa manière innovante et pionnière, c’est un désir de partage et de dialogue qui a donné naissance au Forum. Chaque année, un rendez-vous est organisé par un des partenaires. Chaque étape est très particulière. Ainsi, Lindsey Butcher à Brighton a centré son rendez-vous sur la danse verticale et le handicap, tandis que Wanda Moretti à Venise a impliqué des jeunes créateurs engagés dans un projet en danse verticale. Pour notre part, nous sommes heureux de travailler sur notre territoire, à une date qui célèbre les 30 ans de la compagnie Retouramont. La communauté de danse verticale compte aujourd’hui des milliers de pratiquants et des centaines de compagnies dans le monde. En juin sera organisé le Vancouver International Vertical Dance Summit, un événement collaboratif. Chacun de ces rendez-vous est un moment unique, inspirant, à l’impact considérable.

Comment avez-vous organisé ce temps fort ?

F.G. : Nous avons voulu organiser des laboratoires de travail avec quinze danseurs ou chorégraphes de la communauté internationale, un groupe plutôt restreint afin de pouvoir définir et réaliser des objectifs précis. D’autres groupes s’agrègeront à ce noyau central, comme les danseurs de la compagnie Retouramont bien sûr, ou ceux de l’atelier chorégraphique de l’Université Diderot. Tout au long de la semaine, le temps fort offre des entrées multiples. Son principal lieu d’expression est le site de la Bibliothèque nationale de France, un endroit rêvé pour la danse verticale, avec un magnifique bloc de vide, un plateau de bois qui domine la Seine et la ville, et des douves avec jardins. Dans le cadre du Festival Temps Danse #3 impulsé par la Coopérative 2r2c, un parcours intitulé Verticale de poche sera initié le 17 mai partir de la rue Watt jusqu’à la BNF, et utilisera de mini agrès portables. En soirée, la création Diagonales ascendantes de la compagnie Retouramont se tiendra sur l’une des parois de verre de la BNF, avec un agrès en forme de pyramide qui s’extrait de la façade, créé avec mon collègue directeur technique Olivier Penel, et qui permet de travailler plein vide. L’écriture met en forme une relation entre les deux danseuses – Cybille Soulier et Fanny Gombert -, et un jeu de trajectoires entre le mur et l’agrès. Nous organisons aussi diverses actions avec le public. Faire l’expérience du vide est quelque chose de très fort qui transforme la perception, agrandit la vue, efface les barrières physiques. Ce qui résume le mieux le rapport à la verticalité que j’ai pu éprouver en tant que grimpeur et que j’éprouve en tant que chorégraphe et pédagogue, c’est l’idée d’éblouissement.

« Ce qui résume le mieux le rapport à la verticalité que j’ai pu éprouver, c’est l’idée d’éblouissement. »

Quelles sont les actions destinées au public ?

F.G. : Elles sont multiples. Sur le site de la BNF, le public est invité à s’élever entre 10 et 30 mètres au-dessus du sol à travers le dispositif intitulé Hisse Emoi. Nous proposons aussi cette activité sur le site de la Briqueterie. Nous avons la chance de disposer de ce site pendant une semaine, où nous organisons des parcours immersifs ponctués de moments de restitution créés lors des laboratoires. Nous avons commandé des formes courtes aux chorégraphes du Vertical Dance Forum, qui peuvent utiliser divers agrès mobiles et divers supports architecturaux, dont les cheminées de la Briqueterie. Nous programmons aussi dans le studio du Pôle de danse verticale à Charenton des ateliers d’initiation à la danse verticale, à travers une activité hybride entre danse et escalade, avec de très grosses prises sur le mur. Nous proposons un atelier de danse-escalade pour grimpeurs amateurs au HardBlock d’Alfortville. Et au Bois de Vincennes, il sera possible de danser dans les arbres. Des danseurs expérimentés pourront aussi investir une dizaine de lampadaires sur le site de la BNF, avec une accroche à environ 9 mètres au-dessus du parvis. Qu’il s’agisse de débutants ou d’initiés, toutes ces possibilités créent des mouvements extraordinaires, qui abolissent ou transforment tous les repères habituels.

Le temps fort propose aussi des moments d’échanges sur la discipline et son rayonnement. Quels sont-ils ?

F.G. : La danse verticale a acquis une maturité qui conduit à interroger non seulement sa pratique mais aussi sa relation à d’autres disciplines ou domaines de recherche. C’est pourquoi notre événement rassemble des acteurs de la danse verticale – danseurs, chorégraphes, pédagogues… -, et aussi des sociologues, urbanistes, géographes, philosophes, architectes, anthropologues, professionnels et artistes d’autres disciplines. Ce qui nous intéresse, c’est de répondre à la question : de quoi la danse verticale est-elle le signe dans nos villes ? La danse verticale se déploie dans notre espace même de vie, qui devient un espace ouvert de liberté retrouvée. Elle modifie la perception de l’habitat, fait émerger des idées de transformation, interroge nos manières de vivre la ville, entre contraintes et désirs. Le temps fort est l’occasion d’organiser des colloques et tables rondes, explorant la notion de franchissement, les hybridations avec d’autres arts ou les croisements avec des problématiques sociétales. C’est l’occasion aussi de rassembler toute une bibliographie sur la discipline. En tant que grimpeur et danseur vertical, le rapport au franchissement est un thème qui me tient à cœur. J’aime beaucoup le poète Roberto Juarroz, auteur du recueil Poésie verticale. Loin des chemins balisés, ses poèmes s’affranchissent des limites, mettent en forme des sauts de la pensée. En danse verticale aussi, le créateur s’élève au-delà des logiques attendues, transcende obstacles et résistances. C’est tout un art, que nous sommes heureux de partager avec les spectateurs…

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Pôle de danse verticale

197 rue de Paris, 94220 Charenton-le-Pont.

Tél : 01 43 96 95 54.


www.retouramont.com


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