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Focus -347-Etienne Mbappé, géant de la basse

Génération Spedidam, Etienne Mbappé, géant de la basse

Génération Spedidam, Etienne Mbappé, géant de la basse - Critique sortie  Paris Le Baiser Salé Jazz Club
Etienne Mbappé © Ueli Frey

Génération SPEDIDAM

Publié le 24 septembre 2026 - N° 347

Reconnaissable entre mille par son élégant toucher et un prodigieux sens du groove, Etienne Mbappé s’impose aujourd’hui comme l’une des grandes voix de la basse contemporaine, traversant styles et cultures grâce à une approche ouverte et originale.

Connu dans le monde entier, Etienne Mbappé est une référence de la basse. Né au Cameroun en 1964, il grandit dans une famille de mélomanes qui participe au chœur de la cathédrale de Douala. « Mes parents écoutaient des œuvres de Mozart, de Bach mais aussi de Count Basie et Duke Ellington. La musique accompagnait nos vies » dit-il, reconnaissant. À 10 ans, il maîtrise déjà la guitare grâce à son frère qui lui apprend l’instrument. Ses cousins lui font par ailleurs découvrir toute la mouvance pop-rock, les Beatles, les Rolling Stones et James Brown. Arrivé en France quatre ans plus tard, en 1978, il poursuit sa formation dans un conservatoire et apprend la basse sur les conseils d’un professeur de guitare. Son père achète l’instrument qu’Etienne Mbappé ne quittera plus. Inspiré par les maîtres camerounais qui accompagnent Mike Brant, Claude François ou Sheila, il commence à faire des concerts dans des gymnases avec son groupe du collège. S’il écoute les disques de Jaco Pastorius, il trouve très tôt une personnalité sonore unique. À 20 ans, il devient l’un des bassistes les plus sollicités de Paris. Ultramarine et l’Orchestre National de Jazz dirigé par Antoine Hervé l’accueillent. Il croise alors Quincy Jones et joue pour une session de Ray Charles avec André Ceccarelli. En outre, Joe Zawinul, partenaire de Jaco Pastorius au sein de Weather Report, le repère. Puis il enregistre en studio à San Francisco avec Carlos Santana sur l’album « Amen » de Salif Keïta. Il devient le bassiste attitré de John McLaughlin et de Michel Jonasz pendant de longues années. Parcourant le monde, il travaille avec d’autres artistes majeurs comme Mike Mainieri, fondateur du groupe Steps Ahead, Bill Evans ou Touré Kunda. Toujours le bassiste met en perspective son héritage africain.

Une musique libre et expressive

Au début des années 2000, Etienne Mbappé change de statut : d’accompagnateur d’exception il devient leader en créant Su La Také, formation singulière qui met en lumière sa voix caressante et son groove magnétique. « « Misiya » c’était vraiment le premier album sous mon nom que j’ai voulu centré sur des chansons… parce que je me suis rendu compte que même en faisant beaucoup de jazz et en jouant avec de grands musiciens, j’avais l’envie et le besoin de faire quelque chose qui me ressemble, lié à mes racines africaines. J’ai donc écrit mes propres textes que je chantais en Douala. » ajoute-t-il. En 2014, il lance Etienne Mbappé & The Prophets, qui existe toujours et qu’il conçoit comme un projet « sans frontières ». « Mes racines sont africaines même si j’habite en France depuis bientôt 50 ans et ai voyagé dans le monde entier à travers la musique. Je me sens profondément européen, et j’ai aussi eu la chance de découvrir les pays du Golfe, toute l’Afrique, les Etats-Unis plus d’une trentaine de fois, l’Argentine, le Brésil… On n’en revient pas indemne, on fait attention aux couleurs et aux images qui peuvent rejaillir dans notre musique. » souligne-t-il. Pendant le confinement, il fonde le trio NEC+, aux côtés du batteur Nicolas Viccaro et du pianiste/violoniste Christophe Cravero. Ils s’envoient des compositions à distance, en comité réduit. Leur album « Time Will Tell », sorti en 2021, dévoile une musique libre et expressive. Puis le bassiste crée CountrySide, un projet hybride à la croisée du jazz, de la country, du folk et de l’afro-blues. « J’avais envie d’aborder des choses un peu plus douces, comme Crosby, Stills, Nash & Young, Simon and Garfunkel, Willie Nelson ou James Taylor, que j’ai vu et rencontré à l’Olympia… une grande influence. J’aime tout autant Dolly Parton. Mais à un moment donné, j’ai l’Afrique en moi et il n’y a que la langue du Cameroun que j’ai envie de défendre. La musicalité de cette langue m’a toujours plu. Ce qui m’attire, c’est la musique et la rythmique des mots » dit-il, avant d’avouer qu’il est aussi un grand fan d’AC/DC et de Queen. Aujourd’hui, il confie le répertoire de Salif Keïta à des instrumentistes qui n’ont pas nécessairement de culture africaine. « Je vais puiser dans les musiques de Manu Dibango ou de Youssou N’dour et les propose à des jeunes musiciens qui sont d’une inspiration incroyable. Ça continue de m’enrichir » conclut-il. Aujourd’hui, il se distingue à nouveau en jouant de la guitare acoustique avec la chanteuse camerounaise Valérie Belinga, sans basse, ni batterie.

Philippe Deneuve

A propos de l'événement

Etienne Mbappé, géant de la basse
du jeudi 12 novembre 2026 au jeudi 3 décembre 2026
Le Baiser Salé Jazz Club
58, Rue des Lombards, Paris

les 12 novembre et 3 décembre à 19h. 

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