La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -149-Domaine départemental de Chamarande en Essonne / Spectacles gratuits en plein air

Entretien Fanny de Chaillé : l’état de nature

Entretien
Fanny de Chaillé : l’état de nature - Critique sortie Danse

Publié le 10 juin 2006 - N° 139

Chorégraphe et performeuse férue de poésie sonore, Fanny de Chaillé démonte
volontiers les stéréotypes et les codes spectaculaires. Elle s’échappe
maintenant du cadre de la représentation et s’immerge dans la nature pour
explorer, en duo avec son complice Ives Christophe, un langage chorégraphique né
du contact avec l’environnement.


Pourquoi avez-vous choisi d’habiter sur l’île du parc durant la phase de
création ?

Fanny de Chaillé : Puisque j’avais décidé de créer en extérieur, sans
technique de son et de lumières, j’ai cherché un endroit vierge en contact avec
la nature, où je ne puisse pas reconstituer la « boîte » du théâtre ni être
contaminée par d’autres ?uvres. Or le parc est parsemé de sculptures. L’île,
isolée, m’a donc semblé le lieu idoine. Je désire en effet me dégager de toutes
les références esthétiques qui me constituent et du langage que j’ai développé
dans les précédents spectacles, tous conçus pour des espaces clos, afin de voir
comment ce « décadrage » influe sur ma danse et peut susciter un vocabulaire
chorégraphique original. Par ailleurs, les propos sur la source créatrice de la
nature de chorégraphes comme Steve Paxton et Simone Forti, ou de plasticiens
comme Joseph Beuys, m’avaient toujours intriguée et laissée un peu suspicieuse.
Je voulais éprouver moi-même ces discours.

Comment vivez-vous cette expérience ?

F.C. : Parfois comme une épreuve, car le temps a ses sautes d’humeur !
Mais cette immersion éveille très vite l’envie de travailler à partir des
sensations et de l’écoute de ce qui bruisse alentour. Danser au milieu des
arbres, se rouler dans l’herbe, marcher sur la terre : ces actes simples
induisent un rapport très différent au sol et génèrent une énergie particulière.
La perception de son propre corps dans l’environnement s’est trouve profondément
modifiée, ce qui se répercute sur la gestuelle.

« Je désire me dégager de toutes les références esthétiques qui me
constituent. »

Est-ce un désir de dépassement de soi ?

F.C. : Oui, une manière de se séparer de ses liens, de s’émanciper de
soi, de ses origines, de son histoire, pour explorer des territoires inconnus et
un autre type de physicalité liée à a nature. J’ai intitulé la pièce Amérique,
en référence à la découverte d’un nouveau continent.

Quels modes de relation souhaitez-vous établir avec le public ?

F.C. : La berge étant éloignée de l’île, les spectateurs nous verront
comme des petits personnages au milieu des grands arbres qui nous entourent.
Cette distance physique, impossible dans un théâtre, introduit un rapport
d’échelle très intéressant entre l’humain et la nature. Je suis donc obligée de
concevoir une pièce pour des silhouettes, d’inventer des gestes très visibles,
une matière chorégraphique atypique, des modes inédits de communication avec le
public… autant de défis sacrément stimulants !

Propos recueillis par Gwénola David

Amérique, de Fanny de Chaillé. Le 23 juillet à partir 15h30.

A propos de l'événement



Saison culturelle 2006


Domaine départemental de Chamarande


Centre artistique et culturel


38, rue du Commandant Arnoux


91730 Chamarande


Renseignements : 01 60 82 52 01



www.chamarande.essonne.fr

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