La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -215-Focus Arsys Bourgogne

Entretien Pierre Cao

Entretien Pierre Cao - Critique sortie Classique / Opéra
© Sébastien Boulard.

Publié le 23 novembre 2013 - N° 215

De la musique ancienne à celle d’aujourd’hui

Grande figure de la direction chorale, le luxembourgeois Pierre Cao est le chef du chœur Arsys Bourgogne depuis sa fondation en 1999. Excellent pédagogue, également chef d’orchestre, ce musicien complet, humaniste et exigeant est aussi le directeur artistique des Rencontres musicales de Vézelay.

« La musique baroque, et celle de Bach tout particulièrement, est au service du texte.  »

Comment voyez-vous le chemin parcouru par Arsys Bourgogne en quinze ans d’existence ?

Pierre Cao : C’est un chœur qui a été formé par la musique de Bach, les Motets en particulier, mais qui dès l’origine était destiné à défendre un répertoire très large. C’est pour cela que j’avais accepté la proposition de la DRAC Bourgogne de créer Arsys. De par mon histoire personnelle, je ne me suis jamais considéré comme un spécialiste : à la radio luxembourgeoise, je dirigeais des créations, des œuvres modernes tout en faisant travailler les chœurs sur le répertoire ancien. Je suis content d’avoir pu conforter Arsys dans cette vision large du répertoire, de la musique ancienne à celle d’aujourd’hui.

Comment les chanteurs vivent-ils cette polyvalence ?

P. C. : D’abord, c’est leur travail ! Je crois qu’eux aussi sont plutôt satisfaits de faire des choses différentes, même si évidemment certains ont des préférences quant aux répertoires. Et puis, bien sûr, je ne choisis pas forcément les mêmes chanteurs pour le répertoire baroque ou pour la musique du xixe siècle, surtout pour les voix aiguës, les sopranos par exemple.

Pour mener votre travail, vous vous êtes attaché fidèlement, au fil des années, à quelques ensembles instrumentaux. Que recherchez-vous chez ces partenaires ?

P. C. : Dès la première année, mon vœu était de trouver des partenaires de haut niveau, et je dois dire qu’on ne s’est pas souvent trompé. Je suis très heureux du travail que nous menons, sur le baroque français comme sur la Renaissance italienne avec La Fenice et Jean Tubéry, un musicien qui a une connaissance très approfondie des répertoires qu’il défend. J’ai envie de travailler avec des musiciens que j’admire : c’est le cas aussi pour Pulcinella, le jeune ensemble d’Ophélie Gaillard, avec qui nous avons plusieurs projets. Ces interprètes d’une grande valeur musicale et instrumentale nous permettent de faire la musique que nous voulons le mieux possible.

Quelle part la recherche musicologique occupe-t-elle dans le travail d’interprétation de la musique ancienne ?

P. C. : On aborde toujours une partition, quelle que soit son époque, avec les connaissances dont on dispose – et on n’en a jamais trop ! Pour interpréter une œuvre de Bach, il ne suffit pas d’être un bon technicien, il faut aussi une bonne connaissance d’abord de la langue, puis des caractéristiques stylistiques de l’époque. C’est d’ailleurs sur cette base que je choisis mes chanteurs : je cherche le son qui corresponde à cette époque.

Vous mettez en avant le travail sur la langue. Vis-à-vis du public, souhaitez-vous qu’il s’attache davantage au sens du texte ou à sa musicalité ?

P. C. : Les deux sont liés. Notre travail vise d’abord à une homogénéité de prononciation, les chanteurs doivent partager les mêmes couleurs de voyelles ou de consonnes.  L’intelligibilité du texte peut, à certaines époques, avoir plus d’importance que la musique. La musique baroque, et celle de Bach tout particulièrement, est au service du texte. Dans les œuvres sacrées, le compositeur a la volonté non seulement de proclamer la parole de Dieu par la musique, mais aussi de l’expliquer. Cela peut aller très loin, chez tous les compositeurs de la Réforme, approximativement de Schütz jusqu’à Bach, qui font œuvre de croyants ; il ne s’agit pas de composer pour plaire, mais bien de révéler la dimension symbolique du texte sacré.

 

Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun

 

Chœur Arsys Bourgogne, Cité de la Voix, 4 rue de l’hôpital, 89450 Vézelay. Tél : 03 86 94 84 30. www.arsysbourgogne.com

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