Focus -206-Chœur régional Vittoria d’Ile de France

Entretien / Michel Piquemal

Crédit : Pierre Launay Crédit photo du chœur : François Berthelot

Découvreur de répertoires

Le chef et fondateur du Chœur Vittoria revient sur l’histoire de cette formation et fait le point sur son actualité au concert et sur disque.

« Mon but est de sortir des sentiers battus. »

Comment est né le Chœur Vittoria ?

Michel Piquemal : J’avais une vingtaine d’années lorsque j’ai obtenu le poste de chef de chœur à l’école de musique d’Argenteuil. A l’origine, l’ensemble comptait entre quinze et vingt choristes et progressait de manière constante au fur et à mesure des répétitions. Nous avons donné notre premier concert trois ans plus tard. Il fallait alors mettre un nom sur l’affiche ! Comme nous interprétions beaucoup de musique baroque, nous avons pensé à Vittoria (nom d’un compositeur espagnol du XVIe siècle), d’autant que le terme sonne de manière très dynamique. L’ensemble s’est peu à peu étoffé et a réuni après quelque temps une centaine de choristes. Au rythme de trois répétitions par semaine, le chœur devenait de plus en plus réputé. Nous collaborions avec des chefs d’orchestre comme Emmanuel Krivine, participions au Grand Echiquier avec Jessye Norman et remplacions même les chœurs de Radio France quand ils n’étaient pas disponibles. Mais au bout de dix-sept ans d’activité, il m’a semblé nécessaire de faire passer des auditions, car jusqu’alors le chœur était ouvert à tout le monde. Cette démarche a été mal perçue par la majorité des choristes. Après cette sélection, je n’en ai gardé qu’une quarantaine. Une pétition a alors été rédigée, et la mairie d’Argenteuil m’a obligé à reprendre la totalité des choristes. J’ai refusé et ai été licencié. Mais après trois années d’errance, la Région Île-de-France m’a demandé de constituer, avec la quarantaine de choristes que j’avais sélectionnée, le chœur régional. C’était il y a 25 ans !

Quel est le lien avec l’Orchestre national d’Ile-de-France ?

M.P. : Jacques Mercier, alors directeur musical de l’Orchestre national d’Ile-de-France, souhaitait que le chœur soit rattaché à l’Orchestre. Je me suis battu pour que nous restions indépendants, tout en étant bien sûr partenaire de l’Orchestre. Nous avons connu différentes périodes d’activité avec l’Orchestre : parfois très actives, parfois moins (le mandat de Marc-Olivier Dupin fut pour nous une traversée du désert). Aujourd’hui, le nouveau directeur musical de l’Orchestre, Enrique Mazzola, souhaite nous inclure dans sa programmation. La saison prochaine, nous donnerons ainsi le Schicksalslied de Brahms et la Fantaisie chorale de Beethoven.

Comment le Chœur Vittoria fonctionne-t-il aujourd’hui ?

M.P. : Vittoria réunit 60 choristes amateurs, qui répètent deux fois par semaine. Ils sont d’univers professionnels très différents et de toutes  générations. Ils prennent souvent des cours de chant et déchiffrent très bien. C’est essentiel car nous avons un rythme soutenu, avec chaque saison entre sept et huit programmes différents. Et avis aux intéressés, nous recrutons toujours des choristes !

Quelle est l’identité artistique du chœur ?

M.P. : Mon but est de sortir des sentiers battus. On a tendance à servir toujours la même « soupe » au public. Les programmateurs nous demandent d’ailleurs constamment le Requiem de Mozart et quand je leur parle de la musique de Joseph-Guy Ropartz, dont nous avons enregistré l’intégralité de l’œuvre sacrée, ils me disent qu’ils auront une salle vide… Il faut avoir le courage de faire découvrir de nouvelles œuvres, notamment du répertoire français.

Pour cette raison, vous avez choisi d’enregistrer la Messe solennelle de Martial Caillebotte…

M.P. : Dans la famille Caillebotte, on connaît surtout le peintre Gustave. Mais son frère, à la fois photographe et compositeur, était également talentueux. Sa Messe solennelle, que nous avons sortie des malles de la famille, a été écrite entre 1894 et 1896 dans un style wagnérien, avec néanmoins des touches personnelles, notamment au niveau de l’harmonie. Outre le disque (paru chez Sisyphe), nous la donnerons en concert, couplée avec le Requiem de Ropartz. Je suis ravi de collaborer à cette occasion avec l’Orchestre Pasdeloup.

Quel regard portez-vous globalement sur la pratique chorale en France ?

M.P. : Je regrette que les pouvoirs publics se désintéressent, en musique, du monde amateur, contrairement au sport, où les clubs jouent un rôle essentiel. On a par contre beaucoup fait pour les ensembles vocaux professionnels, qui ont souvent dénigré les chœurs amateurs. Mais nous sommes les seuls à pouvoir défendre certains grands répertoires d’oratorio.

Propos recueillis par Antoine Pecqueur

A propos de l'événement

le Chœur régional Vittoria d’Ile de France
du Vendredi 15 février 2013 au Samedi 23 février 2013
THEATRE DE YERRES CEC
2 rue Marc Sangnier, 91330 Yerres
Église Saint-Eustache. Vendredi 15 février à 20h45. Tél. : 01 42 65 08 02. Places : 25 €.

Théâtre CEC, 2 rue Marc Sangnier, 91330 Yerres. Samedi 23 février à 20h30. Tél. : 01 69 02 34 35. Places : 25 €.

Chœur régional Vittoria d’Ile de France

4, rue de la Michodière

75002 Paris

Tél. 01 42 65 08 02

E-mail : contact@vittoria.asso.fr
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