La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -286-Chaillot ~ Théâtre national de la Danse

Désir de mémoire et engagement au présent, rencontre avec Didier Deschamps

Désir de mémoire et engagement au présent, rencontre avec Didier Deschamps - Critique sortie Danse Paris Chaillot - Théâtre national de la danse
Didier Deschamps Crédit : Agathe Poupeney

Entretien

Publié le 7 août 2020 - N° 286

Didier Deschamps nous convie à découvrir une saison 2020-2021 placée sous le signe de la jeunesse, de l’ouverture au monde, et de l’avenir.

Votre saison se nomme « L’instant d’avant ». Est-ce lié au COVID-19 ?

Didier Deschamps : Préparer une saison nécessite de se projeter des mois à l’avance. La saison était donc bouclée bien avant que nous ayons à fermer les théâtres. Nous avions déjà choisi, pour la désigner, cet exergue de « l’instant d’avant », pour deux raisons. D’abord en écho à ce que proposaient certains chorégraphes, qui pressentaient que la société arrivait à un point de rupture et s’interrogeaient sur les gestes, les mouvements, les relations que cette idée d’effondrement pourrait faire surgir. Et « l’instant d’avant », c’est aussi, pour un artiste, ce moment singulier et beau de bascule entre la coulisse et la scène, que nous voulions souligner. C’est pourquoi nous avons commandé au photographe Grégoire Korganow une série de clichés sur cet « instant d’avant » en compagnie des élèves du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, qui illustrent notre plaquette. Ensuite, nous avons pensé que le public vit aussi un moment de cet ordre avant d’entrer dans la salle. Donc nous lui proposons d’arriver un peu avant ou de rester un peu après pour traverser un certain nombre de pratiques pouvant favoriser une meilleure réceptivité du spectacle.

Quels sont les autres fils de la programmation ?

D.D. : Il y a trente-cinq spectacles la saison prochaine et quarante-huit chorégraphies, dont vingt-quatre signatures féminines très engagées sur des enjeux environnementaux, mais aussi sociétaux. Ils répondent toujours aux mêmes préoccupations : proposer au public une diversité d’expressions, de formes, d’esthétiques et d’origines. Je pense par exemple à Mélanie Demers, qui, avec Danses mutantes interroge le sens d’une danse globalisée à travers différents continents et points de vue. Nous présentons treize compagnies nouvelles à Chaillot. Mais ceci a pour corollaire d’être fidèles à certaines écritures et à certains artistes, car la culture chorégraphique n’est pas un émiettement sans cesse renouvelé dont on perdrait la mémoire. Donc, à côté de ces formes nouvelles, il y a un certain nombre d’artistes que nous suivons sur plusieurs années afin de faire comprendre ce qu’est un répertoire. Cette pérennité est indispensable, comme le sont les médiathèques ou les musées, afin de percevoir l’évolution que connaît un artiste au fur et à mesure de sa vie et afin de constituer un patrimoine chorégraphique. Ainsi, Angelin Preljocaj crée un Lac des cygnes, Dominique Brun s’intéresse à Nijinska, et nous reprenons 10 000 gestes, de Boris Charmatz qui constitue une forme d’inventaire du mouvement d’aujourd’hui. Fait marquant, Chaillot fêtera ses 100 ans le 11 novembre prochain, date de la création du premier Théâtre National Populaire dirigé par Firmin Gémier, non pas comme une commémoration mais comme une projection vers l’avenir.

« Chaillot fêtera ses 100 ans non pas comme une commémoration mais comme une projection vers l’avenir. »

Il y a beaucoup d’artistes internationaux, n’est-ce pas un risque avec la pandémie ?

D.D. : Il est important de continuer à présenter des artistes du lointain, surtout en ces temps où la pandémie pourrait devenir le prétexte à un repli sur soi. Toutes les assignations à domicile me terrifient. Nous sommes, dans la danse, les derniers à être débâillonnés. Alors si tous les artistes chorégraphiques sont priés de rester chez eux… D’où ces temps forts que nous avons appelés les « Scènes » convoquant des œuvres d’Italie, d’Inde, d’Afrique, d’Australie, pour sortir d’une forme de nombrilisme.

La saison est également placée sous le signe de la jeunesse…

D.D. : Une attention particulière est en effet portée à la jeunesse, à travers la présence des élèves du CNSMDP qui vont participer à plusieurs spectacles et aux Journées du Patrimoine à Chaillot pilotées par Ousmane Sy. C’est aussi la programmation de jeunes chorégraphes, ou une démarche comme Urgence de la compagnie HKC avec la participation d’Amala Dianor, qui réunit des jeunes artistes performeurs dans un processus de professionnalisation, comme l’ont aussi expérimenté Abou et Nawal Lagraa, dans Premier(s) pas. Sans oublier l’attention au jeune public, avec plusieurs spectacles dont TWICE#2, Urgence, Dans ce monde

Vous commencez la saison le 14 octobre, mais le public pourra venir découvrir des artistes dès le mois de septembre…

D.D. : En effet, les plateaux seront à la disposition d’artistes, avec toutes les équipes techniques, pour terminer les spectacles. Ils pourront y travailler le son, les éclairages, et s’adresser à l’atelier costumes de Chaillot. Le public sera invité, dans une jauge très réduite, à assister au travail en cours. Il ne s’agit pas de répétitions préparées mais d’un moment de création saisi au vol.

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement

Désir de mémoire et engagement au présent, rencontre avec Didier Deschamps
Chaillot - Théâtre national de la danse
1 place du Trocadéro, 75116 Paris.

Tél :01 53 65 31 00.


Site : theatre-chaillot.fr


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur la Danse

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur la Danse