La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -298-Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint Denis 2022

Créer au cœur du territoire, rencontre avec Frédérique Latu

Créer au cœur du territoire, rencontre avec Frédérique Latu - Critique sortie
Frédérique Latu © DR

Entretien

Publié le 17 février 2022 - N° 297

Directrice des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis depuis un an, Frédérique Latu façonne un festival ancré dans le monde et sur son territoire.

Quel est votre projet pour les Rencontres Chorégraphiques ?

Frédérique Latu : Je souhaite faire perdurer cet événement de forte notoriété qui inscrit le défrichage chorégraphique dans son ADN, mais aussi le repositionner, faire un festival qui soit ancré sur son territoire. Pour construire cela, je veux replacer la notion de rencontre au cœur du projet : la rencontre entre les arts, entre les artistes, entre les publics, entre les géographies. Cela pose la question du décloisonnement des esthétiques mais aussi des lieux de présentation. Comment imaginer un festival qui se déroule bien sûr en salle mais aussi à l’extérieur, qui soit en proximité avec les lieux où les gens vivent, grandissent, travaillent, vieillissent ? Pour cela il faut s’appuyer sur la richesse du territoire en termes de partenaires, travailler en commun, créer des collisions volontaires et heureuses pour que la danse s’infiltre dans des zones qui ne sont pas habituelles.

« Je souhaite replacer la notion de rencontre au cœur du projet. »

Avez-vous pu commencer à travailler en ce sens ?

F.L. : Oui, c’est quelque chose que j’ai commencé à travailler dès mon arrivée au mois d’avril de l’année dernière. Nous ne savions pas si le festival pourrait avoir lieu. Nous avons alors imaginé la circulation de formes tout terrain qui pourraient aller au pied des immeubles, dans les parcs ou les maisons de quartier. Cette intuition s’est révélée opérante puisqu’en quelques semaines nous avons réussi à monter un programme qui s’appelle Extensions et qui sera reconduit cette année.

Parlons de cette prochaine édition, la première que vous programmez. 

F.L. : Le festival va débuter mi-mai, durer environ un mois dans le cadre classique et se prolonger jusqu’à début juillet avec Extensions. Il propose une trentaine de spectacles et performances dans une douzaine de lieux. On retrouve des partenaires fidèles mais aussi des nouveaux ou certains qui n’étaient plus en lien avec nous depuis plusieurs années. C’est le cas de L’Échangeur à Bagnolet, de l’Espace 1789 à Saint-Ouen ou du TLA à Tremblay. Nous ouvrons les Rencontres avec Promise me de Kabinet K au Nouveau Théâtre de Montreuil. Cette compagnie flamande a la particularité de travailler avec une distribution mixte d’enfants et d’adultes et questionne en profondeur la notion d’horizontalité entre les âges. Il me semblait important d’ouvrir avec cette jeunesse au plateau car cela fait écho à mon souhait de voir le public venir en famille, d’offrir des moments partagés entre les générations. J’ai la même envie concernant les artistes. D’un côté nous organisons avec Danse Dense une plateforme professionnelle sur l’émergence, de l’autre nous clôturons le festival avec la recréation de Red Notes, une pièce de la fin des années 1970 d’Andy de Groat, en partenariat avec le CND et la MC 93. C’est notre façon de faire le lien entre passé, présent et futur.

Qu’est-ce qui a motivé vos choix de programmation ?

F.L. : Ce qui nous a guidés dans le choix des spectacles ce sont les notions de croisement, d’abolition des frontières quelles qu’elles soient, l’idée aussi d’inclure différents types de corps et de formes. Nous coproduisons les créations de Clédat et Petitpierre qui travaillent cette interdisciplinarité avec les arts plastiques, de Mercedes Dassy, une jeune artiste bouillonnante, ou de Katarina Andreou qui propose des actes performatifs qui déconstruisent certains présupposés. Nous proposons des pièces en extérieur, comme le premier projet de groupe de Doria Bélanger en lien avec l’Espace 1789, et des pièces dans des établissements scolaires. Nous travaillons par exemple pour cela avec Wanjiru Kamuyu ou avec Yves Mwamba.

Quelle est la place de l’international dans cette édition ?

F.L. : Je travaille l’international de différentes manières. J’invite à la fois des artistes étrangers, des artistes qui vivent en France mais viennent de l’étranger, ou des artistes français traversés par différentes cultures. J’ai également le souhait que l’international soit présent autrement qu’à partir de pièces finalisées. Nous mettons par exemple en place une résidence avec le burkinabé Souleymane Ladji Koné. Sa prochaine pièce traitera du corps dans l’espace public et, si elle ne sera pas présentée pendant les Rencontres, je l’ai invité pour trois semaines afin qu’il dialogue avec les artistes qui vont eux aussi travailler des performances en extérieur pendant le festival.

 

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement

Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis.
du vendredi 13 mai 2022 au samedi 18 juin 2022

Les Extensions : du 16 mai au 8 juillet.


Tél : 01 55 82 08 01.


www.rencontreschoregraphiques.com.


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