La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -347-L’Archipel à Perpignan, une Scène nationale populaire, innovante et rayonnante

À L’Archipel, Jackie Surjus-Collet cultive la multiplicité des voix et des imaginaires artistiques

À L’Archipel, Jackie Surjus-Collet cultive la multiplicité des voix et des imaginaires artistiques - Critique sortie  Perpignan L’Archipel – Scène nationale de Perpignan
DR Jackie Surjus-Collet, directrice de L’Archipel

Publié le 30 septembre 2026 - N° 347

Directrice de L’Archipel depuis 2023, réélue à l’unanimité par le conseil d’administration, Jackie Surjus-Collet poursuit son chemin créatif et rassembleur, avec science et conscience.

Comment abordez-vous cette nouvelle saison, dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint ?

Jackie Surjus-Collet : Nous avons le sentiment d’être pris en étau, entre la réduction des subventions publiques et l’inflation des coûts. De multiples lieux et compagnies subissent des baisses considérables. Et malheureusement nous ne sommes pas une solution. Nous passons notre temps à dire non, nous prenons en pleine figure la tristesse et l’angoisse d’artistes de plus en plus désespérés. C’est une situation difficile. À L’Archipel, ce qui impacte terriblement les marges artistiques, c’est surtout le coût de fonctionnement, ce qu’on appelle l’ordre de marche. Notre saison a été réduite de 10%. Cependant, je tiens à dire que malgré ce climat, nous préservons la joie, l’énergie, la confiance dans le service public de la culture. Je suis née des mouvements d’éducation populaire, profondément attachée au soutien à la création autant qu’à la démocratisation culturelle, sans surplomb. Je voudrais ajouter aussi que nos métiers ont changé, nous sommes écrasés par l’administratif, sous un empilement d’impératifs chronophage qui n’a jamais été retraversé.

« L’adresse directe in situ, c’est magique, cela produit de l’écoute, du dialogue, de la curiosité. »

Comment concevez-vous cette démocratisation à L’Archipel ? 

J.S.-C. : Soutenue par une équipe formidable, j’ai initié et fortement développé la programmation hors les murs. C’est l’une de mes grandes fiertés. Dans ce département qui est l’un des plus pauvres de France, avec 82% de communes en ruralité et, à Perpignan, neuf quartiers prioritaires de la politique de la ville, nous avons déplacé des équipes, du matériel, des espaces de jeu… Si nous affichons de très belles fréquentations, nous sommes heureux aussi d’orchestrer la rencontre avec des publics peu habitués au théâtre, là où habitent les gens, en gardant la même exigence artistique. Nous avons vécu des choses extraordinaires qui font chaud au cœur. L’adresse directe in situ, c’est magique, cela produit de l’écoute, du dialogue, de la curiosité. Ma grande peine, c’est de devoir réduire ces budgets. Nous parvenons à rassembler un public de 90000 spectateurs et spectatrices, dont 34 % a moins de 28 ans. C’est un chiffre qui nous réjouit. Nous nous efforçons d’être imaginatifs, afin d’élargir concrètement les notions de partage et de découverte, par exemple en créant des histoires singulières autour des spectacles, au-delà du temps de représentation. L’Archipel est un lieu de vie avec garderie, restaurant, espace de jeux de société, bibliothèque participative, petits concerts de trente minutes, pass solidaire… Tout cela fait du bien au moral !

Quelle est la couleur artistique de cette saison ?

J.S.-C. : Plutôt les couleurs ! Dans un esprit de bienveillance, sans aucune ingérence, nous cultivons comme toujours l’altérité, l’inclusivité, la multiplicité des voix et des imaginaires artistiques. Mon travail, c’est aussi d’évoquer par l’art le monde d’aujourd’hui, avec des artistes complices magnifiques. Après de 2023 à 2026 Zahia Ziouani, Walid Ben Selim, Julie Deliquet, Mehdi Kerkouche, Lucie Antunes et David Gauchard, nous accueillons la metteuse en scène Clara Hédouin, qui se plaît à emmener ses créations au cœur de paysages naturels, le chorégraphe Nacim Battou, la chanteuse lyrique Juliette de Massy, l’auteur et metteur en scène Julien Avril, la compositrice, metteuse en scène et performeuse Maguelone Vidal, le musicien, performer et compositeur Franck Vigroux, ces deux derniers étant spécifiquement associés au Festival Aujourd’hui Musiques, et familiers de L’Archipel. Ce festival aventureux et plébiscité, qui fut précurseur et que j’accompagne depuis longtemps, fait partie de l’ADN du théâtre. Rappelons qu’en France, il n’existe que six centres nationaux de création musicale. Les scènes nationales, qui sont pluridisciplinaires, s’ouvrent depuis quelques années aux musiques de création. Après notre festival de novembre qui allie concerts et propositions hybrides, nous programmons trois autres temps forts consacrés à la marionnette, à la danse et au cirque. En favorisant le croisement des arts, nous faisons émerger des aventures artistiques originales, qui décloisonnent, où nous vibrons ensemble. Alors que la société se divise, nos lieux artistiques sont un espace de conversation rare, bienfaisant, à préserver.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

L’Archipel – Scène nationale de Perpignan
38 avenue du Général Leclerc, 66000 Perpignan

Tél. 04 68 62 62 00.

www.theatredelarchipel.org

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