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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -280-Andy Emler

A la découverte de nouvelles expériences, rencontre avec Andy Emler

A la découverte de nouvelles expériences, rencontre avec Andy Emler - Critique sortie Jazz / Musiques
© Sylvain Gripoix

Entretien Andy Emler

Publié le 26 septembre 2019 - N° 280

L’inclassable pianiste et compositeur, créateur du MegaOctet, revient sur le parcours de son groupe-phare, et évoque ses projets ou réalisations récentes.

En entendant les témoignages qui ont servi de matière au livre « Verbateam », avez-vous été ému ou surpris ?

Andy Emler : Au-delà du compliment sur le projet musical, c’est surtout le parcours que chacun a fait dans l’orchestre qui m’a touché. Pour Médéric Collignon, par exemple, c’est une phase importante, comme pour Thomas de Pourquery, qui me l’a dit. Pendant trois ou quatre années, ils ont appris plein de choses. Cela va paraître prétentieux ; or, c’est juste un constat : l’influence que mon travail et ma manière de gérer cet orchestre ont pu avoir sur ces musiciens, cette écriture savante qui a de l’humour et de la liberté, etc. J’aime écrire pour des personnalités que je connais ; l’orchestre est une démocratie vivante mais avec quelqu’un qui, quand même, prend des décisions au bout du compte, sans jamais être dans le rapport de force. C’était le sujet du film de Richard Bois, « Zicocratie » : comment, quand on laisse parler tout le monde, qu’on laisse dire, que chacun peut s’exprimer, on arrive avec un truc qui fonctionne bien ?

« J’ai envie de changer ce système et d’essayer autre chose. Il faut qu’on progresse, qu’on avance. C’est pour ça que ce n’est qu’un début. »

En quoi le concert du MegaOctet au Triton en décembre sera-t-il une surprise ?

Andy Emler : J’ai envie de tourner une page, d’emmener les musiciens dans une nouvelle expérience. Une orchestration comme je le faisais à l’époque du quintette avec Marc Ducret, dans les années 1980. On avait des repères, une sorte de dictionnaire d’arrangements dans lequel on piochait de manière aléatoire, au cours d’une espèce de longue improvisation. Or, je n’ai jamais essayé cela avec le MegaOctet. Depuis vingt ans, on joue un répertoire où chaque pièce est dédiée à un soliste. J’ai envie de changer ce système et d’essayer autre chose. Il faut qu’on progresse, qu’on avance dans la musique aussi. C’est pour ça que ce n’est qu’un début. Just a beginning

Eprouvez-vous vraiment une crainte de tomber dans une routine ?

Andy Emler : Ce n’est pas une routine parce qu’écrire de la musique pour de pareils solistes est un bonheur. Sauf que j’ai mes plans. Sans vouloir me comparer à un grand compositeur, je sais, pour l’avoir étudié et écrit à sa manière, que Ravel avait ses plans lui aussi ! On invente nos plans. C’est ce qui fait notre couleur mais dès qu’on les a, il faut aller en chercher d’autres. Certes, je pourrais écrire pendant trente ans encore de la musique, il y aurait de quoi faire pour essayer de la faire entendre. Mais on a besoin de trouver de la nourriture, pour moi en tant que compositeur, et pour les musiciens. Les improvisateurs sont dans la prise de risques, contrairement aux jazzmen qui jouent des standards et font la même chose, bien ou moins bien, que ceux qui ont inventé quatre-vingts ans plus tôt, sans se poser de questions. Le jazz, c’est aussi de la création, de l’improvisation, et quand elle n’y est pas, ça me gêne.

Vous venez de donner la première à Calvi, en Corse, d’une création avec le chœur A Filetta. Une rencontre pour le moins inattendue ?

Andy Emler : Cela faisait deux ans que je travaillais dessus. J’ai aimé ce groupe quand je l’ai entendu en concert et j’ai eu envie d’écrire pour eux. Or, je ne voulais pas qu’ils fassent de la polyphonie corse. Comme à chaque projet transversal, le but était de créer les conditions d’une véritable rencontre. A l’issue d’un concert d’orgue solo dans la cathédrale de Calvi, le leader d’A Filetta était venu me voir, en disant : « Vous êtes capable de faire du Ravel sur un orgue, capable d’imiter nos polyphonies. Vous avez une culture classique, une culture pop, etc. Vous êtes effrayant ! Qu’est-ce qu’il reste comme musique à faire après tout ça ? » Je l’ai séduit en lui répondant qu’il y en avait encore des millions. J’avais remarqué que, dans sa magnifique technique vocale, A Filetta faisait des choses que je n’entendais pas dans les polyphonies habituelles, une manière d’aller chercher des harmonisations, de tenir des bourdons longtemps. J’ai choisi un concert, j’ai pris un carnet, et j’ai tout relevé. À partir de cette base, je leur ai proposé de faire un trajet sur l’improvisation, sur la rythmique, sur des choses dont ils n’ont pas d’habitude dans une tradition a cappella.

 

Propos recueillis par Vincent Bessières

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