La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien / ALBAN RICHARD

Fix Me

Fix Me - Critique sortie Danse Caen Camion cargo
Crédit : Agathe Poupeney / Photoscène

Un événement à ne pas manquer : Alban Richard invite le compositeur électro Arnaud Rebotini sur son plateau ! Pour une pièce tout en frottements, en scintillements, en harangues et en proférations, qui donne au corps une vraie force politique.

La dimension musicale est très forte dans votre travail. Déjà, une de vos précédentes pièces était sous-titrée : « un concert de musique et de danse ». Qu’en est-il de cette nouvelle création ?

Alban Richard : Dans Pléiades il y avait l’idée de reprendre la forme objective du concert, et la danse était la radiographie de la partition. Avec Fix Me, on n’est pas du tout à cet endroit. Cinq personnes sur le plateau produisent de la musique, de la lumière, du mouvement… Chacun développe une palette d’actions, en se confrontant au plateau. Fix me développe une réflexion sur les façons de s’associer, coloniser, prendre le pouvoir…

Il y a donc une partition qui est propre à chacun et des formes de mise en relation ?

A.R. : C’est un travail autour d’états de présences affirmés, qui pose la question suivante : comment remplir le monde de sa présence, comment prendre sa place ? Comment se rendre visible ? Chacun développe une production incessante, et il se noue des niveaux de pouvoir différents entre tel et tel interprète, entre la musique d’Arnaud Rebotini et la lumière, entre la danse et la lumière… Alors que dans Pléiades on partait d’une séparation pour aller vers une fusion, là, on est toujours dans une relation de frottements.

« Fix me développe une réflexion sur les façons de s’associer, coloniser, prendre le pouvoir… »

La dimension textuelle est assez forte, mais souterraine. Comment avez-vous travaillé avec les danseurs ?

A.R. : Il n’y a pas de présence textuelle pour le spectateur. Les interprètes, eux, sont interpellés par ce qu’ils entendent, parce que l’on a travaillé avec un système « in ear ». Ils sont, pendant pratiquement la totalité de la représentation, appelés à traduire corporellement ce qu’ils entendent. On a donc travaillé sur ce que voulait dire traduire : entre traduire le plus en distance possible, et devenir celui qui parle, par exemple, il y a une différence d’échelle. Les danseurs travaillent leur degré d’implication dans la façon de traduire et donc dans la façon de se mouvoir. Est-ce que je traduis avec distance ou non, avec ironie, est-ce que je donne une interprétation à ce que je fais ? C’est un travail de cuisine interne.

Sachant que ces sources textuelles dans lesquelles vous avez puisé ne sont pas anodines…

A.R. : Les sources sont des prêches de femmes évangélistes noires américaines, et des chansons hip hop féminines voire  féministes. Ce qui m’intéresse, c’est le fait de devoir mettre le public de son côté, faire valoir sa place, faire comprendre le message, ne jamais rien lâcher. Notamment dans le travail sur les prêches, on ne sait jamais ce qui va pouvoir sortir de ces corps-là, qui débordent. Cela rejoint l’idée du corps de l’enfant que l’on a beaucoup travaillée, qui d’une certaine manière n’a pas non plus de limites. Fix Me aborde la question du corps qui s’affirme, qui veut se faire voir, exprimer une force politique ou un pouvoir.

Parlez-nous de votre collaboration avec Arnaud Rebotini.

A.R. : Travailler avec Arnaud Rebotini, c’est se confronter à une musique à l’efficacité redoutable qui elle-même tente de donner une place politique au corps. Arnaud – ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « the boss » dans le milieu – c’est trois accords, et tout de suite il y a quelque chose de l’ordre du soulèvement qui se produit. A travers la musique d’Arnaud se pose la question de l’efficience du geste. Comment rendre nos actions – car la danse est pour moi une succession d’actions – aussi efficaces que la musique d’Arnaud Rebotini ? Est-ce que cette production, cette profération, ce degré d’implication donneront l’envie d’agir à quelqu’un, au spectateur ?

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Fix Me
du Mardi 16 octobre 2018 au Mercredi 17 octobre 2018
Camion cargo
9 cours Caffarelli, 14000 Caen

à 20h30.


Tél. : 02 31 86 79 31.


Le 21 novembre 2018 à l’Espace des arts, scène nationale, Chalon-sur-Saône, Festival Instances. Le 28 novembre  à la Scène nationale d’Orléans. Les 11 et 12 janvier 2019 au Manège de Reims. Le 17 janvier à La Manufacture de Bordeaux. Du 29 janvier au 2 février à Chaillot - Théâtre national de la Danse. Le 26 mars à l’Opéra de Rouen. Le 2 avril au Volcan du Havre. Le 6 avril au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France. Le 19 avril à la Maison de la Musique de Nanterre. Le 14 juin au CNDC d’Angers.


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