La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Farid Paya

Farid Paya - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Christophe Adriani

Publié le 10 mai 2012 - N° 198

Retour aux sources

Farid Paya, grand amoureux des mythes et des sagas, signe une tragédie épique d’après le Shâh-Nâmeh (le Livre des rois), du poète iranien Ferdowski, rendant hommage et visibilité à cette œuvre immense.

« Ferdowski est probablement parmi les plus grandes figures culturelles et littéraires de la planète. »

L’Iran et sa culture sont une terra incognita en France. Qui est Ferdowski ?

Farid Paya : Ferdowski est probablement parmi les plus grandes figures culturelles et littéraires de la planète. Il est l’auteur du Shâh-Nâmeh, le plus long poème de l’histoire de l’humanité écrit par un seul homme. Ferdowski vivait il y a dix siècles, trois siècles après la conquête arabe. A cette époque, l’Iran s’était libéré, et se reconstituait par un retour aux sources. Ferdowski y participa en se lançant dans la reconstitution de toute la mythologie iranienne, puis de l’histoire de son pays. Il a doté l’imaginaire iranien de tout un passé, et a choisi d’écrire son texte en langue persane, expurgée de tous les mots arabes. Son legs est très important : il a redonné vie au passé et propulsé ce passé vers le futur, en réaffirmant la culture iranienne et l’historicité de l’Iran. C’est un auteur qui est très connu dans de nombreux pays d’Asie. Enfant, ma grand-mère me racontait des passages du Livre des rois. En Iran, les chanteurs de rue chantent Ferdowski.

Sont-ce vos origines iraniennes qui vous ont poussé à créer ce spectacle ?

F. P. : Je ne crois pas aux raisons biographiques. Je suis né en Iran, d’un père iranien et d’une mère française, et j’y ai vécu jusqu’à dix-sept ans. J’aime beaucoup cette culture et en suis imprégné. Mais je suis tout autant imprégné de culture française. Je n’ai pas envie de dire que j’ai monté Ferdowski parce que je suis persan. Ce qui m’a poussé, c’est plutôt le plaisir que j’ai à monter les mythes, les grandes sagas. Le chemin qui mène vers un spectacle est toujours très mystérieux. Je monde un spectacle quand je suis convaincu que c’est ça que je dois dire à la société. Cet été, je me suis mis à la traduction de Ferdowski et je me suis aperçu qu’il y avait là de quoi faire une superbe tragédie. Je suis finalement très content d’avoir été ainsi guidé vers mes sources les plus profondes.

Comment adapter une telle fresque à la scène ?

F. P. : J’admets volontiers que je ne peux pas convoquer sur une scène de théâtre vingt mille soldats caparaçonnés ! J’ai fait le choix de travailler avec sept acteurs et une actrice qui sont tous des sportifs de haut niveau, semblables à des guerriers jeunes et plein d’énergie. L’histoire de Rostam et Sohrâb me dispensait de grands mouvements d’armées, du point de vue dramaturgique, car, lorsque le fils et le père se rencontrent, ils se battent d’homme à homme, sans que leurs armées n’interviennent. L’espace scénique n’est ni réaliste, ni narratif. J’aime l’espace vide ; pour moi, c’est le corps des acteurs qui sculpte l’espace. En fond de scène, une grande toile indienne très finement brodée rappelle l’esprit des miniatures persanes. Trois marches permettent de dessiner les lieux extrêmement changeants, et sont tour à tour colline, trône ou citadelle. Et puis, il y a la musique, un aspect essentiel de mon travail. Dans l’épopée, elle permet de dire ce qui se raconte mal : la tendresse de la mère pour son fils, les scènes d’amour, la chevauchée des cavaliers, la sensation des grands voyages. Et enfin, surtout, j’ai une équipe rare : enthousiaste, solidaire, généreuse. Nous prenons beaucoup de plaisir à travailler ensemble, ce qui est indispensable pour en donner au public !

 

Propos recueillis par Catherine Robert


Rostam et Sohrâb, mise en scène et écriture de Farid Paya, d’après Le Livre des rois, de Ferdowski. Du 8 mai au 6 juin 2012. Mardi, jeudi et samedi à 19h30 ; mercredi et vendredi à 20h30 ; dimanche à 15h30. Théâtre 13/Seine, 30, rue du Chevaleret, 75013 Paris. Tél : 01 45 86 55 83. www.compagniedulierre.com

A propos de l'événement



x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre