La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

En quête de bonheur

En quête de bonheur - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pierre-Etienne Vilbert Légende photo : Les comédiens susurrent au micro la quête inextinguible de bonheur

Publié le 10 novembre 2008

Arnaud Meunier balade en musique poètes, philosophes et chercheurs à la recherche du bonheur.

En quête de bonheur… donc. L’entreprise s’annonce ardue. Le bonheur, n’est-ce pas cet infime intime qui toujours se dérobe à nous-mêmes, comme un frisson sursaute dès qu’on l’approche et s’en va luire au lointain ? Voltaire, dans son docte Dictionnaire philosophique, le définit comme « une idée abstraite, composée de quelques idées de plaisir ». Flaubert y voit « un mythe inventé par le diable pour nous désespérer. ». Constatant sans ambages que « nous n’agissons que sous la fascination de l’impossible », Cioran peint l’homme en « animal historique », « amateur de bonheur imaginé ». Le Clézio y décèle « le type même du malentendu », dénonçant les systèmes, théories et autres mythologies de manuels qui oublient que « le seul bonheur est d’être vivant ». Quant à Robert (Le Petit), il indique que le nom est masculin (soit !), conseille d’aller fait un tour au Petit bonheur, et, jamais en mal d’une salve d’exemples bien choisis, rappelle bien à propos que « l’argent ne fait pas le bonheur ». Ce à quoi Jules Renard répondrait, tac à tac, « si l’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le ». Surtout en ce moment…
 
Argument marketing
 
Glanant une quinzaine d’extraits au fil de ses lectures, le metteur en scène Arnaud Meunier les a ajustés ensemble pour composer une mosaïque aux arêtes vives et couleurs tranchées. Pascal, Rousseau, Baudelaire, Gide, Prévert, Salvayre ou encore Houellebecq livrent à notre médiation vespérale réflexions désabusées, soupirs romantiques et sages pensées. Qu’est-ce donc en effet que cette quête avide et impuissante, à vrai dire increvable, qui tient l’être tout entier ? Qu’est-ce que ce besoin de rêves, même frelatés, même usagés, mêmes usinés ? Quitte à se rabattre sur le bien-être customisé pour remplir le gouffre immense de ce mystère. Car le bonheur, vous l’apprendrez, est non seulement bon pour la santé, ainsi que le prouve la « biologie de la joie », mais aussi un argument marketing hyper-efficace. Les verts paradis des amours enfantines ne sont désormais qu’un facteur environnemental sur la « carte du bien-être subjectif » savamment établie par le Happy Planet Index. Symptôme de l’époque… Ce détournement mercantile n’entame pas pour autant l’enthousiasme volontaire des trois comédiens, accompagnés par le violoniste Régis Huby, attentif et inventif. Dans l’écrin pierreux de la cave de la Maison de la poésie, ils susurrent au micro cet « oratorio poétique et philosophique », à la fois ludique et ingénieux, conçu pour aller hors les murs à la rencontre de tous les publics. On se dit alors comme Michaux, « Je voudrais aussi crier mon bonheur, mais quoi dire ? cela est strictement personnel ». Les mots continuent de remuer dans la nuit. Furtivement.
 
Gwénola David


En quête de bonheur, montage et mise en scène d’Arnaud Meunier, jusqu’au 14 décembre 2008, à19h, sauf dimanche à15h, relâche lundi et mardi (et le 16 novembre), à la Maison de la Poésie, passage Molière, 15 rue Saint-Martin, 75003 Paris. Rens. 01 44 54 53 00 et www.maisondelapoesieparis.com. Durée : 1h.

A propos de l'événement



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