La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

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dbddbb - Critique sortie Danse Paris Théâtre de la Ville
Crédit : Jean-Luc Tanghe Légende : dbddbb de Daniel Linehan.

Festival de Danse de Cannes / Chor. Daniel Linehan

Publié le 22 décembre 2015 - N° 239

Une réflexion chorégraphique sur le rythme de la marche… mais perturbée par la pensée Dada !

Daniel Linehan dans dbddbb (double dada beaubeau), reprend à son compte la poésie Dada telle que l’avait prévue Tristan Tzara : « La pensée se fait dans la bouche » (Sept Manifestes dada, 1924) et retrouve une forme neuve de divertissement artistique un peu saugrenu et très maîtrisé. Mais dans la pièce de Linehan, il s’agit aussi d’une pensée en mouvement, que rien ne peut mieux caractériser que la marche dont on connaît toutes les occurrences diverses et variées : militaire, musicale, nuptiale, protestataire, processionnelle, mais surtout le mode de locomotion préféré des bipèdes que nous sommes. Croisant donc ce mécanisme qui consiste à se rééquilibrer d’un pied sur l’autre, à des poèmes sonores « onomatopéiques » empruntés à Hugo Ball ou Kurt Schwitters, dbddbb, tout en oscillations, et en mouvement d’avancées, arpente le plateau en scansions de natures différentes et de rythmes contrastés.

Au pas, camarades !

Modulée par ces cadences aux intensités variées, la petite tribu de cinq danseurs hésite toujours entre l’individuel et le collectif, entre l’excentrique et le concentrique. Grands pas et petites foulées où se mêlent parfois des gestes quotidiens jouent de l’absurde, du délirant, voire du déstructuré.  En témoignent les curieux costumes – bermuda-jupe ou robe à moitié – à la fois drôles et stylés. Les éclairages soignés tout comme la structure de tubulures d’où pendent des chaussures de sport roses est en soi une installation plastique qui sert de décor à cette pièce singulière. Ponctuée de gestes faussement expressifs, ça finit par prendre forme. Partie de frappes à deux, trois ou quatre temps, la chorégraphie se complexifie en rythmes composés, en syncopes, en polyphonies. La véhémence de ce qu’ils ont à dire dépasse l’entendement. Quelque chose commence à se libérer tout en s’incarnant. Les phrases se font mélodieuses. On est bien loin de la marche, on entre dans la danse et, quand les danseurs se couchent, une sorte de mélopée aux accents sacrés donne une couleur sombre dans ce décor fantastique de tubulures nimbées d’un éclairage rose.

 

Agnès Izrine

A propos de l'événement

dbddbb
du Mercredi 13 janvier 2016 au Samedi 16 janvier 2016
Théâtre de la Ville
Place Georges Pompidou, 75004 Paris, France

Tél. 01 42 74 22 77 – Du 13 au 16 janvier 2016 à 20h30. Spectacle vu le 28 novembre 2015 au Festival de Danse de Cannes au Théâtre de La Licorne. Durée : 1h10.


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