La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Coriolan 22.04

Un géant new yorkais de la musique klezmer

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Une idée de départ intéressante, à partir de la pièce politique de
Shakespeare, qui n?a pas trouvé sa voie d’accomplissement. L’échec d’un héros
patricien ivre d’orgueil.

L’orgueilleux Coriolan, le héros individualiste de la pièce éponyme de
Shakespeare, demeure pour le public un rien énigmatique et dérangeant, une sorte
de monstre de guerre, incapable de se contrôler, avide de carnage et de combat.
L’extrême vitalité de ce soldat romain l’a rendu insensible à ses propres
blessures comme aux coups donnés. Enivré par sa qualité de soldat, Coriolan se
dit chien parmi les chiens : « Je prends’ Je ne donne rien? ». C’est un
vaniteux qui ne nourrit que mépris pour le peuple «  habité de sang, de
songes et de billevesées
 », un public qu’il sait à la recherche toujours
d’un maître ou bien d’un tyran. Ce chef s’emporte à la fois contre les
contraintes de l’amour : « C’est si bon de ne pas aimer », et contre
l’organisation politique de la Cité. Coriolan s’apprête à ravager Rome jusqu’au
moment où sa propre mère demande que la ville soit épargnée. Après la
capitulation de Coriolan, suit sa chute. Mais Coriolan n?est pas pour
autant une tragédie qui opposerait guerriers et politiciens, plébéiens et
patriciens. La lâcheté de la foule ingrate est aussi vile que la satisfaction
repue des chefs. D’après Henri Fluchère, spécialiste du dramaturge élisabéthain,
Coriolan évoque un état politique et social imparfait que Shakespeare, un
rien ironique et fort de son expérience de la maturité, transcende poétiquement.

Approximatifs rapprochements avec nos démocraties modernes

Jean-François Mariotti a adapté la pièce à sa façon. Les Volsques, les vieux
ennemis de Rome, sont parqués dans des cités marginalisées dans lesquelles la
barbarie guette au-delà des réflexes sécuritaires. Il ne reste plus rien d’une
République fourvoyée et damnée, si ce n?est le chaos avec ses traînées de
vengeance ravageuse, de tristesse et de ressentiment : « Les hommes sans
passé, sans avenir, ne savent pas exister.
 » Avec des banlieues en flammes,
Rome n?est plus que ruines de béton et de bitume. Le raccourci est un peu vif,
depuis nos temps actuels jusqu’à la Rome antique. Coriolan 22.04 de
Mariotti fait directement référence à la date du premier tour des élections
présidentielles en France, une relecture d’une gabegie républicaine, à la
lumière du paysage politique et social contemporain. Les rapprochements avec nos
démocraties modernes en danger restent approximatifs et complaisants, si ce
n?est confus. Il aurait fallu s’engager plus avant, ou bien ne rien dire ni ne
rien énoncer qui ne soit audacieux et pertinent. Amandine Gaymard est une
prophétesse convaincante et convaincue. Et Frédéric Jossua, le Coryphée qui
incarne la voix du peuple, emporte l’adhésion avec son micro. Le reste de la
distribution est inégal. Vous avez dit Coriolan 22.04 ? Rien de très bon
ne s’annonce.

Véronique Hotte

Coriolan 22.04

Une gabegie républicaine d’après Plutarque, Shakespeare et le 21e siècle,
texte et mise en scène de Jean-François Mariotti, du mardi au samedi à 21h30
jusqu’au 24 mars 2007 aux Déchargeurs 3, rue des Déchargeurs 75001 Paris
www.htbillet.com/0892
70 12 28

A propos de l'événement



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