La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Chez les nôtres

Chez les nôtres - Critique sortie Théâtre
Crédit : Marine Fromanger Légende : Le Moukden-théâtre révolutionne le plateau.

Publié le 10 novembre 2010

Composant, à partir de différents matériaux dramaturgiques, un spectacle intelligent, drôle et impeccablement scénographié, la Compagnie Moukden-théâtre impose l’insolente évidence de son talent.

Toute époque trouve chez ses artistes et ses intellectuels les moyens de son élucidation mais rares sont ceux qui parviennent à créer les miroirs efficaces permettant une réflexion véritablement féconde. Notre société, qui a confisqué le spectaculaire au point de lénifier voire d’anesthésier créateurs et penseurs, survit dans la paix apparente qu’assurent les dispositifs d’arraisonnement et leur répression invisible : la scène n’offre qu’exceptionnellement l’occasion d’une véritable mise en question de l’aboulique aujourd’hui. Quelques miracles ont lieu néanmoins et le travail de la Compagnie Moukden-théâtre est de ceux qui en produisent. A cet égard, Chez les nôtres est un spectacle à voir d’urgence tant la pertinence des analyses politiques qu’il présente s’allie à une intelligence dramaturgique et scénographique rare. Il est de surcroît servi par une troupe de jeunes comédiens éblouissants de justesse et d’aisance, de vérité et de précision. Ceux qui ne sont pas encore tout à fait morts de ne plus lutter dans ce « monde sans bataille » qu’est devenu le nôtre, trouveront dans ce spectacle roboratif et enthousiasmant de quoi soigner l’anorexie politique et artistique du moment.
 
Une insurrection esthétique et politique salvatrice et joyeuse
 
S’emparant de divers matériaux dramaturgiques pour interroger les moyens et le sens de l’action révolutionnaire, le Moukden-théâtre revisite la question Que faire ?, posée par Lénine en 1902, et organise, en un tuilage savant, les différentes réponses héritées du XXème siècle et que nos contemporains tâchent de reprendre ou d’effacer. Cellule de la CGT, comité d’étudiants-chercheurs, journée de formation managériale : les avatars historiques de la réunion révolutionnaire dessinent leur spécificité, leur originalité et leur échec par le dialogue avec l’œuvre romanesque de Gorki, La Mère, qui décrit les étapes du prolétariat vers la conscience de classe et le renversement du pouvoir d’Etat à travers la figure de Pélagie Vlassova. A ces éléments, s’en ajoutent d’autres : souvenirs de syndicalistes retraités et d’une militante désabusée des années 70, textes du Comité Invisible. L’ensemble compose un kaléidoscope d’impressions et de paroles auquel le dispositif scénique offre des fondements visuels d’une magistrale et économe limpidité. Entre le nouvel esprit décomplexé et régressif du capitalisme postmoderne, les difficultés à organiser l’action de ceux qu’elle tétanise, l’amertume et les désillusions, apparaissent la complexité et la difficulté de notre époque qui ne parvient pas à inventer le moyen critique de son propre dépassement. Dans un monde qui les dissout et les digère tous, ce spectacle est un véritable événement, jubilatoire, drôle, profond et pétillant : une grande bouffée d’intelligence et de talent dont la forme est à la hauteur d’exigence du fond qu’elle interroge.
 
Catherine Robert


Chez les nôtres, d’après La Mère, de Maxime Gorki, des paroles documentaires et des textes du Comité Invisible ; conception, montage et dramaturgie d’Olivier Coulon-Jablonka et Eve Gollac ; mise en scène d’Olivier Coulon-Jablonka. Le 25 novembre 2010 à 19h, les 26 et 27 novembre à 20h30 ; le 2 décembre à 19h, les 3 et le 4 décembre à 20h30. Forum du Blanc-Mesnil, 1-5, place de la Libération, 93150 Le Blanc-Mesnil. Réservations au 01 48 14 22 00. Durée : 1h35.

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